AU FIL DES HOMELIES

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PRENDRE SA CROIX

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année A (10 février 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

V

ous savez, frères et sœurs, que normalement, l'exercice doit nous aider à aborder la réalité. C'est la raison pour laquelle quand on apprend une langue, on doit faire des exercices pour apprendre le maniement de la langue, sa grammaire, son vocabulaire, sa syntaxe, afin de pouvoir un jour l'utiliser et communiquer avec d'autres personnes.

Je crois que le problème dans la vie chrétienne et dans le carême, c'est que nous risquons de rester trop dans l'exercice du carême. C'est comme chaque année, c'est reparti pour une fois, nous refaisons les mêmes exercices, avec les mêmes corrections, et peut-être la même notation à la fin. Nous devrions au contraire dire que ceci n'est pas un exercice. Juste avant de partir avec mes frères, j'étais dans un lycée où on a procédé à un exercice d'évacuation, or, le risque de l'exercice est de le considérer comme un exercice parmi d'autres, nous les profs et l'aumônier, on est resté bien gentiment en classe et les élèves ont été évacués. Effectivement, le problème est là, ayant trop l'habitude d'être dans ce monde et d'appréhender les choses sous l'angle de l'exercice, nous ne savons pas toujours réaliser le moment où Dieu vient, le moment où l'événement nous dit : ce n'est plus un exercice. Effectivement, une chose est ce carême qui revient chaque année avec ses mêmes exercices, et autre chose quand nous nous retrouvons en face d'événements qui ne sont pas des exercices. Je pense à vous ici présent, qui commémorez la mort de votre épouse, je pense à d'autres encore ici qui viennent avec encore à l'esprit une personne aimée qui est morte, et dans tous ces cas, nous savons trop bien justement qu'il y a des moments dans la vie où l'on ne peut plus dire : ce n'est qu'un exercice.

Le problème de l'exercice et je crois que c'est assez intéressant le choix de ces deux textes ce matin, du lendemain du mercredi des cendres, c'est que l'exercice pourrait avoir comme conséquence de nous laisser en-deçà de la vérité. On pourrait se limiter à penser que la vie chrétienne et la vie avec les autres c'est de se cacher derrière la réalité. Prendre sa croix ne veut pas dire être passif, ni renier la réalité des choses. J'écoutais une émission à la radio qui montrait comment nous pouvons aborder la réalité des choses, c'était un historien, Marc Ferraud qui racontait comment quelqu'un pendant la guerre qui n'était pas résistant, n'avait rien à se reprocher, et quand les allemands sont arrivés, il n'a pas voulu aller se cacher dans le maquis, parce qu'il ne voyait rien à se reprocher, il était là, simplement en vacances. Or, il a été arrêté et il n'est jamais revenu ! Cet exemple nous pousse à nous demander si nous savons véritablement regarder les choses en face. Est-ce que parfois, nous ne nous cachons pas face à la réalité, en nous inventant ou en construisant des forteresses ? Est-ce que nous n'essayons pas aussi vis-à-vis d'une douleur, d'une souffrance, de rester toujours en-deçà et de nous protéger derrière cette phrase passe-partout : souffrons, et laissons cette souffrance nous prendre.

Mais je crois que cette phrase de Jésus : prendre sa croix est carrément à l'inverse de cette attitude. Il n'y a pas de passivité dans le fait de prendre sa croix. Prendre sa croix, c'est accepter quelque chose que nous n'avons pas choisi, non pas pour la laisser nous dominer, mais au contraire pour la prendre à bras le corps et la transformer. Ce verbe "prendre" est très beau, car à la fois, nous disons qu'il est la source de tous nos malheurs, "prendre la pomme" pour résumer le texte de la Genèse, et en même temps aujourd'hui le Christ qui nous dit "prendre sa croix".

Frères et sœurs, que ce soit à travers un exercice renouvelé chaque année et qui pourrait perdre sa saveur, ou que ce soit à travers un événement que nous n'avons pas choisi et qui nous fait encore douloureusement mal, gardons dans notre cœur cette phrase du Christ : "prendre sa croix", pour que nous découvrions ce que le Christ nous demande et qui n'est pas de nous garder et de nous réfugier derrière cette passivité un peu facile, mais au contraire d'accepter d'étreindre, de reprendre ce que nous n'avons pas choisi. Ce faisant, nous verrons déjà le Christ ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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