AU FIL DES HOMELIES

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UN CHEMIN D’ARTISANAT

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année B (2 mars 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

e carême commence très fort avec cette première lecture et cet évangile, cette première lecture que nous pourrions résumer de cette manière : fais le bien, évite le mal, choisis le bien et laisse le mal de côté. L’évangile, tout aussi clair et limpide : prends ta croix et suis-moi. Comme si nous avions au début de ce carême une série de martingales qui nous permettraient d’avoir la combinaison gagnante pour gagner le gros lot et arriver directement au paradis. Vous vous rendez compte frères et sœurs, bien sûr, que la situation n’est pas aussi limpide et facile à comprendre.

Suivre le Christ, qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce que nous avons à suivre le Christ comme les soldats qui sont derrière le démineur, qui marche dans le champ de mines, comparé à notre monde, mettant ainsi nos pas dans les traces de pas du Christ, nous serions sûrs d’éviter toute souffrance, toute mort, tout mal pour arriver au bon port ? Qui est derrière le Christ ? Dans l’évangile, dans la version selon saint Matthieu, juste avant, il y a cette scène extraordinaire avec Pierre qui confesse la divinité du Christ, et qui l’instant d’après dit : non, Seigneur, n’y va pas ! Et Jésus lui répond : reste derrière moi Satan. C’est quand même intéressant de voir qui est derrière le Christ : Pierre et Satan. Satan, oui, et nous le voyons trop bien dans notre vie, quand Dieu est là, Satan n’est certes pas très loin. Exactement comme pour Pierre, ou au moment même ou éclairé par l’Esprit Saint, il confesse la divinité du Christ, et l’instant d’après, il est sous l’emprise de Satan.

Dans l’autre sens cela marche aussi, mais nous avons quelquefois plus de mal à voir le Christ à côté du mal et de Satan qui nous tente. Qui est derrière le Christ ? Pierre. Oui, Pierre, c’est-à-dire chacun de nous, car il est beaucoup plus facile de vouloir répéter le même schéma de salut en se disant : si on fait bien tout comme c’est écrit, je suis sûr d’y arriver. Alors, nous sommes comme les ouvriers spécialisés, nous considérons que notre vie chrétienne est comparable à ce travail à la chaîne, et que pour avoir la tranquillité de l’esprit, et comme le patron est un peu paternaliste et nous laisse tranquilles, nous avons à répéter toujours et inlassablement le même mouvement pour créer une machine qui sera une machine parmi d’autres machines, à l’infini. Alors qu’en fait, je crois vraiment que la vie chrétienne ce n’est pas d’être un OS sur une chaîne de montage d’une voiture ou d’une télévision. La vie chrétienne, et c’est cela justement le temps du carême, c’est du côté de l’artisanat. Nous n’avons pas à répéter inlassablement les mêmes choses en nous cachant dans les pas du Christ, au contraire, nous avons à nous sortir des pas du Christ, à marcher avec lui et à être comme ces ouvriers, ces artisans qui créent un objet unique sous les yeux de leur maître, de leur professeur, attentif et en même temps ébloui de voir leur élève en train de faire preuve de créativité, d’originalité. Je crois que c’est cela la vie chrétienne, elle est du côté de l’artisanat, et même de l’œuvre d’art. Pourquoi ? Parce que notre vie est une œuvre d’art. Nous n’en aurons pas une, deux, trois, quatre, cinq six. Nous n’en aurons qu’une seule, et Dieu est celui qui nous invite à faire de notre vie une œuvre d’art.

Frères et sœurs, ne nous trompons pas, ne nous laissons pas embarquer par une fausse humilité qui nous ferait dire : oh ! moi, par humilité, moi, je ne sais rien, je ne sais rien faire, il vaut mieux surtout que je reste dans mon coin. Je crois que c’est là que l’œuvre du diable fait son effet, dans cette paralysie, dans le fait qu’il nous laisserait croire que notre place est de rester dans l’ombre du Galiléen, dans l’ombre du Christ, alors qu’au contraire, le Seigneur est celui qui nous veut en pleine lumière. Je crois que marcher à l’ombre du Christ, c’est même injurier la liberté que le Seigneur nous a donnée, la liberté de choisir entre le bien et le mal, la liberté de prendre à bras le corps notre vie, nos croix aussi, mais qui sont les nôtres et qui ne sont pas celles du Christ ou celles de notre voisin.

Que ce temps du carême soit pour nous un temps de fabrication, un temps d’artisanat, que nous soyons capables de prendre à bras le corps à la fois nos croix, mais aussi toutes nos énergies et nos capacités que le Seigneur nous donne en grâces, pour lui apporter, comme l’on fait d’ailleurs, les rois mages, pour lui apporter notre œuvre, l’œuvre de notre vie : notre vie.

 

 

AMEN

 

 

 
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