AU FIL DES HOMELIES

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LA VIGNE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Jeudi de la deuxième semaine de carême – C

(24 février 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans l'Écriture, le mystère de la vigne est un grand mystère. Le prophète Isaïe parlait de "la vigne du Seigneur", cette vigne à laquelle il est fait écho au début de texte de ce jour. Cette vi­gne que Dieu "avait plantée avec amour sur un co­teau fertile", qu'il avait "entourée d'une clôture", au milieu de laquelle Il avait "bâti une tour et creusé un pressoir", cette vigne dont Il attendait du raisin et qui n'a donné que du verjus, cette vigne c'est le peuple d'Israël que Dieu avait choisi pour qu'il soit le témoin de sa gloire au milieu de toutes les nations. Mais, à travers son histoire, ce peuple n'a pas été fidèle à la mission reçue et au lieu de rendre gloire à Dieu il a accumulé infidélité sur infidélité.

La parabole reprend ce thème. La vigne c'est toujours le peuple d'Israël. Les vignerons sont les chefs du peuple qui refusent cette vendange de leur cœur et rejettent les prophètes. Israël n'a pas reconnu les envoyés de Dieu, la plupart des prophètes ont été méconnus, rejetés, certains offerts en sacrifice. Et voici que Dieu a envoyé son propre Fils pour rassem­bler cette vigne, pour récolter le fruit de tant d'années de patience, d'amour, le fruit de cette élection, de ce choix divin, le fruit de cette mission confiée à Israël. Et comme les frères de Joseph, ils disent : "Voici le Fils, voici l'héritier, tuons-le !" Au lieu de reconnaître en Jésus le Fils unique du Père, le premier-né d'une multitude de frères, ils ont préféré le rejeter hors de la ville, hors d'Israël, hors de la vocation qu'Il venait pourtant accomplir, et ils l'ont mis à mort, ils l'ont fait crucifier par les romains.

Voici donc que cette vigne d'Israël n'a pas donné son fruit, que ce fruit n'a pas été remis entre les mains du Fils qui venait pour le récolter. Voici que cette vigne est restée stérile, qu'elle n'a pas fait re­monter jusqu'à Dieu la gloire qui lui était due. Alors Jésus est venu non seulement pour recevoir le fruit de la vigne, et devant le refus des vignerons, pour être mis à mort, mais Il est venu pour être une vigne nou­velle.

C'est ce qu'il nous lui-même dans saint Jean : "Je suis la Vigne, la vigne véritable !" Et cette vigne qui n'a pas su donner du fruit pour son Seigneur, cette vigne qui n'avait pas su récolter ce fruit de la gloire de Dieu, cette vigne d'Israël va être transformée en Israël nouveau, en une vigne nouvelle dot Jésus est Lui-même le cep et dont nous sommes tous les sarments. Et cette vigne va remplir la terre jusqu'aux extrémités comme le dit le Psaume 79 : "Ses pampres ont recou­vert le monde". Voilà que nous sommes la vraie vigne parce que nous sommes greffés sur le Christ Jésus, parce que nous sommes les sarments et que sa sève circule en nous. C'est son sang qui circule dans nos veines, nous sommes remplis de la vie dont le Christ Jésus est la source et qui se communique à nous. Et ce fruit que nous n'avions pas su donner, ce fruit qui n'avait pas répondu à l'attente de Dieu, voilà que maintenant il se multiplie et il devient plus beau car de notre péché est sorti une grâce plus grande.

C'est Dieu Lui-même qui est venu donner la sève pour que ce fruit soit non seulement un fruit de louange de l'homme pour son Seigneur, mais un fruit de vie divine. C'est Dieu Lui-même, en Jésus-Christ qui vient accomplir la mission de l'humanité. C'est Dieu Lui-même qui vient chanter la louange de Dieu. C'est pourquoi notre chant est plus beau qu'il aurait pu être si nous avions accepté d'être à l'écoute de Dieu. Maintenant, c'est Dieu Lui-même qui chante en notre cœur.

Tel est le mystère de la vigne, tel est le mys­tère de l'œuvre de Dieu. C'est que là où le péché abonde, la grâce surabonde, là où les hommes ne sa­vent pas remplir la mission qui leur a été confiée, c'est Dieu Lui-même qui vient reprendre en main cette mission pour l'accomplir Lui-même avec nous, pour être au milieu de nous Celui qui nous donne la force et la vie véritable, pour rendre compte de notre mis­sion et la faire aboutir.

Toutes les fois que nous péchons, toutes les fois que nous nous éloignons de Dieu, Dieu a une grâce plus grande encore à nous donner pour non seulement pardonner notre péché, non seulement compenser le déficit de notre péché, mais pour aller infiniment au-delà, et pour que sa grâce soit plus grande encore que si nous n'avions pas péché.

Tel est le mystère de la providence et de la miséricorde de Dieu : la surabondance de son amour et de sa grâce. Alors, pécheurs, humblement, appro­chons-nous de Dieu avec cette certitude, cette confiance que nous serons sauvés, non seulement au-delà de nos fautes, mais au-delà de toute espérance, au-delà de toute imagination, au-delà de tout ce que nous avions pu désirer et entrevoir.

 

AMEN

 

 

 
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