AU FIL DES HOMELIES

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PERDRE SA VIE

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année B (17 février 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

S

'il y a une chose sur laquelle nous ne lâcherons pas, nous les humains, c'est bien notre vie. Pourtant ces deux textes nous parlent de "notre vie". Le premier affirme que notre vie n'est pas la nôtre mais que nous l'avons reçue, que nous ne l'avons pas créée, que nous ne pouvons pas la tenir, que nous : n'en savons presque rien, qu'elle nous échappe par les deux bouts, mais qu'elle nous est donnée et c'est un don si profond, si étroit que nous avons l'impression qu'elle est nôtre. Nous confondons d'ailleurs souvent la vie que nous avons et la cons­cience que nous avons de notre vie comme si les deux choses étaient liées. En oubliant que la vie nous a été donnée et que nous l'avons reçue, nous oublions d'ou­vrir notre instinct de propriétaire à l'Autre qui est à la base, à la source, et qui est Dieu. Oh non pas comme celui qui réclamera de voir les chiffres, les comptes et les colonnes de nos comptes intérieurs, mais celui qui, en nous donnant ce cadeau, nous demande de le faire fructifier, pour nous, pas pour des comptes, pour une juste gestion mais pour nous. Alors nous sommes comme crispés sur la vie que nous recevons et nous en prenons bien soin, et pourtant l'évangile nous de­mande de la redonner, de refaire le chemin inverse non seulement de prendre conscience que cette vie nous est donnée, que nous l'avons reçue, que c'est un cadeau, que nous devons donc nous ouvrir à ce mys­tère profond du don de la vie, mais plus encore nous devons aussi la donner. Et en la donnant, nous la re­cevrons à nouveau.

Qu'est-ce donc que cette vie qui se perd et se trouve ? L'image de fond que nous devons avoir pen­dant tout ce carême est celle d'un homme qui marche car lorsque nous parlons de vie en termes de don et de réception, nous oublions que ce don, le fait de rece­voir et de donner cette vie nous aide à mettre nos pas dans une histoire qui nous emmène plus loin. Nous préférons nous arrêter ici comme des propriétaires qui font le tour de leur enclos alors que cette vie, pour être vraiment une vie, doit avoir une histoire et cette histoire ne peut se vivre qu'avec Dieu. Elle ne peut se vivre qu'en la mettant en relation avec Celui qui nous l'a donnée et Celui qui est au bout, à l'autre terme et qui l'attend. Et l'homme qui marche, comme ces hé­breux qui avancent vers la terre promise et à qui Dieu propose justement de "choisir la vie", l'homme qui-marche c'est celui qui accepte que cette vie soit ris­quée, qu'elle se perde au tournant des événements du monde, qu'elle se perde dans les méandres de l'amour des autres, qu'elle se fracasse parfois parce que nous avons pris le risque de la jouer, de la donner, de l'ou­vrir. Nous avons le sentiment d'une telle vulnérabilité de cette vie que nous n'offrons d'elle-même qu'une petite partie, qu'une infime partie, pensant ainsi nous préserver. Mais il suffit que l'angoisse, la tristesse ou les événements de notre vie nous rattrapent pour que nous voyions que même cette partie que nous avions cachée est aussi abîmée que le reste.

Nous recevons aujourd'hui l'invitation de Dieu de jouer cette vie, de la donner, de l'ouvrir, non pas pour nous-mêmes mais pour un enjeu plus grand encore, pour nous et Dieu, pour Dieu et nous. Enten­dons ces paroles du Deutéronome : "J'ai mis devant toi le bonheur et le malheur." En avançant sur les pas du Seigneur, choisissons le bonheur.

 

AMEN

 

 

 
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