AU FIL DES HOMELIES

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LE PÉCHÉ DE JALOUSIE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Jeudi de la deuxième semaine de carême – A

(23 mars 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'Église, pendant ce temps de carême, nous remet devant la réalité essentielle de notre péché. Ce péché, il est double. Il y a, d'une part, la jalousie qui s'accomplit dans le meurtre du frère, et d'autre part le manque de reconnaissance et d'action de grâces vis-à-vis de Dieu notre Père.

Le premier, le péché de jalousie, est pratiquement le plus vieux péché du monde. C'est le fait que nous sommes toujours le Caïn d'un Abel qui est notre frère. Tout au long de la Bible, ce thème par lequel nous ne voulons pas reconnaître le frère et que notre péché c'est, d'une certaine manière, de vouloir le mettre à mort, ce thème court à travers toute la révélation biblique. Ne pas aimer son frère, c'est faire une œuvre de mort. Et pourquoi ne l'aimons-nous pas ? C'est parce que, spontanément, nous nous mettons toujours dans une situation de rivalité et de jalousie, alors que c'est précisément l'amour seul qui pourrait résoudre ce conflit qui, normalement, nous mène toujours à la mort.

Caïn a tué son frère et les frères de Joseph ne pouvaient pas le supporter parce qu'ils interprétaient la mission que Dieu voulait donner à ce cadet de la famille, comme un supériorité et non pas comme une mission. En réalité, ils le comprendront plus tard, lorsqu'ils seront accueillis en Égypte par Joseph lui-même. Ils comprendront que le pardon des offenses est la seule issue, la seule échappatoire à la jalousie qui est au fond de notre cœur.

Ainsi une première ligne de recherche, c'est de voir comment ce péché de jalousie est, à tout moment, tapi comme une bête au fond de notre cœur, et qu'en réalité, même si nous n'avons ni tué ni volé, nous portons, d'une manière ou d'une autre, ce péché du désir de mort, sinon notre propre mort, du moins la mort de l'autre. Et lorsque le Christ explique dans cette parabole des vignerons homicides le sens même de la démarche du peuple dont le Christ est le frère aîné, il l'explique en montrant comment le péché de jalousie peut se déployer et s'enraciner dans notre cœur.

C'est, précisément, à cause d'un second péché qui est très profond en nous : le manque d'esprit de reconnaissance et d'action au Père, que le Christ explique le péché de jalousie. Le péché des vignerons homicides, ce n'est pas d'abord, de tuer le Fils. Le fait de tuer le Fils n'est qu'une conséquence. C'est parce qu'en réalité, ils n'ont pas compris le don inouï et prodigieux qui leur était fait de travailler à la vigne. Dieu les avait appelés pour travailler à l'œuvre du salut, et eux, au lieu de reconnaître cet appel dans une immense reconnaissance et action de grâces, ont fait valoir je ne sais quel droit là où il n'y avait que don, je ne sais quelle prérogative ou quelle revendication là où il n'y avait qu'appel gratuit. Et parce qu'ils renient cette logique de l'élection, de la gratuité et du service, simplement parce qu'on a été appelé alors qu'on ne le méritait pas, le chemin à ce moment-là est tout tracé et le Christ propose toute un compréhension de l'histoire du peuple dans son infidélité qui est d'avoir sans cesse méconnu l'esprit de reconnaissance et d'action de grâces et au lieu de faire de ce travail dans la vigne une joie et un acte de reconnaissance à Dieu qui les y avait appelés, ils en ont fait une revendication en croyant qu'ainsi, en tuant les envoyés et en tuant l'héritier, ils allaient s'approprier la vigne.

En réalité, pour nous, que de fois nous vivons le mystère de notre appel non pas dans une action de grâces, mais dans un désir de main mise et d'appropriation. Que de fois nous vivons le fait d'être des ouvriers de la vigne depuis que nous avons été appelés par notre baptême comme une sorte de supériorité et de droit et d'emprise que nous aurions sur le Royaume de Dieu. Alors que la seule chose que nous devrions faire c'est d'attendre la venue du Fils pour lui dire : Nous avons les mains vides et tout le travail que nous avons fait, ce n'est rien à côté du don et de la joie d'appartenir à cette vigne et d'y travailler.

Que ce temps de carême réveille en nous un véritable sens de l'appartenance à la famille de Dieu. Nous ne sommes pas de la famille de Dieu pour être meurtrier de notre frère et il n'est pas besoin d'aller jusqu'au meurtre pour tuer nos frères : un regard peut tuer. D'autre part nous faisons partie de la vigne de Dieu pour que, en étant membre de cette vigne, nous sachions pourquoi nous en sommes : c'est par pur don, par pure grâce et nous n'avons aucun droit à réclamer ni aux prophètes, ni aux envoyés, ni à l'héritier. Nous n'avons qu'à recevoir le salaire non pas de ce que nous avons fait mais du don de Dieu que nous n'avons pas mérité.

 

AMEN

 
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