AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES VIGNERONS HOMICIDES

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – A

(16 mars 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette parabole nous annonce clairement le rejet de Jésus par ceux-là même à qui Dieu avait confié sa vigne les responsables du peuple d'Israël, les scribes, les pharisiens, les grands-prêtres. Et l'histoire de Joseph, comme une parabole vécue, est une annonce de la mort du Christ parce que ses propres frères, jaloux de lui parce qu'il est l'unique, parce qu'Il est le Fils Bien-aimé du Père, le vendent, le mettent à mort.

De même que Joseph, par ses souffrances, par le rejet de ses frères, est une image, une annonce pro­phétique de la Passion de Jésus, de même que dans la parabole, avant d'envoyer l'héritier, le Fils unique, Dieu a envoyé d'abord des serviteurs qui ont été mal­traités, lapidés, tués, je voudrais réfléchir sur le fait que toute souffrance, toute persécution qui tombe sur les serviteurs de Dieu que nous sommes est aussi par­ticipation à la passion du Christ. Mous sommes les serviteurs envoyés par le maître. D'une certaine ma­nière, comme Joseph, nous sommes les figures du Christ, nous participons à cette destinée du Christ qui, par ses souffrances, sauve la vie du monde. C'est une des dimensions les plus mystérieuses, les plus pro­fondes et les plus belles de notre foi que de compren­dre que toute réalité négative, qu'il s'agisse de souf­frances qui nous sont infligées, qu'il s'agisse de mala­dies que nous subissons, tout ce qui a en apparence une balance négative, peut devenir positif dans la mesure où le mystère du Christ dans sa croix, vient transfigurer ces réalités négatives. En assumant la souffrance des hommes, en assumant la souffrance morale et la souffrance physique des hommes, Jésus leur donne, par son amour, un sens. Tout ce qui pour­rait être purement et simplement déficit, tout ce qui pourrait et qui est en réalité quelque chose qui s'abat sur nous, qui nous abat et nous mutile, qui d'une cer­taine manière nous dégrade et détruit la vie en nous, tout ce que nous pouvons et devons légitimement combattre de toutes nos forces parce que c'est le mal à l'œuvre dans le monde, dans notre propre chair ou notre propre vie, tout cela peut aussi trouver un sens, avoir une dimension positive par l'amour que le Christ a mis dans l'acceptation de la souffrance et qu'Il nous invite à y mettre. En union avec le Christ, nous pou­vons donner un sens à ce qui n'en a pas.

C'est vrai de la souffrance. C'est extraordinai­rement vrai même de notre péché. Même quand il ne s'agit plus de souffrance que nous supportons mais de souffrance que nous infligeons ou nous infligeons à nous-mêmes par notre infidélité, même cela peut de­venir chemin de rédemption, voie de salut pour nous et pour les autres. Il y cet extraordinaire renversement que la croix du Christ (et la participation à la croix du Christ que nous donnent les sacrements) opère dans toute l'histoire du monde. Par le sacrement des mala­des, toute maladie, toute infirmité, toute dégradation qui touche notre corps ou notre esprit deviennent source de rédemption. Par le sacrement de pénitence même notre péché, même notre refus va devenir le lieu où, par son pardon, Dieu nous rencontre et nous donne une vie plus abondante que celle que nous avions refusée. C'est cette profusion de l'amour de Dieu qui est capable de tout changer et de donner à tout un sens. L'amour de Dieu ce n'est pas seulement l'amour que Dieu a pour nous, c'est aussi l'amour qu'Il met dans notre cœur et qui nous transforme réelle­ment, de fond en comble. Et tout ce que nous avons vécu ou même fait de négatif, tout cela peut devenir source de pardon, lieu de résurrection La mort, et tout ce qui se rapproche de la mort, donc tout ce qui est maladie, tout ce qui est mal, voire même tout ce qui est péché, tout cela peut être repris dans le creuset de l'amour de Dieu. Et comme le minerai mêlé à la gan­gue et jeté dans le feu, s'en dépouille et peut devenir de l'or, de même dans le creuset de l'amour de Dieu ce qui était mauvais peut devenir germe de vie, semence de résurrection.

Nous devons vivre ce carême dans ce sens-là. Faire pénitence ce n'est pas rechercher de façon plus ou moins maladive la souffrance. Faire pénitence c'est d'abord mettre tout ce qu'il y a de négatif dans notre vie en union avec la croix du Christ pour en faire un geste d'amour et ainsi pour anticiper déjà en nous la Résurrection. Que cet évangile nous aide à entrer dans le mystère de la Pâque du Christ pour qu'elle devienne notre propre pâque et la pâque du monde entier.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public