AU FIL DES HOMELIES

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LE FILS REJETÉ

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Jeudi de la deuxième semaine de carême – B

(4 mars 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e que nous venons d'entendre dans la bouche de Jésus est extrêmement clair et c'est une annonce à peine voilée des événements même du complot, de la trahison, de la passion et de la mort du Christ. Pour ce faire Jésus reprend une image que l'Ancien Testament avait déjà utilisée, celle de la vi­gne. Cette image, nous la trouvons chez le prophète Isaïe qui compare Israël à "une vigne que Dieu avait choisie", la vigne de son Bien-Aimé dans laquelle Il avait bâti une tour, creusé un pressoir, exactement comme nous le lisons dans la parabole. "Cette vigne, c'est la maison d'Israël" nous dit Isaïe. "J'attendais d'elle qu'elle donne des raisins, un raisin savoureux, et voici qu'elle n'a donné que du verjus", elle n'a donné qu'un raisin corrompu et une liqueur sans inté­rêt.

C'est donc la déception de Dieu en face de sa vigne qui est à l'origine de cette image reprise par le prophète Ezéchiel et aussi dans le psaume 119 : "Il était une vigne, Tu l'arraches d'Egypte, Tu chasses les nations pour la planter." C'est toute l'histoire d'Israël que le psaume retrace, comme si cette vigne choisie, Dieu lui avait exprès préparé un terrain pour qu'elle puisse prendre racine et couvrir les montagnes de son ombre.

Pour tout israélite la vigne c'est donc le peu­ple même que Dieu a choisi. Cette image est dans tous les esprits, dans toutes les mémoires et quand Jésus parle de la vigne et du maître de la vigne, il est absolument évident qu'il s'agit d'Israël et de Dieu, de ce peuple qu'Il a choisi. Les serviteurs envoyés, les prophètes ont été refusés, et certes là aussi l'Ancien Testament nous montre sans cesse combien les pro­phètes ont été mal accueillis par le peuple de Dieu qui ne voulait pas écouter les remontrances venues pour­tant de la bouche même du Seigneur à travers ceux qui étaient ses porte-paroles.

Et voici que la parabole dépasse maintenant les textes prémonitoires de l'Ancien Testament car le maître de la vigne envoie son propre Fils. Ce propre Fils qui dépasse les serviteurs comme Jésus dépasse infiniment par sa nature divine les prophètes qui L'ont précédé, ce propre Fils vient dans l'Esprit de Dieu pour toucher le cœur des vignerons, pour leur faire comprendre que c'est avec toute sa tendresse que Dieu s'adresse à eux et qu'Il veut, non pas obtenir d'eux un gain, un profit, mais leur permettre cet épanouisse­ment qui serait le don, par eux-mêmes, du meilleur de leur fruit.

Et le Fils est rejeté en dehors de la vigne. Ce passage auquel fera écho l'épître aux hébreux qui dit que le Christ sera rejeté en dehors de la ville, d'ail­leurs Jésus a été crucifié à l'extérieur de Jérusalem, aux portes de la ville comme on le faisait pour tous les criminels, les rejetant ainsi symboliquement en dehors du peuple choisi, Jésus donc a été rejeté. Israël n'a pas voulu que Jésus, le Fils du maître de la vi­gne, vienne accomplir la destinée de cette vigne.

Cette parabole de la vigne s'arrête là dans le texte de Matthieu, mais vous avez tous en mémoire cette autre parabole de la vigne que Jésus utilise dans son dernier discours avec ses disciples et que nous rapporte saint Jean au chapitre quinzième de son évangile. La vigne, ce n'est plus Israël, ou plus exac­tement c'est une transformation d'Israël car la vigne est devenue Jésus Lui-même, Jésus qui rassemble l'humanité tout entière, l'Israël nouveau, l'Église, comme les sarments autour du cep. Voici que cette vigne que Dieu avait choisie et qui a rejeté le choix de Dieu, qui a rejeté l'envoi du Fils bien-aimé du Père, cette vigne n'est pas abandonnée à son refus, elle n'est pas abandonnée à son péché. Jésus rassemble non seulement Israël mais tous les peuples de la terre, tous les pécheurs de l'univers. Il les rassemble pour une vigne nouvelle qu'Il est Lui-même, dont Il est le cep. Et en quelque sorte Il transfigure cette histoire du péché de l'humanité, du péché d'Israël, du rejet sans cesse recommencé de l'amour de Dieu. Il transforme cette histoire par sa Résurrection en une histoire de salut. La vigne qui avait rejeté Jésus est remplacée par Jésus Lui-même, vigne nouvelle, qui va rassembler les sarments épars de cette vigne dévastée par son propre péché et Il va leur redonner vie, car la sève qui jaillit du cep va irriguer tous les rameaux de cette vigne, nous donnant la vie.

Nous allons boire le vin de cette vigne, par l'eucharistie nous allons nous abreuver de cette sève qui vient du cœur du Christ, qui vient du Christ cep sur lequel nous sommes tous greffés, nous allons nous nourrir de cette vigne qui est l'amour même du Père et au-delà de nos péchés, au-delà de nos rejets, au-delà de nos refus, nous nous laissons convertir à une vie nouvelle qui est la Résurrection de Jésus pour le salut du monde.

 

 

AMEN

 

 
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