AU FIL DES HOMELIES

CONVERTISSEZ-VOUS ET CROYEZ À LA BONNE NOUVELLE

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20-6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année C (20 février 1980)
Homélie de Mgr Bernard PANAFIEU


Comme une souche rongée par le péché …

Pour l'imposition des Cendres, le rituel laisse au prêtre la liberté d'employer deux formules. La première que vous connaissez bien car elle est la plus ancienne : "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière" et la seconde que nous emploierons ce soir : "Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle."

Ce qui nous est demandé, en ce soir du mercredi des cendres, et tout au long de notre route de Carême, c'est de prendre conscience de notre identité. Nous sommes de la terre, au sens le plus vrai du terme. N'est-il pas dit dans la Genèse que Dieu prit de la terre, pour former l'homme ? Prenant conscience que nous sommes de la terre, nous sommes invités à vivre l'humilité ce celui qui se sait pauvre, petit et dépendant. Dans son commentaire du Cantique des Cantiques, saint Bernard dit qu'une telle connaissance au lieu d'enfler, humilie et prépare, d'une certaine manière l'édification de notre être. En effet, à moins de reposer sur le fondement inébranlable de l'humilité l'édifice spirituel n'a aucune chance de durer. En accueillant les cendres, ce soir, c'est d'abord ce geste d'humilité que nous faisons Mais nous le faisons pour l'édification de notre être spirituel, pour l'édification de l'être spirituel de l'Église, car notre démarche, si elle est personnelle n'est jamais individuelle et engage tout le peuple de Dieu que nous sommes.

"Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle". Oui nous sommes des pauvres, oui nous sommes formés de la terre. Nous sommes incapables par nous-mêmes de rencontrer le Dieu vivant. Mais voilà que Jésus-Christ est venu et qu'à chacun de nous, il dit ce soir comme au paralytique : Lève-toi et marche, sois un homme debout, porte ta croix et va vers la lumière, la lumière de la résurrection. C'est encore saint Bernard qui dit : "Tant que je me regarde moi-même, mon œil demeure dans l'amertume. Mais que je lève les yeux, que je regarde vers le secours de la miséricorde de Dieu et bien, la joyeuse vision de Dieu adoucira l'amère vision que j'ai de moi-même". Oui, celui qui s'est mis à pleurer en se découvrant tel qu'il est (tu es poussière et tu retourneras en poussière) est entré à juste titre dans la joie en voyant Dieu, puisque à la seule vue de la miséricorde de Dieu, cet homme a pu chanter le pardon, la justification et l'espérance de la vie. Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle.

Finalement ces deux formules sont les deux versants du mystère pascal : mort et résurrection. C'est dire qu'elles ne s'opposent pas. Dieu n'a-t-il pas fait l'homme à partir de la terre ? Ne l'a-t-il pas façonné à partir du limon ? Dieu a besoin de notre pauvreté pour faire sur nous le geste du pardon. Dieu a besoin de notre pauvreté pour nous recréer un visage de ressuscité. C'est toujours le mystère de la Pâque tant il est constitutif de l'être du Christ. Et ce mystère pascal, nous allons le vivre avec une particulière intensité dans ce sacrement de réconciliation, dont ce soir, nous allons vivre une première étape, celle du regard sur notre vie, en même temps que celle du regard sur l'amour sauveur de Jésus.

Convertissez-vous. C'est Dieu, et Dieu seul qui convertit. Par le sacrement de réconciliation, Dieu nous refait un visage. Il imprime en nous, sur nous le visage de son Fils. Pour vivre ce Carême, pour entrer dans cette démarche sacramentelle de la réconciliation, pour vivre profondément le mystère pascal du Christ, il nous faut vivre avec une particulière intensité ces jours, trois aspects de l'identité chrétienne.

Prière, ascèse, partage.

Prière.

Prions-nous ? C'est-à-dire, entrons-nous dans la prière du Christ, prière de Jésus à son Père ? Quel est le rythme de notre prière personnelle et collective ? Est-ce que le Dieu auquel nous croyons est celui que nous écoutons ? que nous accueillons dans sa parole ? et avec qui nous conversons ? Partageons-nous cette magnifique réaction de ce paysan d'Ars qui disait au curé d'Ars, alors qu'il était devant le Saint Sacrement : "Je l'avise et il m'avise"?

Ascèse.

Il est bien difficile de parler d'ascèse à notre époque, de parler du jeûne. Mais il y a bien des manières de faire ascèse. Il se peut que, pour certains d'entre nous, cela se manifeste par la volonté de se priver de certaines choses, de rompre avec une société de consommation qui nous rend la vie tellement facile que nous ne sommes plus capables de partager avec l'autre. Il se peut que pour certains, l'ascèse ce soit tout simplement de se réconcilier avec quelqu'un de son entourage, ou de dire un mot de sympathie à quelqu'un qui ne nous est pas spontanément sympathique. Oui, l'ascèse peut prendre bien des visages dans notre vie. Le jeûne qui me plaît dit le Seigneur, c'est justement celui qui permet un plus grand partage.

Partage.

Oui, il ne peut y avoir de prière vraie, d'ascèse vraie que si nous nous sentons en fraternité avec les hommes nos frères et en particulier avec tous ceux qui souffrent, tous ceux qui sont dans le désarroi, tous ceux qui ne mangent pas à leur faim. Voilà pourquoi l'Église appelle les chrétiens que nous sommes à entrer dans cette insurrection de la charité que devrait être chaque carême. Là aussi, elle nous veut assez inventifs pour trouver les moyens qui vont nous permettre de partager avec ceux qui nous sont proches comme avec ceux qui sont loin.

Les Cendres évoquent pour nous le feu. Le soir d'hiver, au moins en montagne, on aime allumer le grand feu de cheminée. Le feu couve sous la cendre, il suffit d'un peu de souffle pour que la flamme se mette à nouveau à briller et pour que de cet amas de cendres jaillisse un feu qui réchauffe, qui éclaire, qui illumine. Ce soir, sous les cendres que nous recevons couve le feu de l'Esprit. Il suffit de peu de chose pour qu'il s'allume en nous. Il suffit que notre cœur soit ouvert à la Parole. Alors notre vie sera comme le feu, qui éclaire et qui réchauffe. Après un temps où le feu a simplement couvé, ce sera la flambée, celle que nous allumerons symboliquement dans la nuit de Pâques, le feu d'une Église habitée par l'Esprit et qui a pour mission de dire au monde : "Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle".

 

AMEN

 
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