AU FIL DES HOMELIES

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UNE JALOUSIE HOMICIDE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – A

(12 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette parabole est parfaitement transparente et, comme les grands prêtres et les pharisiens eux-mêmes, nous comprenons très bien comme Jésus tout à la fois annonce sa passion, réca­pitule l'histoire d'Israël et déclare que le Royaume sera enlevé à ceux qui n'ont pas su l'accueillir pour être donné aux nations païennes qui, elles, lui feront porter du fruit.

Je voudrais m'arrêter sur un petit détail. "Quand les vignerons voient arriver le Fils, ils se disent "Tuons-le !" ils le saisissent, le jetèrent hors de la ville et le tuèrent." Ils l'ont jeté "hors de la ville". Ce détail fait allusion à plusieurs textes de l'Ancien Testament et notamment du Lévitique dans lequel il est dit qu'au jour des Expiations, un bouc doit être pris dans le troupeau, chargé des péchés du peuple et jeté hors du camp, dans le désert pour que, en quelque sorte, il arrache au peuple rassemblé ce péché qui a été transféré sur lui. Puis dans le sacrifice qui suit, on doit offrir un bouc et un taureau, asperger l'autel de leur sang, puis emporter "hors du camp" les chairs de ces animaux. On ne les fera pas brûler devant le Sei­gneur comme dans les holocaustes habituels, mais on les brûlera hors du camp et celui qui les aura brûlés se nettoiera avant de rentrer dans le camp.

Ainsi il y a dans ce geste de sortir "hors du camp" tout à la fois une idée de substitution par rap­port au pécheur et l'idée d'une exclusion. Et curieuse­ment l'épître aux Hébreux insiste sur ce fait en citant d'abord ces textes du Lévitique et en ajoutant : "C'est pourquoi Jésus, Lui aussi, pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte du camp." Il ne s'agit pas simplement d'un détail topo­graphique qui veut dire que le Golgotha où Jésus a été crucifié se trouvait à l'extérieur des portes de la ville. Il s'agit d'une référence symbolique, celle-là même à laquelle Jésus a fait allusion dans cette parabole des vignerons.

Jésus a été rejeté. Il a été rejeté hors du peu­ple, hors de la nation d'Israël, hors de la ville de Jéru­salem. Il a été exclus et comme le bouc émissaire dans le désert, Il a été revêtu de toute la malédiction de notre péché, de tout ce qui nous rendait inacceptables aux yeux de Dieu, de tout ce qui fait que les pécheurs ne peuvent pas se présenter devant le regard du Seigneur. Tout cela, Jésus l'a pris sur Lui, l'a endossé. Il a pris sur ses épaules tous les péchés des hommes et c'est pourquoi il a pris le rôle symbolisé par ce bouc émissaire sur qui l'on imposait les mains pour qu'il reçoive tous les péchés d'Israël, tous les péchés du monde et qu'il les emporte dans le désert. Ainsi Jésus a reçu, non plus de manière symbolique mais réelle, tout le poids, toute la malédiction du mal qui est dans notre cœur, du péché qui habite dans nos vies. Tout cela Jésus l'a pris sur Lui et Il a accepté d'être rejeté, d'être exclu, d'être mis en dehors du peuple d'Israël, d'être mis au ban de la société et de l'humanité. Il s'est retrouvé seul sur la croix, seul dans le tombeau et dans la mort. Il s'est retrouvé seul chargé de toute l'horreur du péché, de tout ce manque d'amour, de toute cette haine qui habite le cœur des hommes. Tout cela Il l'a endossé, Il l'a fait sien. Il a accepté de prendre sur Lui toute cette lie, tout ce qu'il peut y avoir de laid dans nos vies, tout ce qu'il peut y avoir de plus étranger à Dieu et à son amour. Jésus a accepté de s'en revêtir, de s'en recouvrir, d'en être écrasé et finalement d'en mourir.

C'est cela le sens ultime de la Passion. Jésus ne s'est pas contenté de souffrir dans sa chair, même si le supplice de la croix est un supplice terrible et même s'il a accepté d'être déchiré dans son corps, mais Il a souffert plus encore dans son cœur, non seulement souffrant de ce manque d'amour que nous avions à son égard, souffrant de ce refus d'Israël de le reconnaître comme son Messie, mais prenant au fond de son propre cœur ce refus, ce péché, ce péché qui lui faisait horreur, qui pour Lui Fils de Dieu est la chose la plus abominable puisque le manque d'amour, le refus d'amour c'est la haine. Tout cela Il l'a pris en Lui pour que, dans le tréfonds de son être, l'amour soit victorieux de cette haine, victorieux de ce péché et qu'il puisse véritablement, définitivement le vaincre et l'écraser.

Devant cet abîme de la Passion, du Christ qui a accepté d'être fait péché pour nous, soyons dans la stupeur et dans l'émerveillement, dans l'action de grâ­ces. Et toutes les fois que nous sommes tentés de pé­cher, essayons de mesurer ce que ce péché a d'affreux et d'horrible et combien il a coûté cher à Dieu, à Dieu le Fils, au Fils de Dieu, à Jésus qui l'a endossé, qui l'a pris au fond de son être.

 

 

AMEN

 

 
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