AU FIL DES HOMELIES

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CHOISIR LA VIE, AUJOURD'HUI

Dt 30, 15-20
Jeudi après les Cendres - année B (25 février 1982)
Homélie du Frère Serge JAUNET

 

A

insi, vous l'avez entendu, c'est une affaire de vie ou de mort que de suivre ou de ne pas suivre les commandements du Seigneur, ses lois et ses coutumes, que de marcher ou de ne pas marcher dans ses voies. Et quand le Deutéronome nous parle de mort ou de vie ne pensons pas trop vite à une mort spirituelle ou à une vie spirituelle. Nous ne faisons qu'un. Notre cœur, notre esprit, notre âme et même notre corps sont tellement unis que, quand on parle de mort et de vie, il s'agit de toute notre personne, dans tout son ensemble.

       Oui, la Loi, les commandements du Seigneur, ses coutumes même comme le dit la Bible, ce n'est pas une affaire de préceptes qu'il faudrait garder, de lois qui nous seraient imposées. Il s'agit vraiment de ce qui fait notre vie et il est bon qu'en ce temps de carême, nous lisions à l'office du matin à Laudes le récit de la création. Nous venons, nous coulons comme un fleuve de sa source, des mains mêmes de Dieu. C'est Lui qui nous a faits, c'est Lui qui nous a donné la vie. Et nous ne pouvons pas vivre, en vérité, sans le laisser, à chaque instant, venir nous envahir. Le ruisseau coupé de sa source devient vite une eau stagnante ou morte et bientôt puante et infecte. Il en va ainsi de nos vies. Si, à chaque instant, nous ne laissons pas le Seigneur venir en nous, nous investir complètement et tout entier, vite, la mort fera son œuvre en nous.

       Et comment le Seigneur nous rejoint-Il ? Par sa Parole, par sa Parole qui est la Loi, par sa Parole que sont ses préceptes. Il nous faut accueillir cette parole, chaque jour, pour en vivre, autrement, pour nous, c'est la mort. Mais vous le savez bien en même temps, accueillir la Parole du Seigneur, l'accueillir en nous, cela est paradoxal et Jésus nous le fait comprendre dans l'évangile. L'accueillir, Lui, avec ce qu'il nous dit, est bien souvent se renier soi-même. Vous le savez, vivre telle parole du Seigneur, tel commandement, nous donne l'impression de tuer en nous toute vie. Et pourtant c'est bien le contraire. Notre état d'homme, notre état d'homme pécheur, si loin de Dieu fait que, souvent, nous recevons sa Parole, en nous comme un acte de mort, alors que c'est pourtant la vie qui vient. "La Loi nous est venue par Moise,"  dit l'Écriture, "la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ. Il est le Chemin, Il est la Vérité, Il est la Vie". Suivre les préceptes du Seigneur, accomplir sa Loi, c'est recevoir Jésus-Christ en nous.

       Dès le deuxième jour du carême, l'évangile nous l'annonce, ce Christ va être tué, Il va être livré, pour ressusciter. Et dans nos vies, il en est de même. Accueillir la Parole du Seigneur, l'accueillir, Lui, le Verbe de Dieu, sa Parole faite chair, c'est souvent passer par la mort. Mais nous savons que passer par la mort est pour nous gage d'une résurrection qui n'a pas de prix, à côté de ce que nous vivons jusque-là, dans le péché.

       Vous l'avez entendu aussi, dans le Deutéronome, Moïse dit que c'est aujourd'hui qu'il faut choisir, que c'est maintenant. Et hier, nous entendions des lèvres de saint Paul : "Au moment favorable, je t'exaucerai." C'est aujourd'hui le moment favorable, et nous chanterons à toutes les vigiles de ce temps de carême : "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur." Suivre la Parole du Seigneur, accomplir ses commandements n'est pas pour demain, même un demain très proche, c'est aujourd'hui, c'est dans chaque quotidien qui nous est donné, c'est à chaque minute. Ne rêvons pas de grandes choses dans nos vies, ne rêvons d'accomplir la Parole du Seigneur comme quelque chose de merveilleux, de grand qui nous dépasse. Cela se vit tout quotidiennement, tout petitement. C'est dans chaque aujourd'hui, qu'il nous faut, à chaque instant, choisir, car chaque minute de nos vies est un choix pour le domaine de la lumière du Christ ou pour le domaine de la mort celui du péché. Et tout choix est une affaire personnelle. Personne d'autre ne peut le faire à notre place. Ce n'est même pas tous ensemble, en communauté que nous choisirons ce chemin pour suivre ou non le Christ. C'est à chacun, dans son cœur le plus profond, avec ce qu'il est, qu'il nous est demandé, en ce début de carême de choisir. Ne boudons pas ce temps, accueillons-le avec sa grâce, aujourd'hui et décidons de choisir, a chaque instant pour le Seigneur, c'est-à-dire pour la vie contre la mort.

       AMEN


 

 

 
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