AU FIL DES HOMELIES

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HORS DU CAMP

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Jeudi de la deuxième semaine de carême – B

(12 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Au-delà des murs de Jérusalem

C

 

ette parabole dans laquelle les vignerons reprennent si étrangement, presque mot pour mot, les paroles des frères de Joseph, le voyant venir : "Voici l'héritier, venez tuons-le", cette parabole est si claire qu'il n'y a presque pas lieu de la commenter. Elle est comme une annonce évidente de la passion du Christ, cette passion que nous nous apprêtons à célébrer et que, déjà, tout au long de ce carême, nous méditons dans notre cœur puisque cette passion n'est pas seulement un événement du passé mais qu'elle est toujours actuelle, car aujourd'hui encore nous vivons des fruits de cette passion et que tant d'hommes revivent cette passion dans leur chair, dans leur fidélité au Christ.

Je voudrais seulement insister sur un détail qui risque peut-être de nous échapper. Il est dit, quand le Fils vient à la vigne, envoyé par son Père, que les vignerons se saisissent de lui et le jettent hors de la ville pour le tuer. Ce petit détail "jeter le Fils hors de la ville" fait probablement allusion, ainsi que nous invite à le penser l'épître aux hébreux, qui souligne ce détail, au rite du sacrifice d'expiations pour les péchés tel qu'il est décrit dans le livre du Lévitique. Chaque année, au jour de l'expiation, le péché du peuple était symboliquement rassemblé sur une victime, un taureau, un bouc, et celui-ci était immolé et jeté hors du camp où il était brûlé. Ce fait de jeter la victime hors du camp était symbolique d'un rejet du péché qui, en quelque sorte, était ainsi arraché du cœur du peuple pour être mis loin de lui.

Mais quand le Christ réalise ce sacrifice d'expiation pour les péchés et qu'Il est effectivement crucifié hors de la ville, car le Golgotha était exactement à l'extérieur des murs de Jérusalem tel qu'ils se trouvait à l'époque de Jésus. Quand Jésus est crucifié hors de la ville, ce n'est pas simplement pour que le peuple juif, le peuple élu, la ville de Jérusalem soit débarrassée de ce péché qu'elle porte, pour que ce péché soit rejeté hors de ses murs, mais comme l'épître aux Hébreux nous invite à le comprendre, c'est pour que ce sacrifice étende son efficacité à l'univers tout entier. Ce n'est pas à l'intérieur du peuple élu seulement que Jésus est offert en sacrifice, c'est hors des portes pour que le monde entier soit assumé dans ce sacrifice, pour que ce soient les péchés de tout l'univers que Jésus porte sur sa croix ainsi mise en exergue comme à la vue du monde, comme visible de tous les points du monde, de telle sorte que toutes les nations puissent se reconnaître dans ce crucifié, que toutes les nations puissent se sentir délivrées du poids de leurs péchés par la mort du Christ.

C'est ceci que symbolise le fait de jeter hors de la vigne le fils du propriétaire pour le mettre à mort. Il est non seulement rejeté par son peuple, mais ce rejet du Fils de Dieu par le peuple élu est, comme nous le dira saint Paul, la chance extraordinaire des nations païennes qui, à ce moment-là, sont appelées à leur Pâque, participent à cette Rédemption que le peuple juif portait dans son histoire mais qu'il n'a pas su accueillir quand elle lui a été effectivement proposée. C'est ainsi que l'univers tout entier est rassemblé dans ce sacrifice du Christ. Jésus, sur la Croix ne meurt pas seulement à un moment précis de l'histoire, mais en Lui, c'est l'humanité tout entière qui passe par la mort pour entrer dans la Résurrection. Si selon la parole de saint Paul : "Il est fait péché", ce n'est pas pour quelques-uns seulement, mais pour porter sur ses épaules tout le péché au monde. Et tous les pécheurs que nous sommes, nous nous retrouvons réellement présents dans le Christ crucifié. C'est réellement nous-mêmes avec Lui, qui sommes offerts sur la croix pour être rachetés, pour être délivrés, pour être libérés du mal. Sa mort est la gloire qui nous lave de tout péché et qui nous emporte jusqu'à la récompense du paradis.

Que pendant tout ce temps de carême, nous prenions nous-mêmes notre croix, à la suite du Christ, pour être en vérité unis à son sacrifice, à sa Passion afin d'en recevoir les fruits, afin d'en recevoir le pardon, le rachat et la liberté.

 

AMEN

 
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