AU FIL DES HOMELIES

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S'OUVRIR… S'ÉLANCER…ET SE RECEVOIR DE DIEU

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année A (14 février 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e temps du Carême est un temps où nous avons à élargir notre vie, à prendre conscience qu'elle est souvent réduite à notre petit champ d'activité, et que nous avons à ré-ouvrir, à reprendre le risque que Quelqu'un rentre dans ce petit "moi" qui est notre petit royaume, l'autre, le prochain, et à travers l'autre, Dieu Lui-même. Notre péché d'abord, a eu pour conséquence de réduire notre action, nos activités, nos pensées un peu à nous-mêmes, donc nous serions un pauvre royaume isolé, alors que nous avons à le laisser traverser par un vent plus violent, plus imprévu, qui est le souffle de Dieu. Enfin, que tout ce que nous faisons, pensons, ne commence pas par "moi" et ne s'achève pas par "moi", mais commence par Dieu et s'achève en Dieu. Au fond, ce que je suis est au milieu d'un grand courant qui prend naissance en Dieu et qui s'achève en Lui, et non pas de "moi" à "moi", en passant par quelques petites rencontres avec les autres qui m'intéressent peu. Il y a une sorte d'élargissement de ma conscience spirituelle, que Dieu est à la base, qu'Il l'anime, Il donne et puis, Il reçoit. Il est au commencement et à la fin. Et c'est là qu'il y a un travail un peu athlétique, une sorte d'entraînement, un apprentissage à ré-assouplir nos muscles spirituels, notre façon de voir la vie, notre façon d'être avec les autres, il y a de nous à ré-ouvrir notre conscience à l'Autre, à Dieu.

Lorsque nous entendons l'invitation de l'évangile : "renoncer à soi-même et prendre sa croix", il nous arrive de mal entendre ces deux mots. Nous prenons le risque d'un petit raccourci en pensant qu'il nous faut renoncer à ce qui fait mal en nous. Renoncer à soi-même et prendre sa croix, ce sont les deux versants d'une action qui consiste non pas à se débarrasser de ce qui n'est pas bien en nous, mais accepter de faire mourir celui qui est si crispé sur lui-même, de prendre cette croix, ce qui en général est peu agréable, de ce qui est si mesquin en nous, et d'en faire l'occasion de la rencontre avec Dieu. Et ce n'est pas de se débarrasser de ce qui est mesquin en nous. On a envie d'une sorte de purification, de lavage, on sortirait tout neuf avec un meilleur sentiment de soi-même, avec un meilleur bien-être, et l'on confond renoncer à soi et bien-être. C'est pour cela qu'il y a un côté un peu désagréable dans le Carême, qui n'est pas tellement de manquer, que de se recevoir pleinement pour pouvoir l'offrir à Dieu. Nous voudrions, nous, par notre propre action, faire oeuvre de purification en nous-mêmes et enfin nous dégager de ces broussailles, de toutes ces épines qui encombrent notre vie et dont nous sentons bien qu'elles sont un empêchement de vivre. Nous avons à nous recevoir pleinement et ce n'est pas nous qui allons faire la moisson, Dieu le fera à sa mesure et au rythme qu'Il sait qui nous convient. Nous recevoir pleinement en ce que nous sommes, il nous faut à la base une sorte de réconciliation avec nous-mêmes, avec ce qui en nous-mêmes n'est pas le meilleur, pour que dans ce moins bon, malgré ce moins bon, nous nous élancions avec, et que nous l'offrions à Dieu pour qu'Il le transforme Lui-même. Nous n'avons pas à renoncer, car quand nous pensons "renoncer à nous-mêmes", nous pensons renoncer à ce qui ne va pas bien en nous. Mais, on ne sépare pas l'ivraie du bon grain ! En fait, nous pensons le Carême comme une petite mort nécessaire, alors que c'est d'abord un mouvement. Nous pensons le Carême comme une sorte d'immobilité, tenons-nous un peu à l'écart, alors qu'au contraire, il faut prendre le risque comme jamais nous ne l'avons pris de nous élancer avec ce qu'il y a de moins bon vers Dieu. Car Lui fera le travail par son souffle, par sa lumière, par son pardon, Il fera le travail de transformation. C'est prendre le risque de nous exposer à Dieu plutôt que de faire un travail de purification non pas ethnique, mais intérieure. Nous avons toujours envie d'être les instigateurs d'une sorte de transformation : c'est Dieu qu'il faut chercher et non pas nous-mêmes. C'est pour cela que je disais au début de cette Eucharistie que le Carême n'est pas tellement un temps d'introspection, c'est le temps de la recherche de Dieu et pas tant de l'analyse de soi. Nous avons trop tendance à le faire au moment où nous avons mal, en prenant conscience de notre mal, nous avons besoin de savoir pourquoi nous avons mal. Le temps du Carême, c'est le temps du vent, c'est le temps de Dieu, c'est le temps de la présence de Dieu, c'est le temps de prendre le risque d'être devant Dieu avec tout ce que nous sommes, et surtout avec ce qui constitue notre croix, c'est-à-dire ce que nous aimons le moins en nous, et qui est la clé de la rencontre avec Dieu.

Que le Seigneur nous donne le goût, en nous réconciliant avec nous-mêmes, parce que Dieu nous aime tels que nous sommes, de nous élancer vers Lui avec ce que nous sommes, afin que lui, et Lui seul devienne source et fin de toute notre vie, de toutes nos actions, de tout ce que nous pensons.

 

AMEN

 

 

 
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