AU FIL DES HOMELIES

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CARÊME ET RAMADAN

Dt 30, 15-20 ; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année C (26 février 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Q

uelquefois, nous entendons dire : le carême, c'est le ramadan des chrétiens. Plus rarement, on entend : le ramadan, c'est le carême des musulmans. Il y a un problème, quelque chose entre le carême et le ramadan à chercher, pas d'un point de vue de la compétition, parce qu'effectivement, sur le stade de la spiritualité, le stade de l'ascèse, nous courons tous ensemble puisqu'il y a le jeûne, la prière et le partage. Il ne s'agit pas de faire une sorte de compétition entre ceux qui feraient plus et ceux qui feraient moins, ou ceux qui auraient davantage de mérites parce qu'ils feraient plus, ou moins de mérites parce qu'ils feraient moins. Il ne s'agit pas de dire non plus que nous avons le privilège de l'antériorité, puisque le ramadan découle vraisemblablement du carême chrétien. Moïse et Élie nos ancêtres dans la foi ont jeûné, le Christ, notre Dieu a jeûné, il a lui-même connu cette morsure du jeûne et en même temps le don qu'Il faisait de sa vie au Père dans la prière.

Ce n'est pas une compétition. C'est davantage un problème de signification. La signification du ramadan est très différente du carême. Le carême, on le fait les yeux fixés sur Jésus, c'est en quelque sorte de carême de Jésus, c'est Lui qui nous entraîne dans notre conversion, qui nous entraîne vers Pâques.

Mais il y a un réel problème qui est celui de la visibilité. Avouons que nous ne savons pas très bien faire au niveau de la visibilité de notre carême chrétien, au niveau de monde en général. Bien sûr, il y a les excès du carnaval de Rio, du carnaval de Nice (Nice est moins grand), et à l'autre bout, les œufs qu'on va chercher dans le jardin à Pâques. Entre-temps, on ne sait pas trop ce que font les chrétiens pendant ces semaines-là. Entre ces deux extrêmes, on ne sait pas vraiment ce qui se passe. On a l'impression que les chrétiens ne changent rien à leur vie, on a l'impression qu'ils continuent à vivre comme les autres. Cela tient sans doute à l'enseignement de Jésus lui-même qui a relié cette pratique ascétique, cette conversion du cœur, à la discrétion. Jésus, dans son évangile relie explicitement une pratique à une manière de pratiquer. On l'a entendu hier, inséparablement, le jeûne est lié au parfum, inséparablement, le partage est lié à l'ignorance de que la main droite et de la gauche. Inséparablement, la prière est liée à une manière de se camoufler dans sa chambre et de prier son Père qui est là dans le secret Donc, pour Jésus, notre pratique est confidentielle. Nous sommes directement les disciples et c'est normal qu'il n'apparaisse pas grand-chose sur la place publique de l'effort de carême, puisque c'est Jésus qui l'a demandé.

Pourtant, on essaie aujourd'hui de traduire quand même une certaine visibilité. Les journaux font état de partage, de chrétiens qui se réunissent pour la prière, de jeûne, on en parle de plus en plus, mais tout en gardant quand même cette tension voulue par le Seigneur, de garder une certaine discrétion, parce que notre récompense est dans les cieux.

Il y a un aspect qui est insuffisamment souligné et qui pourrait peut-être marquer davantage les esprits et délivrer vraiment le sens du carême chrétien. Cet aspect est insuffisamment souligné, en lisant La Croix, hier, il n'était pas souligné du tout. Et c'est l'aspect des catéchumènes, du carême comme démarche catéchuménale de jeunes, de moins jeunes qui s'avancent ainsi vers le baptême. Je pense qu'en soulignant cette démarche, l'Église passerait d'emblée le carême comme le lieu de la conversion et le lieu de la marche vers Pâques, le lieu de la Résurrection, et distinguerait le carême de l'effort ascétique de nos frères musulmans pendant le ramadan. En insistant sur le carême comme le lieu de l'accompagnement par l'Église de catéchumènes qui s'aventurent vers la foi, qui vont recevoir le don de la foi et de la vie éternelle à Pâques, cela nous marquerait un peu plus et situerait profondément ce que cela veut dire le carême aujourd'hui.

Peut-être que c'est cela qu'il faudrait médiatiser, mais c'est assez difficile à médiatiser. Ce serait de voir le beau visage d'un jeune comme ceux que l'on va voir à Pâques, le beau visage de Stéphane, de Aude, de Dominique ou de Makiko-Marie, quatre adultes, et il y aura des enfants aussi, Margot qui est là aujourd'hui, le beau visage d'adultes qui sont saisis comme cela par la foi, qui la reçoivent, cette foi qui donne profondément un sens à note vie.

 

 

AMEN

 

 
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