AU FIL DES HOMELIES

AMBASSADEURS DU CHRIST

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année A (9 février 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Le rôle des ambassadeurs peut paraître un rôle ambigu, car ils peuvent parfois être pris, puisqu'ils ont la responsabilité de représenter la nation dans un pays étranger, de porter des nouvelles, ils ont parfois l'habitude d'être pris entre le marteau et l'enclume, car ils ne portent pas forcément des nouvelles de leur pays ou du gouvernement avec lesquelles ils seraient entièrement d'accord. L'ambassadeur a toujours conscience que ce qu'il fait, sa fonction, ou du moins, cela devrait-il se passer ainsi, cette fonction les dépasse. Son rôle ne se limite pas simplement à une représentation mondaine, il n'est pas seulement pris dans les cocktails et les petits fours, mais il doit manifester qu'une réalité qui le dépasse veut être là, présent auprès d'une autre. C'est le cas pour les nations. L'ambassadeur doit aussi veiller à être attentif à ce qui se passe là où il est, à transmettre des renseignements, à savoir mettre en contact. L'ambassadeur est aussi celui qui doit être capable d'accueillir les ressortissants de son pays, d'être celui qui a la capacité de les aider, même de leur porter secours, que celui qui lui est proche par la race, la culture ne se sente pas complètement isolé à l'étranger.

       Saint Paul nous exhorte aujourd'hui en disant : "Nous sommes en ambassade pour le Christ". Je ne pense pas qu'il parle simplement du pluriel majestatif, en disant, "je" suis en ambassade pour le Christ. Mais il s'adresse à la communauté de Rome, et à chacun, il dit : dans la situation où vous êtes, tous, vous et moi, nous sommes en ambassade pour le Christ dans un pays qui est comme étranger. Quoi de plus étranger en effet pour un juif, que ce pays romain ? C'est même l'oppresseur. Ce juif converti qu'est saint Paul, a conscience de devoir s'affronter à cause de sa foi à un monde qui pourrait paraître totalement distant, loin de ses préoccupations. Or, il dit cette chose qui me paraît essentielle : nous n'allons pas nous situer dans ce monde simplement comme des étrangers, comme des gens qui n'avons rien à faire là où nous vivons et de ce que nous percevons de ce qui existe. Mais il le dit : nous sommes en ambassade pour le Christ, pour Dieu.

       L'ambassadeur chrétien doit avoir ce rôle de représenter, de dire quelque chose, de manifester un peu de cette présence du Seigneur auprès de ceux-là que l'on pourrait considérer comme étrangers. Un ambassadeur chrétien a ce rôle aussi de savoir être attentif à ce qui se passe dans le monde où il vit, dans le pays qui l'accueille, attentif aux réalités pas uniquement économiques et politiques mais simplement humaines, de ce que sont les gens, de ce qu'ils vivent. Il est là pour mettre en relation, pour la faire exister, pour qu'il n'y ait pas de séparation entre deux réalités qui pourraient se croire étrangères l'une à l'autre. Dieu n'a pas voulu être étranger à ce monde, je ne vois pas pourquoi les chrétiens le seraient.

       "Nous sommes en ambassade pour le Christ". Mais bien sûr, l'ambassadeur a un message à annoncer au monde : "Laissez-vous réconcilier". Ou encore dit saint Paul, "nous sommes les coopérateurs du Christ". Et nous disons : "aujourd'hui, c'est le jour favorable. Voici maintenant, le temps du Salut". Il me semble que du coup, cela prend une coloration tout à fait particulière en ce temps de carême qui s'ouvre aujourd'hui pour toute l'Église. Il est vrai, et nous en avons les oreilles rebattues, il est vrai que si nous faisons jeûne, si nous faisons l'aumône, si nous partageons quelque bien, si nous prions, c'est bien, mais nous le savons avec l'Écriture, tout cela n'est rien. Cela n'a aucune valeur en soi. Dieu le dit dans la Bible : "Je n'ai que faire de vos jeûnes, de vos aumônes, de vos néoménies", et ce qu'il annonçait dans le prophète Joël "ce que je veux, c'est la circoncision de votre cœur", le jeûne du cœur, que votre cœur se déchire.

       Et c'est le grand problème et la grande difficulté pour nous dans ce temps de carême. Acceptons-nous ultimement que notre cœur se déchire ? Autrement dit, que nous sortions de notre égoïsme, que nous sortions de notre volonté propre, que nous sortions de notre orgueil, de notre manière de tout ramener à nous, parce que là, nous sommes très forts. Nous ramenons tellement à nous que tout est jugé, tout est vu, tout est vécu à l'aune de notre esprit et de notre regard. Cela s'appelle le subjectivisme. Or, le carême est un temps objectif : "Voici le temps du Salut, voici le temps favorable". Et le jeûne, l'aumône, la prière n'ont de valeur que s'ils sont accompagnés de la déchirure du cœur. Autrement dit, si je jeûne, si je partage mes biens, si je prie, pas pour moi, mais pour les autres, pas pour moi, mais pour tous les autres, c'est là que je deviens ambassadeur. Il y a quelque chose qui me dépasse, et ce quelque chose, c'est ce Salut. Il y a quelque chose que je dois annoncer : "Voici le temps favorable". Mais je ne le dis pas dans le vide, et je ne dis pas dans le vague. Je le dis à ce monde d'aujourd'hui, aux hommes de la cité d'Aix-en-Provence, à ma famille, à mes frères, et pas simplement à moi tout seul. Si je jeûne, si je partage, si je prie pour moi, je ne représente rien ! Si je jeûne, si je partage, si je prie parce que j'ai conscience d'être en ambassade pour le Christ, et d'annoncer : "laisse-toi réconcilier avec Jésus car c'est aujourd'hui qu'Il veut être avec toi", alors, ce temps du carême a du sens, notre carême a du sens, notre vie a du sens.

 

       AMEN

 
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