AU FIL DES HOMELIES

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MONTER VERS JÉRUSALEM

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année A (8 mars 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Venez montons à Jérusalem

C

 

et évangile, au début du carême, nous en trace la signification la plus profonde. Si nous vivons pendant quarante jours ce carême, c'est pour marcher, avec le Christ vers Jérusalem, vers la croix, la Passion, la mort du Christ et sa Résurrection. Le carême est un chemin vers Pâques et il ne s'agit pas seulement, pour nous, d'être les spectateurs de ce chemin du Christ. Il ne s'agit pas seulement pour nous d'être ceux qui regardent la croix du Christ ou qui sont témoins de sa Résurrection, mais, ainsi que Jésus nous le dit, il s'agit de mettre nos pas dans ses pas, de prendre notre croix, chaque jour, comme Lui a porté la croix, et d'accepter, comme Lui, de passer par la passion et la mort pour entrer dans la Résurrection.

Le carême, dès son origine et aujourd'hui encore, c'est d'abord le chemin des catéchumènes vers leur Pâque. Dans notre paroisse, nous aurons, cette année, deux catéchumènes, Karen et Lisa, qui recevront le baptême la nuit de Pâques. C'est dire que, pour elles, le Carême est le moment où elles se préparent à entrer, par le baptême dans le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. Car le baptême, c'est exactement cela. Baptiser, veut dire plonger. Etre baptisé, c'est être plongé, être immergé dans le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. Etre baptisé, c'est donner notre vie au Christ pour recevoir, de Lui, la vie, sa vie. C'est accepter d'ouvrir notre cœur, d'ouvrir les mains, de nous laisser déposséder de nous-mêmes, de perdre notre vie pour la sauver, pour recevoir la vie véritable que le Christ va nous donner. Et ce que les catéchumènes vivent, pendant ce carême et cette Pâque, d'une manière unique, irremplaçable, d'une manière unique dans toute leur vie et qui marquera définitivement toute leur vie, chacun d'entre nous, nous le revivons. Car, pour ceux qui, déjà, sont baptisés le temps du carême est le temps de revivre la grâce du baptême de raviver en nous ce don qui nous a été communiqué, car on n'est pas baptisé un jour seulement, mais on est baptisé pour tous les jours de sa vie. Le mystère de cette entrée dans la Pâque du Christ, de ce don de nous-mêmes, de ce dépouillement de nous-mêmes pour recevoir un don plus grand, ce mystère-là, nous n'avons jamais fini d'y entre nous n'avons jamais fini d'y être plongé. Et il faut toute notre vie pour nous laisser, peu à peu, nous laisser imprégner par cette grâce du Christ, par cette communication qu'Il nous donne de son mystère et de sa Vie.

Entrer en carême, c'est donc entrer à nouveau, de façon plus explicite, plus profonde, dans la grâce de notre baptême, c'est-à-dire dans cette marche du Christ vers sa mort, sa croix et sa Résurrection. Entrer dans cette marche qui est la nôtre, car c'est à cela que le Christ nous appelle. Non pas pour une sorte d'écrasement de notre être ou de notre personnalité, car la croix n'est pas une façon de gommer, d'effacer tout ce que nous sommes, mais pour un don. Nous ne pouvons vivre réellement, non seulement notre propre vie mais plus encore la vie que le Christ veut nous donner, nous ne pouvons vivre dans le bonheur dont nous parlait tout à l'heure le Deutéronome, dans la bénédiction, que si nous donnons. C'est à la mesure du don que nous faisons de tout ce qui nous appartient et du don que nous faisons de nous-mêmes, c'est à la mesure de ce don que nous serons comblés. On ne possède vraiment que ce que l'on donne. C'est la loi profonde de l'évangile, c'est seulement dans la mesure où nous acceptons de nous déposséder, d'offrir tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, de le donner à Dieu d'abord, et aux autres ensuite, c'est dans cette mesure seulement que nous entrerons dans la plénitude qui peut nous combler et donc nous accomplir et nous rendre heureux. Il n'y a pas d'autre chemin de la vie que celui de la croix.

C'est ce que le Christ vient de nous dire. La croix qui est ce renoncement à nous-mêmes, c'est-à-dire le renoncement à nous attacher à nous-mêmes, à nous attacher à tout ce qui nous semble être sécurité pour notre vie. Le renoncement, c'est-à-dire l'acceptation d'ouvrir les mains de ne pas être agrippé aux êtres, aux choses et d'abord à notre propre identité. Accepter de nous donner, c'est-à-dire de nous laisser prendre, de nous laisser emporter par le Christ, de nous laisser entraîner là ou Il veut nous conduire et là ou est notre bonheur parce qu'il n'y a de bonheur que dans cet abandon entre les mains de Dieu qui nous aime plus que nous nous aimons nous-mêmes et qui seul sait où est le bonheur et où est la vie. C'est donc le chemin de la vie ou de la mort qui nous est proposé. Le chemin de la vie, c'est le chemin du Christ, c'est le chemin de la croix, mais d'une croix qui ne s'arrête pas dans le tombeau, d'une croix qui débouche dans le ciel, dans la vie véritable et éternelle. Acceptons de nous dépouiller, de nous donner afin d'être heureux.

 

AMEN

 
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