AU FIL DES HOMELIES

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LA JALOUSIE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – C

(20 mars 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

epuis le début du carême, par trois fois, comme dans l'évangile, nous avons lu l'an­nonce de la passion et de la mort du Christ. Aujourd'hui, dans cette parabole des vignerons homi­cides, c'est d'une façon parfaitement claire que Jésus décrit par avance ce que sera le complot des chefs des prêtres et des scribes et des pharisiens contre Lui et l'issue de ce complot, sa propre mort. Le carême n'est pas seulement un temps de pénitence, le carême c'est un moment où nous accompagnons le Christ sur ce chemin qui le conduit à Jérusalem, qui le conduit jus­qu'à la souffrance et à la mort.

Et le texte de la parabole d'aujourd'hui, comme aussi le récit de la vie de Joseph vendu par ses frères, insiste sur la responsabilité des hommes dans la mort du Christ. C'est la jalousie des frères de Jo­seph qui les a conduits à méditer contre lui le meurtre et finalement à le vendre comme esclave, en faisant croire à leur père qu'il était mort, dévoré par une bête féroce.

La jalousie, ce sentiment si vil, si bas, qui fait que l'homme voyant son frère avoir quelque chose de plus que lui, non seulement envie ce que son frère a en plus, mais souhaite qu'il ne l'ait pas, voudrait le dépouiller pour ramener son frère au même niveau que lui, cette jalousie qui est pire que l'envie, qui est un sentiment proprement négatif qui veut détruire le bonheur quand on ne se sent pas capable d'y participer soi-même. Et puis c'est l'avidité qui a conduit les vi­gnerons à détourner à leur profit les fruits de la vigne.

Et ce péché, qu'il s'agisse de la jalousie ou de l'avidité, qu'il s'agisse de n'importe quelle autre forme de recherche de soi par-delà ce que nous devons à nos frères, ce péché conduit à la haine, et la haine conduit au meurtre. Dès là que nous ne savons pas aimer, dès là que nous nous détournons de l'amour de nos frères, nous sommes déjà, en puissance, des meurtriers car si nous n'arrivons pas tous aux dernières extrémités, c'est une question d'éducation, de crainte du gen­darme, c'est que nous avons été bien élevés, mais au fond, nous avons souvent dans notre cœur des senti­ments qui ne sont pas beaucoup plus reluisants que ceux des frères de Joseph à son égard, ou que ceux des vignerons à l'égard des serviteurs et du fils du maître de la vigne.

Alors, il faut que nous comprenions que cette carence d'amour dans notre cœur est meurtrière. Elle est meurtrière de nos frères d'abord parce qu'ils ont besoin d'amour pour vivre et que nous leur refusons cet amour, elle est meurtrière pour notre propre cœur car seul l'amour donne un sens à notre vie et faute d'amour nous nous desséchons nous-même, nous nous détruisons nous-même, elle est meurtrière pour Dieu, pour le Christ qui a pris sur Lui tous nos péchés, tous nos manques d'amour jusqu'à en mourir sur la croix. Et cette mort du Christ sur la croix est comme la pro­jection, dans notre histoire, dans notre temps dans ce que nous pouvons percevoir du mystère même du cœur de Dieu déchiré par notre refus d'amour. Car Dieu, au fond de son mystère, souffre inexplicable­ment et mystérieusement de tous ces refus d'amour par lesquels nous nous détournons de Lui, nous nous détournons de nos frères et nous nous détruisons nous-même. Dieu qui nous a créés par amour est at­teint dans son amour par notre refus d'amour et il y a souffrance dans le cœur de Dieu, souffrance qui s'est manifestée, qui nous a été offerte comme en épipha­nie par la croix du Christ, qui, au-delà des souffrances physiques de sa croix, a souffert la mort de son cœur brisé par nos péchés.

Il faut que nous prenions conscience de tout ce qu'il y a de vil, de bas, de faux dans notre cœur. Nous ne sommes pas très lucides sur nous-mêmes. Nous nous considérons avec une certaine indulgence et nous avons l'impression que, finalement, ce n'est pas si grave que cela. Et bien, c'est beaucoup plus grave que nous ne le croyons, car nous aimons très peu et nous savons très mal aimer. Nous prenons sou­vent bien soin de nous mettre à l'abri de l'amour parce que cela coûte cher d'aimer. Prenons conscience de ce que tous ces refus d'amour, qui ne sont pas toujours sous la forme de la haine ou de la jalousie mais plutôt sous des formes apparemment plus bénignes mais au fond meurtrières elles aussi, les formes de l'indiffé­rence, de l'aveuglement et de ce repli sur soi. Tous ces manques d'amour répandent autour de nous la mort. Demandons au Seigneur de nous éclairer dans notre regard sur nous-même et de nous guérir de cette pro­pension à tellement nous préférer, à tellement nous mettre au-dessus des autres, à tellement nous occuper de nous-même et à si peu ouvrir notre cœur au bon­heur de nos frères, à la joie de voir nos frères posséder un bonheur que nous n'avons pas comme eux mais qui devrait être notre joie parce que c'est leur joie. Que le Seigneur nous donne un cœur semblable à son cœur afin que nous cessions de répandre autour de nous cette mort spirituelle qui est si grave et qui nous at­teint par ricochet.

 

 

AMEN

 

 
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