AU FIL DES HOMELIES

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L'ADORATION

Dt 30, 15-20; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année A (1er mars 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l y a dans chaque homme un instinctif besoin d'adoration. Nous ne pouvons pas vivre sans développer en nous cette vertu de se lier par un mouvement d'adoration à quelque chose ou quelqu'un qui nous dépasse et qui impose sur nous sa grandeur, sa majesté ou une aura suffisante pour que son autorité nous tienne, nous élève. C'est une dimension presque irréductible du cœur de l'homme que de chercher, souvent à tâtons et dans l'obscurité considérant sa précarité, considérant sa fragilité, ce qu'il pourrait adorer, ce qu'il pourrait vénérer, car dans ce mouvement d'adoration, l'homme s'élève, l'homme se grandit et il le sent, de façon instinctive.

       C'est pourquoi dans la Bible, les athées ne sont pas visés, mais plutôt les idolâtres. D'ailleurs l'athéisme, à moins qu'il ne soit pur ce qui est rare, est souvent une forme dérivée ou partielle d'idolâtrie. La plupart de ceux qui se disent athées, à moins qu'ils ne conservent une rectitude, une rigueur presque insoutenable qui est de se référer à personne et à aucune chose, cultivent ce phénomène d'adoration avec d'autres idoles. Les idoles, c'est le nom donné à ces nombreuses choses qui nous attachent, vers lesquelles nous dirigeons cet élan d'adoration intérieure. Les idoles ce n'est pas forcément ces baals du temps moderne qui le sont aussi mais pas uniquement, l'argent, le pouvoir et autres choses semblables. Les idoles peuplent notre vie intérieure, non pas parce qu'elles sont pour nous, chrétiens pratiquants, mais par la relation que nous avons avec elles. Il y a dans notre vie quotidienne des éléments qui nous attachent très profondément et qui suscitent en nous une certaine idolâtrie. Non pas que nous soyons attirés par les "grandes idoles" mais nous avons dans notre univers intérieur, quotidien, des idoles domestiques, locales, très personnelles, avec lesquelles nous entretenons une relation extrêmement forte qui empêche un véritable mouvement d'adoration de se développer ailleurs.

       Ainsi, dans le livre du Deutéronome, où il est question de choisir entre la mort et la vie, entre le bonheur et le malheur, il est conclu : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu !" C'est dire que cette capacité d'adoration qu'il y a en toi, tu ne seras vraiment libre et vraiment orienté vers le Seigneur que si tu la mets totalement en Lui, en n'acceptant pas qu'elle s'attache, même de façon partielle ou provisoire, à d'autres éléments de ce monde. Et ta véritable liberté d'homme, celle où tu retrouveras la pleine vocation de fils de Dieu, ne pourra se déployer totalement dans ta vie, que si tu mets ta capacité d'adoration en cet unique Vivant et non pas en des choses mortes ou vaines. Pourquoi ? Parce qu'en échange de ce mouvement d'adoration, nous recevons de Celui que nous adorons, nous recevons ce dont nous avons besoin. Et lorsque nous adorons des choses vaines ou provisoires ou éphémères, nous en recevons que du néant, que du vent et notre amertume ou notre regret ne fait que grossir. Alors que si nous relions, au sens de "religion" avec le Vivant, nous recevons de Lui la vie, le bonheur et nous éloignons de nous le malheur et la mort.

       En ce début de carême, examinons ce qui nous attache par un mouvement d'adoration intérieur et qui nous empêche de nous réorienter totalement vers le Seigneur, le seul qui peut donner la vie, qui peut régénérer notre cœur et le retourner vers Lui.

       AMEN


 

 
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