AU FIL DES HOMELIES

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LA SOLITUDE DU CHRIST FACE AU SALUT

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – C

(28 février 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans la bouche du Christ, cette parabole est l'annonce imminente de sa Passion. Puisque les juifs ont refusé de voie en Lui le Messie venu accomplir les promesses faites à Israël, puis­qu'ils ont refusé, eux le peuple messianique, d'entrer avec Lui, dans sa mission de salut du monde, ils vont comme ils l'ont déjà fait avec les prophètes que Dieu leur avait envoyés, le rejeter hors de la ville c'est-à-dire hors d'Israël et le mettre à mort. Et c'est un autre peuple, le peuple des païens, de ceux qui ne connais­sent pas Dieu qui recevra l'héritage, qui deviendra "la vigne du Seigneur", l'Église.

Cette parabole si transparente, d'ailleurs les grands-prêtres ne s'y trompent pas et ils sentent bien qu'ils sont visés, nous est présentée par la liturgie en parallèle avec l'histoire de Joseph. Le parallèle est en effet extrêmement saisissant. Les paroles des vigne­rons homicides sont un écho des paroles mêmes des frères de Joseph : "Voici l'homme aux songes : venez ! tuons-le !" et "Voici l'héritier : venez, tuons-Le !" Ici et là, il s'agit des plus proches de celui qui est mis à mort : les propres frères de Joseph et le propre peuple de Dieu, le peuple de Jésus, ses frères de race, ce peu­ple choisi, ce peuple messianique dans lequel il est né, pour lequel il est venu et qui devait participer à sa mission. Et de même que les frères de Joseph le ven­dront aux étrangers, de même Jésus sera vendu par Judas à ceux qui le réduiront dans l'esclavage de sa Passion et de sa mort.

C'est donc en face du mystère du refus d'Israël, en face du mystère de la solitude du Christ, seul pour accomplir sa mission de salut, en face du mystère de la déréliction, de l'abandon, de la Passion de Jésus que nous sommes mis aujourd'hui. En même temps le texte de la Genèse dans lequel Joseph est vendu par ses frères nous donne une lumière sur l'ac­complissement de cette Pâque, sur l'espérance qui est au-delà du sacrifice. En effet, si les frères de Joseph ont voulu le mettre à mort, s'ils l'ont rejeté, s'ils l'ont vendu et réduit en esclavage ce n'était pas seulement par méchanceté de leur cœur, c'est aussi parce que Dieu voulait que leur crime serve à leur propre salut. Dans le livre de la Genèse par une Providence mira­culeuse de Dieu, Joseph viendra en Egypte comme esclave, mais il gagnera l'estime de son maître, puis de Pharaon lui-même dont il deviendra le premier ministre. Et quand son père et ses frères, talonnés par la famine viendront quémander quelque nourriture, alors Joseph pourra les sauver parce que, ayant prévu la famine et rempli de blé les greniers d'Egypte, il pourra non seulement en donner aux Égyptiens mais aussi à ces étrangers que sont ses propres frères et même les installer dans une terre d'opulence où ils pourront prospérer.

Et Joseph le dira en toutes lettres à ses frères au moment où ils se prosternent devant lui et où il se fera reconnaître d'eux : "Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Egypte. Mais maintenant, ne soyez pas tristes ni mécontents de m'avoir vendu car c'est pour préserver vos vies que Dieu m'a envoyé en avant de vous !" Ces paroles sont celles que le Christ peut dire Lui-même. Les péchés d'Israël, les péchés de ses frères, nos propres péchés ont mis Jésus à mort. C'est à cause de nos fautes qu'Il est mort sur la croix. Mais cette Passion du Christ est pour notre salut. Cette mort du Christ est pour sa Résurrection. Et de même que Joseph est devenu le premier de l'Egypte, de la même manière Jésus devient "le premier-né d'entre les morts". Il devient celui qui ouvre la voie du bonheur à ceux-là même qui l'ont rejeté, à ceux-là même qui ne l'ont pas reconnu. Ces pécheurs que nous sommes, car le nouvel Israël c'est-à-dire nous n'est pas meilleur que le premier et nous ne sommes pas plus fidèles que ne l'ont été les juifs contempo­rains de Jésus nous aussi, sans cesse par notre ingra­titude, par notre indifférence, par nos péchés, nous contribuons à la mort du Christ, nous aussi nous sommes les acteurs de sa Passion, nous aussi nous sommes responsables de ces épines enfoncées dans sa tête et de ces coups qui pleuvent sur son corps, mais notre péché se tourne admirablement et merveilleu­sement en salut, car la mort du Christ est principe non seulement de sa Résurrection mais aussi de notre ré­surrection. Et à partir de sa mort, nous entrons dans la vie. Et ce qui était mise à mort et rejet devient sacri­fice, c'est-à-dire rédemption, c'est-à-dire rachat, c'est-à-dire source de vie, de bonheur et de béatitude.

Tel est le mystère de la Pâque du Christ ! Tel est l'abîme insondable de la tendresse et de la miséri­corde de Dieu. Ce qu'Il avait réalisé en figure en Jo­seph, Il le réalise en vérité en Lui-même. C'est Dieu Lui-même qui vient sur la terre pour être rejeté, mis à mort mais par sa mort nous ressusciter et nous sauver. Rendons-Lui grâce parce que, même de nos péchés, Il sait tirer la vie, même de nos fautes, Il sait tirer le pardon et la miséricorde en nous ressuscitant avec Lui.

 

AMEN


 

 

 
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