AU FIL DES HOMELIES

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CHOISIR

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année B (18 février 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


Mont Aigoual 

D

ans ce texte étonnant du Deutéronome, il est question de "choisir la vie" ou de choisir la mort. La façon dont l'auteur s'exprime prouve que le mot de choisir est un mot piège, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu. Car on ne peut choisir la vie ou choisir la mort à moins d'avoir des volontés de supprimer cette vie ou d'être Satan lui-même. On choisit forcément la vie ou le bonheur. De même dans l'évangile, lorsque le Christ parle de le suivre sur son chemin, Il nous demande de porter notre croix et Il affirme que la seule voie possible c'est de perdre la vie pour pouvoir la gagner.

       Ainsi, derrière ces deux impératifs de l'ancien et du nouveau testament, se dessine une seule et unique voie, celle de Dieu. Alors nous pourrions dire finalement : mais de quoi s'agit-il lorsque nous parlons de liberté, de libre-arbitre face à l'homme ? Nous avons l'habitude quand nous voulons désigner ou définir un homme de le caractériser justement par sa possibilité de choisir, de dire oui ou de dire non. Et les textes que nous venons d'entendre ne semblent pas vraiment, en toute honnêteté, nous laisser la possibilité de dire non. En effet, le mot "choisir" ouvre au drame de la liberté et du libre-arbitre de l'homme face à Dieu. Il n'est pas possible de ne pas choisir Dieu, comme il n'est pas possible de ne pas choisir la vie. Renoncer à Dieu ce serait renoncer à ce pour quoi nous sommes. Renoncer à Dieu ce serait renoncer à pouvoir même exprimer toute pensée, tout choix.

       Pourquoi ce sens unique ? Pourquoi ce drame du libre-arbitre face à Dieu qui, en toute honnêteté intérieure, ne nous laisse pas la possibilité de nous retourner ? C'est simplement parce que le Christ nous a précédé sur le chemin de ce oui, et qu'Il se dit Lui-même le chemin, la vérité et la vie, et qu'Il nous montre, par sa vie, par sa passion, par sa résurrection, le chemin qu'il faut prendre afin de devenir nous-mêmes, des hommes et des femmes, et que l'autre chemin est un chemin de perdition, un chemin qui s'enfonce dans l'abîme. C'est le chemin des anges rebelles, c'est le chemin du non total et définitif de celui qui choisit la haine, de celui qui ne choisit pas l'amour.

       Car, entendons bien, dans ce texte du Deutéronome, il y a comme un amour blessé de la part de Dieu, qui parle en cœur à cœur à son peuple dans le désert et qui lui dit : "Mais veux-tu enfin m'écouter ? Veux-tu enfin accepter de regarder en face et de voir qu'il n'y a pour toi qu'une solution, non pas que je t'aie emmené dans une impasse, mais c'est moi qui peux te donner la vie ! Autour de toi, le désert, rien pour te nourrir. Mais devant toi la promesse réelle d'une alliance, d'une terre promise où couleront le lait et le miel, où couleront toutes mes bénédictions que j'ai faites depuis longtemps à ton père Abraham ! Si tu me suis, alors vraiment tu découvriras ce qu'est réellement ta vie et ce qu'elle peut être en face de moi, grâce à moi !"

       Amour blessé de Dieu qui "a tant aimé le monde" qu'Il nous a totalement précédés sur ce chemin du"oui", en nous envoyant son Fils.

       En ce début de carême où nous avons essayé de voir sur quels efforts pourraient porter ces quarante jours et où finalement nous n'avons découvert que des médiocrités, des tiédeurs, que des petites choses sans importance mais qui nous agacent terriblement et qui semblent entraver, sans arrêt, notre marche, notre élan ou notre joie, acceptons de les vivre comme notre croix. Ne cherchons pas plus haut, plus loin, plus grand ou plus mauvais ce sur quoi nous pourrions porter notre effort, mais acceptons que ces petites choses si agaçantes, si quotidiennes, contre lesquelles nous nous heurtons sans arrêt, contre lesquelles nous nous blessons, et que nous méprisons finalement parce qu'elles nous abaissent, acceptons-les comme notre croix, et qu'au sein de cette croix nous puissions dire davantage : "Oui, je ne les choisis pas comme telles, mais je veux les traverser afin de redire "Oui" à mon Dieu, à Celui qui me propose la vie."

       Un chemin de carême n'est pas un retour en arrière, une analyse synthétique de nos péchés ou de nos défauts, mais c'est une marche en avant, c'est un soulignement de la promesse que Dieu nous fait de nous proposer réellement cette vie et de nous dire au creux de l'oreille : "Il n'y a pas d'autre choix possible !"

       Alors, sans hésiter comme les israélites dans le désert, marchons d'un pas sûr, nous sachant encore sous le soleil ardent, dans les difficultés de ce jour mais nous allons sans hésiter vers Celui qui nous offre et nous donne non seulement la vie, mais sa vie.

 

AMEN

 

 

 
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