Imprimer

DIEU EST LONGANIME

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année C (17 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Un avenir est ouvert …

 

Frères et sœurs, vous avez peut-être été intrigués par la manière dont le prophète Joël dans la première lecture, parlait du comportement de Dieu. En résumé, Joël invite ses contemporains à faire pénitence et pour justifier cette démarche, il attribue à Dieu ce sentiment bizarre, trop humain : peut-être que Dieu va changer d'avis. Au fond, c'est étrange, pourquoi Dieu changerait-il d'avis ? S'il a décidé, il a décidé, il est la sagesse même, donc il sait à quoi s'en tenir et quand le verdict est tombé, le verdict est tombé.

Bien entendu, il y a une part d'anthropomorphisme dans cette expression, mais c'est cela qui est intéressant parce que c'est l'explication de la pénitence. En effet, la pénitence n'est pas simplement une compréhension au premier degré de ce que disait Joël. Ce n'est pas : je vais faire des efforts pour attendrir Dieu et le faire changer d'avis. La pénitence n'est pas une opération de séduction. Ce n'est pas non plus une opération pour attendrir le cœur de Dieu comme si le cœur de Dieu était dur et sec. Mais ce que veut dire Joël c'est ceci : quand on a été pécheur, c'est fait ! on est vraiment pécheur. Il n'y a plus d'excuses, on ne peut pas faire que ce qui a été ne soit plus. On a été pécheur, on le reconnaît. C'est pour cela que la première démarche de la pénitence c'est toujours de reconnaître notre péché. Si on reconnaît notre péché, on devrait aussi normalement reconnaître que puisque nous avons péché, à partir du moment où nous avons péché, normalement, c'est fichu.

Pourtant, ce que dit Joël est très beau :  croyez-vous que Dieu peut se contenter de cette situation-là ? En réalité, à partir du moment où Dieu nous a créé, à partir du moment où Dieu veut que nous soyons ses amis, que nous vivions dans sa grâce et que nous soyons un jour avec lui, est-ce que si nous, nous avons cassé le contrat, est-ce que Dieu peut se résigner à cela ? Voilà ce que veut dire : s'il changeait d'avis. Est-ce que Dieu peut se contenter du fait que l'homme par son péché, a cassé son plan ? Ce n'est pas que Dieu veuille changer d'avis au sens banal du terme, mais c'est au contraire : est-ce que la ténacité de l'attention, de l'amour de Dieu et du salut de Dieu ne doit pas être plus forte que la manière dont nous imaginons que normalement Dieu devrait avoir capitulé et dit : tant pis pour vous ! Les anciens ont appelé cela d'un nom bizarre qu'on n'utilise plus beaucoup aujourd'hui : c'est la longanimité. La longanimité veut dire : avoir l'âme longue, comme on dit avoir le bras long. Dieu a l'âme très longue. Sa visée c'est vraiment de nous conduire au salut, c'est vraiment de nous introduire dans la plénitude de son amour. C'est vrai que nous, par notre péché, par notre paresse, par notre médiocrité spirituelle, sans arrêt nous compromettons ce plan de Dieu et c'est vrai que normalement, Dieu devrait dire : écoutez, si c'est fini, c'est fini. Seulement, voilà, Dieu ne se résigne jamais.

En fait, le seul motif de faire pénitence, c'est que Dieu ne prend jamais parti de notre péché. On peut être le pire pécheur, on peut faire les pires horreurs, Dieu n'acceptera jamais que cela soit le dernier mot. En réalité, Dieu est plus têtu que nous. Nous sommes peut-être entêtés dans le mal, nous sommes peut-être entêtés dans notre péché, mais Dieu est plus têtu que nous pour nous sauver. Donc, même si on fait tout pour que cela échoue, Dieu ne veut pas se laisser prendre au jeu. On voit cela parfois chez les enfants. Quand ils sont en colère et qu'ils connaissent un peu la réaction de leurs parents, ils sont quelquefois capables de les exaspérer en les poussant à bout. Et pourquoi l'enfant peut-il se permettre une chose pareille ? C'est parce qu'il sait que de toute façon, à la fin, les parents changeront d'avis.

C'est exactement ce que dit le prophète Joël. Au bout du bout, à la fin du compte, Dieu ne renoncera pas à ce qu'il a un dessein, un projet de salut pour nous, et même si l'on a essayé de tout casser, Dieu ira jusqu'au bout. C'est cela que Joël veut dire à son peuple. Si vous vous convertissez, c'est déjà le fait que vous avez reconnu la longanimité de Dieu, c'est déjà que vous avez reconnu que Dieu ne s'en laisse pas conter, ne se laisse pas mener par vos caprices, ne se laisse pas conduire comme vous le voudriez. Dieu ne se résigne pas à la situation d'impasse dans laquelle vous croyez le mettre, il n'y a que vous qui y êtes. Par conséquent, à ce moment-là Joël dit : il y a un avenir qui s'ouvre, mais ce n'est pas vous qui ouvrez un avenir que vous avez bouché par vous-même et par votre péché, s'il y a un avenir qui s'ouvre, c'est simplement parce que vous reconnaissez que Dieu est le seul vraiment capable d'ouvrir cet avenir pour chacun d'entre vous.

Aujourd'hui, c'est cela même que nous célébrons. En entrant dans le carême nous n'exaltons pas nos capacités ascétiques ou nos vertus de privations et de jeûne, nous sommes simplement devant la question : qui sait, s'il revenait, s'il changeait d'avis ? Cette question c'est en fait la question de l'espérance chrétienne. C'est vrai que quelles que soient les impasses dans lesquelles nous croyons mettre Dieu il sera toujours capable de faire face et d'essayer de nous en sortir par tous les moyens.

 

 

AMEN