AU FIL DES HOMELIES

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LA JALOUSIE

Gn. 37, 2-28 ; Mt. 21, 33-46
Vendredi 26 février 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

F

 

rères et Sœurs, la plupart du temps dans notre univers mental, le pire péché c’est l’orgueil. Et je crois que c’est faux. Parce que l’orgueil au fond, c’est plutôt ridicule. C’est l’idée qu’on se fait de soi-même, soit de ce qu’on croit être (c’est la vanité), soit de ce qu’on imagine que les autres devraient penser de nous (et c’est à ce moment-là une sorte de lutte désespérée pour nous faire valoir et montrer que nous sommes des gens de très grande qualité). Soit même de tomber carrément dans la paranoïa qui consiste à se survaloriser tellement, mais de façon purement imaginaire, que ça en devient parfaitement ridicule. Au fond, l’orgueil n’est pas si dangereux que ça. C’est à peu près aussi dangereux que la bêtise et je veux bien admettre que la bêtise soit parfois très dangereuse. Mais, le péché le plus dangereux, ce n’est pas l’orgueil, c’est la jalousie. Les deux textes que nous venons d’entendre aujourd’hui nous montrent ce que peut être la jalousie, et ça, c’est terrible. En général, l’orgueil ne tue pas. Ça abîmerait d’ailleurs l’image de celui qui voudrait tuer. Tandis que la jalousie tue.

 

Dans la jalousie, ce n’est pas d’abord l’image que l’on veut donner de soi-même qui est en cause, mais la répercussion de l’impression que nous avons des autres en nous. Cela déchaîne en nous cette espèce de sentiment de rivalité qui fait qu’à un certain moment, nous ne supportons plus l’autre. C’est ce qui arrive dans l’histoire de Joseph. En fait, c’est vrai, je crois que Joseph est un peu maladroit quand il raconte ses rêves. Il aurait mieux fait de les garder pour lui plutôt que de raconter qu’il se prend pour le soleil quand son père n’est que la figure de la lune et ses frères les étoiles. Il était le chouchou de la famille, il racontait un peu n’importe quoi. C’est parfois ce que font les petits derniers, ils sont un peu saint Jean bouche d’or. Joseph a manqué de prudence. Mais ce qui est terrible, c’est la réaction que cela déchaîne chez ses frères qui ne veulent plus admettre la présence de Joseph. À ce moment-là, ce qui est en cause, ce n’est pas leur orgueil, ni même leur amour-propre, c’est bien leur jalousie.

  

La jalousie, c’est le fait qu’à un moment ou l’autre, on ne peut plus supporter la confrontation avec l’autre. C’est pour ça que c’est le sentiment le plus empoisonnant qui soit dans tous les domaines. Dès qu’il y a de la jalousie, c’est l’horreur. Et je dois dire pour ma part, en ayant vécu dans pas mal de communautés religieuses, j’ai toujours constaté que le pire de tout, ce n’était pas la vanité des frères qui se croyaient plus malins que les autres, mais bien la jalousie, c’est-à-dire une sorte de désir incontrôlable et incontrôlé de « tuer », car à ce moment-là, il y a beaucoup de manières de tuer et d’assassiner. Je crois que dans la vie courante, on le voit hélas tous les jours, et ce n’est pas toujours très appétissant.

  

Ce qui est terrible et c’est ce que montre cette parabole que Jésus sert aux Pharisiens et aux autorités de Jérusalem, c’est que la jalousie peut aller jusqu’à être jaloux du maître qui vous a donné, confié ou fait confiance pour cultiver le domaine de la vigne. Et à ce moment-là, la jalousie est complètement débridée. Ces vignerons font vraiment comme si la vigne devait leur appartenir. Ils ne supportent pas de ne pas être les maîtres de la vigne. C’est pour ça qu’ils tuent les serviteurs qui sont envoyés d’abord, et que dans la logique même de cette jalousie, ils se disent : « Il faut aller jusqu’au bout, on va tuer le fils du propriétaire, comme ça, il n’y aura plus de contestation pour que nous, nous héritions de la vigne. Si le père perd son fils, il n’aura plus personne à qui la transmettre, et nous pourrons nous l’approprier ». Mais la racine, ce n’est pas que les vignerons veulent s’enrichir, ce n’est pas ça qui est dit dans la parabole, c’est que les vignerons ne supportent pas qu’il y ait une quelconque rivalité dans cette espèce de projet de possession qu’ils se sont forgé pour s’emparer de la vigne.

  

Frères et sœurs, c’est j’allais dire le péché le plus subtil, le plus dangereux et le plus fréquent. Ce domaine de la jalousie est le domaine qui est le plus capable de faire pourrir une situation car c’est le péché le plus interpersonnel qui soit. L’orgueilleux, qu’il soit reconnu par les autres ou qu’il soit tout seul en train de se raconter ses histoires pour se dire comme il est bien, magnifique et parfait, ça ne mange pas de pain, il vit dans son rêve, dans sa folie. Vous connaissez l’histoire de la dame qui va voir son confesseur et lui dit « Mon père, j’ai fait un très grand péché, je me suis regardée ce matin dans le miroir et je me suis trouvée très belle ». Le confesseur lui répond : « Madame, ce n’est pas un péché, c’est simplement une erreur ». Je dirais que l’orgueil, c’est ça, ça n’est pas un péché, c’est généralement une erreur. Tandis que la jalousie, c’est vraiment le venin qui vient pourrir la situation de relation interpersonnelle dans laquelle nous sommes avec les autres.

 

 

 

Alors, c’est pour ça qu’on lit ce texte pendant le carême, parce que s’il y a un domaine dans lequel il faut vraiment décaper la relation et notre manière d’être, c’est bien celui de la jalousie.

 

 
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