AU FIL DES HOMELIES

Photos

UN ESPACE DE LIBERTÉ

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – B

(10 mars 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Le retour du prodigue (Reuilly)

F

rères et sœurs, vous connaissez tous par cœur cette parabole du fils prodigue, vous avez tous en tête ce tableau de Rembrandt, des images fortes d'un jeune homme en train de garder un troupeau de cochons qui mangent des caroubes alors que lui n'a rien à manger. Cette parabole est bien connue parce que certains l'ont utilisée pour opposer les juifs à travers le fils aîné et les païens, qui rentrent dans le plan de Dieu.

Il faut remarquer le décalage entre le discours intérieur du prodigue pour lui et pour Dieu, et le discours effectivement prononcé par le fils prodigue toujours envers son père. Il n'a pas tout dit de ce qu'il devait dire à son père. Que dit-il à Dieu quand il rentre en lui-même ? "Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d'être appelé ton fils, traite-moi comme l'un de tes journaliers". C'est bien connu, c'est la faim qui fait sortir le loup du bois, et étant dans la pire des situations, que veut faire le fils prodigue ? il veut revenir chez son père, mais comme il pense qu'il ne peut pas revenir en tant que fils, et qu'il a encore en tête les journaliers qui sont bien traités, il se dit que le moyen c'est de revenir vers son père non pas comme un fils parce qu'il ne peut plus l'être, mais devant un maître. Chemin faisant, il arrive et que dit-il à son père ? "Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d'être appelé ton fils".

Devant son père, le fils ne continue plus cette phrase où il disait vouloir être traité comme un journalier. Il y a comme une pause. D'aucuns penseraient que c'est parce que c'est un excellent rhéteur, qu'il est diplomate et qu'il ne veut pas tout dire à son père. Mais dans cette différence d'expression à l'intérieur de lui-même et de ce qui va transparaître devant son père, il y a au moins deux choses. D'abord, la formulation négative est beaucoup plus libératrice que la formulation positive. S'il avait dit à son père : ne me traite pas comme ton fils, mais traite-moi comme un journalier, il forçait presque la main de son père qui ne pouvait pas faire autrement que d'accéder à sa demande. En suspendant sa phrase à la fois il reconnaît devant son père qu'il a abîmé cette relation et qu'il ne mérite plus d'être appelé son fils, mais en même temps, il laisse l'absolue liberté à cet homme qui est en face de lui, de savoir s'il va traiter ce jeune homme toujours comme son fils, ou peut-être autrement.

C'est cela le grand chemin du carême. Cette relation entre l'homme et Dieu n'est pas avant tout comme le disent souvent des jeunes fiancés, d'avoir des valeurs, mais la grande découverte, c'est la mise à disposition du jeune homme vis-à-vis d'un autre homme et de savoir si cet homme va le traiter comme un maître ou comme un père. En écoutant cet évangile, je ne pouvais m'empêcher de me rappeler le passage d'un autre évangile dans saint Jean, quand tout à la fin, avant d'être arrêté Jésus dit : "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis car le serviteur ignore ce que fait son maître".

Je crois que c'est cela le chemin du carême. Malheureusement et bien souvent, nous pensons que la relation veut avec nous est une relation de servitude, cette relation dans laquelle le fils aîné est enfermé, et beaucoup d'entre nous nous pensons qu'il est nécessaire de sortir de cette relation de servitude avec ce Dieu qui est un maître si terrible et oppressant. D'où l'expression : il faut tuer le Père ! Or, Dieu ne veut pas que nous ayons une relation d'esclave avec lui. Ce qu'il veut c'est une relation entre amis ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Ce chemin de carême que ce jeune homme a fait, c'est de découvrir dans le même temps que oui, il est pécheur, et que nous pourrions penser que le seul moyen de retourner à Dieu c'est de redevenir esclave. Or, en remaniant et en suspendant cette prière, et en laissant la possibilité à son père de choisir librement la nouvelle relation qu'il va vouloir instaurer avec lui, c'est le père lui-même qui est libéré, il n'est plus maître vis-à-vis de son fils, et le fils est libéré car il n'est plus serviteur vis-à-vis d'un maître qui est son père.

Frères et sœurs, que ce carême soit pour nous un véritable retournement du cœur et de rapport avec Dieu, Dieu est un ami.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public