AU FIL DES HOMELIES

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JOSEPH ET NOUS

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine du carême – C

(5 mars 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

De l'esclavage à la royauté …

 

F

rères et sœurs, je laisserai de côté l'évangile que nous venons d'entendre, même si à mon avis, il nous rappelle beaucoup de choses très importantes : l'Église ne nous appartient pas, le champ de la vigne ne nous appartient pas et il n'est jamais question de vouloir garder les fruits pour nous, autrement dit, de penser que c'est nous-mêmes qui convertissons les autres et que les autres nus appartiennent. On peut assez facilement tomber dans la manipulation mentale.

Je m'attacherai plutôt à la première lecture en en faisant une lecture chrétienne et non pas christologique. Vous voyez comment la liturgie fait fonctionner les deux textes : Joseph est trahi par ses frères et est mis dans un puits, et dans l'évangile, ces vignerons qui sont jaloux du fils et qui le tuent. La lecture chrétienne c'est ce que nous pouvons tirer de l'histoire de Joseph pour nous-même. Dans cette histoire de Joseph, nous pourrions retrouver le drame de chacun d'entre nous. Chacun d'entre nous nous sommes les fils et les filles bien-aimés de Dieu. Chacun d'entre nous, nous sommes livrés au départ à ce projet extraordinaire de Dieu. Et Joseph lui aussi, entrevoit au début de sa vie le projet que Dieu a sur lui. Il livre ce projet beaucoup trop rapidement à ses frères et à ses parents, et là bien sûr, c'est le scandale : comment ? tu serais mieux que nous ? etc … On peut très facilement faire le lien avec le fait que nous sommes chrétien et le regard que les autres portent sur nous : vous vous dites le peuple préféré de Dieu, vous pensez que parce que vous êtes chrétiens … etc … C'est la première chose qui est de découvrir que Dieu a un projet et qu'en même temps, ce projet, il faut être clair, il ne va pas se faire dans les secondes qui suivent. Vous le voyez avec l'histoire de Joseph, il faudra beaucoup de temps, beaucoup de tribulations et beaucoup de souffrances pour qu'à la fin de l'histoire ses frères viennent et se réconcilient.

La deuxième chose par rapport à cette histoire que nous avons entendue, c'est une méditation sur l'action d'une minorité au cœur d'une majorité. Joseph est déraciné, il est abandonné dans un puits, récupéré, il est esclave mais il va accéder aux plus hautes fonctions de l'administration royale égyptienne. Là aussi, cela nous dit quelque chose sur l'action du chrétien dans ce monde. Je sais, nous nous plaignons, nous sommes une minorité, maintenant, on va commencer à travailler le dimanche, oui, maintenant, nous sommes une religion minoritaire dans un monde pluriculturel et pluri-religieux. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons rien faire. Nous pouvons faire quelque chose à partir du moment où nous arrêtons de nous lamenter, et à partir du moment où nous jetons sur ce monde un œil bienveillant et à partir du moment où, comme Joseph, nous savons faire exercer notre intelligence et notre pragmatisme. Comment Joseph sort-il du cul de basse-fosse dans lequel il était ? C'est parce qu'il est capable d'interpréter des rêves. Je ne dis pas qu'il faut qu'on se précipite tous pour ouvrir un cabinet de psychanalyste. L'interprétation dont il est question dans l'histoire de Joseph, qu'est-ce que c'est ? C'est être capable de porter un regard sur les besoins, les difficultés, et les ouvertures de ce monde et y apporter une réponse pratico-pratique. Trop souvent, nous sommes dans les rêves de l'ancien temps, soit nous pensons que nous ne pouvons rien faire, soit nous sommes dans l'idéologie et la culture et le monde ne nous conviennent pas et ne correspondent pas à ce qu'ils devraient être. Changeons de regard, soyons capables de convertir notre regard, de comprendre les nécessités, les problèmes de tous, afin d'y apporter l'évangile. C'est ce qu'on appelle l'économie. Pourquoi Joseph est-il un grand économiste ? parce qu'il part de la réalité des problèmes de l'Égypte et il va y apporter des solutions. Qu'est-ce que l'économie de Dieu ? Dieu c'est celui qui a le projet, et qui à chaque instant corrige ce projet par rapport à ce que nous sommes et nous devrions aussi être des économes, c'est-à-dire être capables à chaque instant d'écouter, de comprendre les problèmes et les drames de ce monde, mais aussi de l'humanité, pour savoir nous y adapter et y apporter l'évangile.

Je crois que c'est cela être une minorité, ce n'est pas du tout négatif, ce n'est pas stérile. Le fait que nous soyons minoritaires doit être absolument articulé avec notre intelligence pratico-pratique. En fait, en écoutant ce texte avec vous, et en me projetant dans toute l'histoire de Joseph, je pensais que ce brave Joseph réunit toutes les qualités et toute la grâce que nous recevons à notre baptême. Quand on dit : tu es prêtre, prophète et roi, Joseph est prêtre, prophète et roi. Pourquoi ? Prophète, parce que comme je le disais il y a un instant, il est capable d'analyser la situation et d'interpréter ce qui se passe, d'y apporter une solution, d'y apporter un regard de fécondité et d'ouverture. Nous aussi, nous sommes appelés à être prophètes dans ce sens-là. Joseph est roi pourquoi ? Parce qu'il est au service de ce peuple égyptien et au service de ses frères et de sa famille. C'est là que le rêve du début se retrouve comme bouleversé : alors que ses frères et ses parents disaient : calme-toi, tu crois qu'on va se mettre à quatre pattes devant toi parce que tu serais le roi ? En fait, il est véritablement roi parce que tout au long de ce drame qu'il va vivre en minorité au cœur de l'Égypte, il va exercer un service auprès de ce peuple qui n'est pas le sien, et en définitive, exercer ce qu'est la royauté. Et nous aussi, frères et sœurs, nous sommes rois par notre baptême. L'exercice de notre royauté dans notre société telle qu'elle est, c'est de faire exactement comme a fait Joseph. Il est prêtre prophète et roi, et nous sommes prêtres aussi. Pourquoi ? Parce que à la fin, il sait rendre grâces à Dieu, il ne se prend pas pour le plus beau, le plus grand, le plus intelligent, mais il découvre et il rend grâces à Dieu de ce qu'il a pu faire, car il l'a fait pour nourrir cette population égyptienne et aussi pour nourrir ses frères et sa famille qui viennent quémander en Égypte.

Frères et sœurs, d'abord, je ne peux que vous encourager à relire ces quelques chapitres de la fin du livre de la Genèse, ce n'est pas très long et c'est magnifique, et je crois que cette histoire de Joseph nous fait aussi méditer sur la signification du carême et sur la manière dont nous avons à vivre notre carême. Tout simplement, nous avons à redécouvrir ce qui est au cœur même de notre vie chrétienne, le fait que par le baptême, nous sommes prêtres, prophètes et rois et que nous avons à l'annoncer, à le vivre dans la société qui est la nôtre.

 

 

AMEN

 

 
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