AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PIERRE REJETÉE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – B

(8 mars 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Pierre inutile

L

 

a pierre, c'est la Pâque du Seigneur. C'est l'Incarnation du Fils venu dans le monde, dans la vigne, pour accomplir sa mission de salut, récolter des fruits de vie éternelle. La pierre, c'est la Pâque du Christ qui a été refusée par les bâtisseurs, par la majorité du peuple juif, par l'humanité tout entière, par chacun d'entre nous.

Cette pierre, c'est la Pâque du Christ qui est devenue la pierre de faîte, la pierre de fondation de l'histoire, qui est devenue le cœur même, la signification de l'humanité, de chaque homme et de nous-même. La pierre, c'est la Pâque du Christ. Nous le célébrerons en la fête de Pâques, c'est une œuvre du Seigneur et "elle est vraiment admirable à nos yeux."

Cette pierre, Jésus y fait allusion de façon très claire dans cette parabole, une fois que le Fils a été arrêté, mis hors de la ville et tué. C'est au moment le plus misérable, le plus tragique de l'histoire de la vigne comme de l'histoire du Fils, que le Christ place la pierre d'angle. C'est au moment où la division, où le péché, où le crime, la rupture est totalement accomplie, le Fils est mis à mort, les vignerons sont jetés dehors, c'est à ce moment-là qu'est placée, par Dieu, la pierre.

Ceci nous fait réfléchir sur un aspect très important de notre propre foi, de la foi chrétienne et de notre vie. Cette Pâque du Christ, c'est un don de Dieu, c'est l'œuvre du Seigneur. La réconciliation, c'est un don de Dieu, c'est quelque chose qu'Il a toujours donné, depuis le début de la création, qu'Il a toujours voulu manifester à l'homme, à partir du moment où celui-ci s'est refusé à voir cette œuvre de communion avec Dieu. Car "c'est une œuvre admirable à nos yeux" et le péché de l'homme a été de refuser de voir cette œuvre merveilleuse pour en vivre et de s'approprier ce qui n'était pas à lui, c'est-à-dire lui-même, sa vie et la destinée de l'humanité.

La réconciliation est un don permanent de Dieu. Elle a été continuellement proposée au peuple infidèle, aux vignerons homicides, à travers les patriarches, les rois, les sages, les prêtres et les prophètes de l'Ancien Testament. Mais, au moment où la désunion, la séparation, la dislocation de l'humanité était arrivée à son comble, au plus profond de sa souffrance, de sa blessure, Dieu a posé la pierre de la Pâque du Christ. Et Il ne l'a pas posé avec une autre matière que la nôtre, c'est-à-dire la chair humaine. C'est la chair humaine du Christ, dans sa fragilité extrême, dans sa mort, dans sa mise à l'écart du monde, dans sa mise au tombeau, qui est devenue la pierre de fondation, qui est devenue, désormais, la solidité même de notre propre réconciliation avec Dieu, avec les autres.

Et cela, c'est un don de Dieu dans sa fidélité, dans sa tendresse et dans sa souffrance, car la Rédemption et la réconciliation à laquelle nous tendons chaque jour, c'est un don de l'amour souffrant de Dieu, pour nous, à cause de notre séparation de Lui, et à cause de cet homicide de son Fils dans notre propre humanité.

Ce qu'il nous faut découvrir, au long de ce carême, c'est cette œuvre admirable du Seigneur. Elle est donnée. Nous n'avons pas à l'attendre. Nous n'avons pas à l'espérer. Nous n'avons même pas à la demander. Elle est donnée, elle est fondée en nous, elle est cachée dans notre propre cœur, comme dans le cœur de tout homme, à la façon d'une pierre de fondation, d'une pierre d'angle, de la solidité même de ce qui fait notre existence d'aujourd'hui. Ce que le Christ nous demande, c'est d'ouvrir nos yeux à cette œuvre admirable qui nous est donnée. Et, comme le dit le psaume 30, "la bonté de Dieu est cachée dans notre propre cœur, comme un secret en nous." Ce secret qui est déposé en nous, ce trésor, cette pierre d'angle, cette pierre précieuse de la Pâque du Christ est caché au plus profond de notre péché, de notre souffrance, de nos divisions, de nos séparations et de nos morts. Et c'est là qu'il faut la trouver comme "une œuvre admirable et merveilleuse" seule capable de nous restructurer personnellement dans notre humanité, seule capable d'être la structure de nos relations avec les autres, et notre relation, déjà établie, par Lui-même, avec Dieu. Il n'y a pas d'autre chemin à la réconciliation véritable que de recevoir cette Pâque comme une œuvre merveilleuse de Dieu pour nous, au plus profond de notre division. Tout le reste, c'est notre œuvre à nous, et elle est stérile, sans résultats parce que nous sommes des bâtisseurs qui ont rejeté cette pierre d'angle. C'est donc dans l'acceptation profonde, permanente et merveilleuse de ce don, que tout ce que nous sommes appelés à vivre les uns avec les autres, pourra s'accomplir. Tout le reste ne sera que superficiel, nous consolera peut-être ou nous justifiera à nos yeux, mais n'accomplira pas cette œuvre de salut ni en nous, ni dans le monde. Nous en resterons toujours à cette surface des choses, à cet extérieur du bâtiment que nous finirons, un jour ou l'autre, par démolir, parce que nous n'en connaissons pas la véritable fondation ni le sens définitif.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public