AU FIL DES HOMELIES

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PARTICIPER A LA PASSION DU CHRIST

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année A (5 mars 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

S

i le carême se réduisait à quelques petits tirail­lements d'estomac certains jours de jeûne, quelques envies de chocolat ou quelques cris­pations dus à quelque temps supplémentaire de prière, ce serait très supportable, ce serait même très facile. Ce serait tout simplement une sorte de gymnastique ascétique dans laquelle on essaierait d'améliorer nos performances spirituelles. Mais l'évangile que nous venons de lire nous situe le temps du carême dans une perspective beaucoup plus radicale et beaucoup plus dure à vivre. C'est le fait que, avec Jésus, annonçant sa passion et sa mort, nous sommes remis nous-mê­mes devant le mystère de notre propre mort.

Les annonces de la passion ne sont pas sim­plement des "prophéties", comme si le Christ avait une sorte de super-lucidité qui lui permettait de "voir" en détail ce qui allait lui arriver. Les annonces de la Passion, il faut les comprendre dans toute l'horreur que la mort pouvait inspirer au Christ. Le Christ avoue à ses disciples qu'Il ne les rejoindra vraiment, au cœur d'eux-mêmes, que par sa mort. Le Christ a vécu son ministère au milieu des hommes en sachant que sa mort humaine, (vis-à-vis de laquelle Il avait infiniment plus de répulsion et d'horreur que nous-mêmes pouvons en avoir vis-à-vis de notre propre mort), que sa mort humaine était, pour Lui qui est la vie, le point de passage obligé pour nous rencontrer et nous sauver.

Ainsi donc, lorsqu'Il s'avançait vers Jérusa­lem, lorsqu'Il s'avançait vers son peuple lorsqu'Il vi­vait avec ses disciples, le Christ avait toujours devant les yeux ce passage de sa propre mort pour rejoindre l'humanité au fin fond de sa détresse et de son péché. Et ce qui est étonnant, c'est précisément que, à la lu­mière de cette expérience du Christ, sachant qu'Il ne peut nous rejoindre que dans sa propre mort, ensuite Il dit : "Celui qui veut marcher à sa suite " est obligé de prendre le même chemin, c'est-à-dire que pour nous aussi, et que cela nous plaise ou ne nous plaise pas, nous ne rencontrerons jamais Dieu qu'à travers cette perspective de notre propre mort. Et le carême, c'est cela, c'est ce temps, tout de même un peu désagréable, dans lequel nous sommes remis devant cette réalité fondamentale de nous-mêmes, de retrouver notre pro­pre mort, non pas pour nous y complaire (car à ce moment-là, ce serait une sorte de suicide moral), mais pour reconnaître que, là même où nous ne voyons en nous que mort, œuvre et désir de mort, ce désir per­manent de nous reconstruire alors que nous nous dé­truisons tout le temps, là même nous devons voir sur­gir l'aurore de la résurrection et le chemin du Royaume en nous.

Cela ne peut pas être supporté par un regard humain. Si notre conversion était simplement cette espèce d'atroce lucidité sur notre propre existence vouée à la mort, elle serait l'exercice le plus mortel et le plus dangereux que nous pourrions pratiquer. Mais précisément, parce que Dieu veut que nous soyons mis en présence de notre propre mort et cela en toute vérité, et que par là, nous soyons mis nous-mêmes en présence de sa propre mort pour nous, là même dans cette rencontre où normalement tout devrait aboutir au néant, nous sommes appelés dans la foi, à voir surgir l'aurore et l'espérance de sa résurrection.

C'est à ce niveau-là que doit nous toucher, au plus intime de nous-mêmes, l'appel à la conversion qui nous est adressé à chacun d'entre nous dans notre carême. C'est vraiment la parole du Deutéronome. Devant nous sont la vie et la mort. Et déjà simplement être mis dans cette position-là, cela n'a rien de drôle. Mais précisément, si nous ne savons pas voir la vie ressurgir au cœur même de notre mort, et au cœur même de la mort du Fils de Dieu, alors nous risquons d'être voués à la mort. Alors qu'au contraire si, dans l'obéissance à la pédagogie de Dieu, à la manière dont nous mettant devant notre propre mort avec la mort de son Fils, Il laisse voir et surgir en nous ces premiers signes de la grâce, ces premiers signes de la Résur­rection, alors nous pourrons être vraiment les témoins de la vie et les témoins de la résurrection de Jésus-Christ dans la nuit de Pâque.

 

AMEN


 

 

 
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