AU FIL DES HOMELIES

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JALOUSIE MEURTRIÈRE

Gn 37, 3-28 ; Mt 21, 33-46

(13 mars 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Champeaux : miséricorde - Complot

F

rères et sœurs, le parallèle entre ces deux textes saute aux yeux. D'un côté une famille, et dans cette famille une sorte de mal interne qui grandit au fur et à mesure qu'un des plus jeunes de la fratrie prend une certaine importance, à vrai dire, purement sur le mode du rêve, sur le mode de la divination, mais en attendant, il prend de l'importance, et les frères ne le supportent pas. De l'autre, une parabole qui peut se lire d'ailleurs à plusieurs niveaux dans laquelle le maître d'une vigne confie la vigne à des mercenaires, des employés, et ces hommes sont jaloux de ce que d'autres, envoyés par le maître, viennent chercher le fruit légitime de la vigne dont le maître est en droit d'avoir le produit et le bénéfice.

Dans les deux cas, dans l'histoire de Joseph comme dans l'histoire des vignerons, cela se termine par la mort. Évidemment, derrière tout cela, se profile la question du sens de la mort du Christ, et c'est petit à petit que s'approfondira notre chemin vers la Passion du Christ parce que le carême veut nous introduire dans ce mystère, dans cette énigme : pourquoi a-t-il fallu une mort pour sauver l'humanité ?

C'est pourquoi je voudrais simplement attirer votre attention aujourd'hui sur l'origine du mal dans chacun des deux récits. En fait, il y a une sorte de mésentente qui est due à la jalousie. C'est la jalousie des frères entre eux qui amène petit à petit les aînés de Joseph à dire : "Voilà l'homme aux songes qui arrive, faisons-le disparaître". C'est la jalousie qui fait que les vignerons, au moment où ils voient venir par vagues successives, les envoyés du maître qui sont leurs frères en humanité, jusque même au fils du propriétaire, décident de les mettre à mort ou de les battre ou de les chasser.

Il y a là une des traductions du problème du péché originel. La plupart du temps, quand on pense au problème du péché originel, on pense tout de suite à l'histoire de la désobéissance au commandement : "Tu ne toucheras pas à l'arbre qui est au milieu du jardin". Nous pensons tout de suite au péché d'orgueil, à ce désir un peu prométhéen d'être Dieu. Mais dans le récit de Joseph, c'est aussi un péché originel. Mais au lieu d'être contre un principe de loi, un principe de vie, ce péché originel est directement contre le lien de sang qui unit les frères. C'est d'ailleurs assez curieux, parce que certains laboratoires de psychologie, notamment celui qui est à Marseille, et vous pensez tous à celui de Monsieur Rufo, ont essayé de montrer que dans la situation familiale, rien n'est moins évident que l'amour entre frères et sœurs. Vous avez tous été parents, ou frères et sœurs, et vous savez qu'à certains moments, cela peut "chauffer".

C'est exactement là qu'est le problème. Il nous faut toujours revoir avec lucidité et avec clarté, le fait que le péché n'est pas simplement la désobéissance au commandement. Bien sûr, il y a le commandement : "Tu aimeras ton prochain", et ton prochain, c'est le frère par excellence. Mais le vrai problème c'est qu'avant même le commandement, il y a cette situation de tension, de rivalité, à l'intérieur même de ce que la Bible imagine comme le lien idéal, initial, c'est-à-dire, le lien des enfants dans la même famille.

Ces récits nous amènent à porter parfois un regard neuf à la fois sur notre manière de concevoir le péché. Le péché n'est pas toujours dans la ligne de la vieille tactique de la confession, surtout depuis le Concile de Trente : on regardait les péchés les uns après les autres en fonction du catalogue des dix commandements, et on définissait toujours le péché par rapport à la Loi. Ce n'est pas faux, car la Loi, comme le dira saint Paul, elle est faite pour indiquer ce qui est bien et ce qui est mal. Mais ce qui est intéressant dans ces récits, c'est qu'avant même de réfléchir sur ce qui est bien et ce qui est mal, il y a déjà ce malaise qui fait que là où normalement l'amour devrait être spontané parce qu'on est de la même chair et du même sang, les frères de Joseph ont déjà en eux ce virus de jalousie qui va les conduire à mettre en danger la vie de Joseph, la vie de leur frère.

Frères et sœurs, cela peut nous aider à avoir un regard plus spirituel sur notre péché. Notre péché n'est pas simplement ce qui nous fait chuter par rapport à un catalogue idéal de notions, d'interdits, de paroles obligatoires Tout cela n'est là que pour nous rappeler quelque chose de plus profond en ce qui concerne notre péché. Même si cela peut paraître choquant, dès qu'il y a deux hommes en présence l'un face à l'autre, il y a péché possible.

C'est cela la signification de l'histoire de Joseph, il y a péché possible. La manière dont le péché va se loger dans le cœur humain, c'est inimaginable. C'est le tissu de la relation interpersonnelle qui devrait normalement être le facteur tel que Dieu l'a voulu dans la création pour nous aider les uns les autres pour bâtir ensemble cette communion de charité que nous essayons tant bien que mal de construire quand même, mais dans lequel, à tout moment, comme le réseau Internet, il y a des virus.

Nous pouvons demander au Seigneur de purifier notre regard. Certes, de le garder toujours attentif à la Loi et aux commandements, mais surtout de regarder là où naît le péché, au cœur même de la relation avec nos frères et avec notre Dieu.

 

AMEN


 

 

 

 
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