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SOLITUDE OU COMMUNION

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

(14 mars 2009)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Fils d'un même Père

F

rères et sœurs, si nous écoutons bien cette parabole, qui est la quintessence et le résumé de tout l'évangile, le péché du fils cadet, du prodigue, c'est d'avoir quitté son père, d'avoir quitté l'intimité de son père, de la maison familiale, pour être seul, pour vivre seul une vie de prodigue, pour avoir pour lui et lui seul, la part d'héritage et pouvoir la dépenser à sa guise. Si nous considérons bien le fils aîné a au fond, dans le cœur, le désir du même péché. Ce qu'il dit à son père c'est : "Voilà tant d'années que je te sers, tu ne m'as jamais donné un chevreau à moi". Il aurait voulu avoir pour lui, de quoi festoyer avec ses amis, pour lui aussi quitter son père même si ce n'est pas pour un pays lointain.

Il nous apparaît donc que le péché dans cette parabole nous est présenté comme un mépris de la communion, comme un refus de l'intimité, comme un éloignement par rapport à la présence aimante du père. Et en face de ces diverses manières de réagir, qui se ramènent toutes à ce désir d'être seul maître de sa vie, c'est encore ce refus de la communion avec Dieu, cet éloignement de Dieu, ce soupçon sur l'ordre que Dieu a donné, c'est cela qui est le péché. Et c'est extrêmement proche du péché d'Adam au paradis tel que nous le raconte le livre de la Genèse, car l'argument décisif de Satan, c'est : "Si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux et vous serez capables par vous-mêmes de décider ce qui est bien et ce qui est mal".

En face de ces manifestations de ce péché, quelle est l'attitude de Dieu, celle du père la parabole? Dieu ne rejette pas son fils cadet quand il demande l'héritage. Il lui laisse faire son expérience, mais il l'attend jour après jour, il est au bord du chemin, il guette l'horizon et quand le fils prodigue revient évidemment bien des jours et des mois plus tard, il trouve son père toujours en train de l'attendre au bord du chemin. Quand il veut faire son acte de contrition : "J'ai péché contre le ciel et contre toi", son père lui coupe la parole pour appeler aussitôt les serviteurs et préparer une grande fête parce que celui qui s'était éloigné est revenu.

Remarquez bien qu'avec le fils aîné, le père a la même attitude. Quand il refuse d'entrer parce qu'il estime qu'il a fait son devoir et que son frère pécheur ne mérite pas d'être récompensé comme il l'est, quand ce fils aîné refuse d'entrer, le père sort pour aller le chercher, il quitte la fête pour aller à la rencontre de son fils aîné et le supplier d'entrer dans cette joie. Il lui dit une parole assez extraordinaire : "Tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi". C'est exactement la parole que Jésus dit à son Père quand il prononce cette grande prière qui précède immédiatement sa Passion : "Père, tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à moi est à toi". Le fils aîné donc est traité par le père comme Jésus a été traité par le Père. C'est dire que nous sommes appelés à cette intimité de Dieu, comme Jésus est dans l'intimité de son Père depuis toujours et pour toujours.

Nous sommes donc invités à mettre nos pas dans les pas du Christ pour n'avoir d'autre désir que de retourner auprès du Père, que d'être avec lui, que de connaître la douceur et la tendresse de sa communion. Le livre de Jérémie fait écho par avance à l'évangile, Dieu qui devant la trahison et les péchés de son peuple Israël est tenté de les punir, découvre dans son cœur qu'il ne peut pas punir celui qu'il aime : "Es-tu donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que je veux te punir, je me souvienne encore de toi. C'est pour cela que mes entrailles s'émeuvent pour toi, que pour toi déborde ma tendresse". C'est la réponse de Dieu à notre désir d'autonomie, de solitude, d'indépendance, à notre désir de ne pas reconnaître l'appel de cette tendresse et de cette miséricorde de Dieu. Soyons tournés vers le Seigneur.

 

AMEN