AU FIL DES HOMELIES

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AUTORITÉ ET AUTONOMIE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

Vendredi de la deuxième semaine de carême – A

(25 février 2005)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

D

ans les deux lectures de ce jour, vous aurez remarqué que la violence est liée à une autre réalité qui est celle du pouvoir. Comment dans les deux cas, il y a refus de recevoir une parole qui nous place sous note interlocuteur. C'est très clair dans le passage que nous avons lui avec l'histoire de Joseph et les deux rêves que Joseph raconte à sa famille, il rêve en fait que c'est lui qui est le chef et que la lune, les étoiles, le soleil, c'est-à-dire ses parents et ses frères, se prosternent devant lui. C'est insupportable, même pour l'oreille de son père pour qui il est le préféré.

C'est aussi le cas dans cette parabole que nous avons lu puisqu'elle s'insère dans une série de paraboles que le Christ prononce sur le parvis du Temple, Il enseigne, et on lui demande de quelle autorité Il enseigne. Et c'est là que le Christ se met à leur dire une série de paraboles dont celle que nous avons entendu et qui est celle des vignerons homicides.

Le problème du pouvoir, c'est de croire que nous n'avons pas besoin de quelqu'un d'autre qui nous dit ce que nous avons à faire. Là aussi, le pouvoir s'articule avec une autre notion qui est celle de notre propre autonomie. Vous avez sans doute remarqué que violence, pouvoir, autonomie, sont des conséquences, comme à rebours, qui sont déjà présentes dans le texte qui nous est donné au début de la Genèse avec le péché originel. Le désir d'une autonomie et le refus de recevoir de quelqu'un d'autre ce pouvoir, c'est bien ce que dit le serpent à Ève, et ce refus aboutit au péché originel et donc à une violence qui s'insère dans le couple entre Adam et Ève, et chacun essaie à sa manière de prendre le pouvoir sur l'autre. On parle d'Adam qui prend le pouvoir sur sa femme par la violence physique, et de son côté Ève qui essaie de prendre le pouvoir sur son mari d'une autre manière.

Donc, ce pouvoir nous rappelle qu'en ce temps de carême nous devrions découvrir que nous n'avons pas à avoir honte de dépendre de quelqu'un d'autre. C'est ce long chemin que les frères de Joseph vont parcourir puisque ces deux rêves vont un jour s'accomplir. Un jour, ses frères vont effectivement se prosterner devant lui, quand ils vont commencer à mourir de faim. Je crois que c'est cela qui est important, c'est que nous pensons trop souvent les relations d'enseignement en termes de pouvoir. Même au cœur de l'Église, il y a ceux qui peuvent prêcher et ceux qui ne peuvent pas. Ce que le Christ nous propose dans sa parabole, et aussi ce que Joseph a vécu, c'est qu'il n'est pas question de pouvoir, mais d'autorité. Nous devrions découvrir que l'enseignement n'est pas quelque chose qui a pour but de nous écraser, de nous anéantir, de nous obliger à, de nous forcer à faire nos devoirs, mais au contraire l'enseignement devrait nous faire découvrir un manque, un besoin dans notre cœur que nous n'avions pas remarqué jusque-là. Hélas, nous avions réussi à vivre sans Dieu, sans foi, sans prière, sans les autres, sans nos frères, sans nos sœurs, sans notre famille, et un jour, quelqu'un nous fait découvrir cette autonomie ce n'est pas ce que Dieu veut parce que cette autonomie c'est la mort, mais au contraire, nous découvrons que nous avons besoin des autres.

C'est très beau de découvrir comme en un diptyque, dans la première lecture, que c'est Joseph qui a besoin des autres. Quand il part dans la campagne, il est à la recherche de ses frères, il ne peut pas les trouver sans quelqu'un qui va lui indiquer son chemin. Joseph, comme précurseur du Fils de Dieu, nous dit que même Dieu a besoin des hommes pour venir verts les hommes. D'un autre côté, dans cette parabole que le Christ nous donne, là aussi, le maître a besoin des vignerons, et inversement, les vignerons ont aussi besoin du maître.

Je crois, frères et sœurs, en ce temps du carême, nous pourrions peut-être plus souvent méditer, alors que Pâque approche, sur cette question de l'autorité. Nous avons fêté la chaire de saint Pierre il y a quelques jours, et pour nous, ce sont des choses que nous n'aimons pas particulièrement, même quand nous faisons notre carême, justement, nous sommes toujours du côté du désir de le mener comme nous le voulons. Nous avons bien du mal à lâcher prise sur nos exercices de carême. L'histoire de Joseph et cette parabole des vignerons homicides nous rappellent que nous ne pouvons pas bêcher le jardin tout seuls. Nous avons besoin de la pluie, nous avons besoin du soleil, nous avons besoin du jardinier, nous avons besoin de l'humus, nous avons besoin même aussi d'un tas de petites bêtes qui se promènent et dont la fonction est de propager les pollens pour que le jardin soit de plus en plus beau. C'est cela la faute des vignerons homicides : ils ont cru qu'ils étaient capables de cultiver la vigne tout seuls. C'était de croire que de cette vigne qui leur avait été louée au début, ils pouvaient en faire ce qu'ils voulaient, alors que ce n'est pas le cas. Dans cette image des serviteurs qui viennent réclamer les fruits, et de ce fils qui vient lui aussi réclamer la récolte, ils y ont vu comme un empiètement extérieur, c'est pour cette raison qu'à ce moment-là, ils mettent à mort, le fils.

Frères et sœurs, que nous découvrions, comme le dit saint Paul dans l'épître à Timothée, "le vrai dépôt de la foi". Ce temps du carême, c'est ce temps où nous avons à prendre soin du dépôt de la foi, non pas pour nous-mêmes, mais pour les autres.

 

 

AMEN

 

 
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