AU FIL DES HOMELIES

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SUR LA ROUTE DU CARÊME

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année A (24 février 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Nous entrons en ce jour dans la grande liturgie de carême et nous commençons ce pèleri­nage qui va nous faire monter jusqu'à Jéru­salem, jusqu'à la Pâque. Nous prenons un bâton, une simple tunique, et nous nous mettons en route, tous ensemble, le peuple de Dieu, pour attendre de Lui le signe de son amour et de son pardon.

Demander pardon au Seigneur c'est reconnaî­tre que notre vie est morcelée, fragmentée et qu'ainsi elle est absurde. Attendre son pardon, c'est de nou­veau diriger nos regards, notre attente, notre désir, vers l'Unique, vers le seul qui puisse nous rendre l'unité. Par son péché l'homme s'est cassé, il s'est brisé en mille morceaux et il a besoin que la grâce de Dieu refasse, ressoude, recrée l'unité perdue de tout son être. En ce jour, il faudrait pouvoir, sans pour au­tant, comme le demande l'évangile, prendre des mines tristes, il faudrait avoir en son cœur quelque nostalgie d'intimité avec Dieu, d'une douceur, il faudrait pou­voir retrouver en nous le ressort profond de notre désir de le chercher, réveiller en nous la ferveur, l'ar­deur de donner un sens total à notre vie qui consiste à le retrouver, de vouloir être vraiment cette drachme perdue que cette femme cherche dans sa maison ou mieux encore cette brebis égarée que le pasteur va chercher. Et plus beau encore, après avoir dilapidé notre fortune, c'est-à-dire après avoir erré sans Lui, avoir envie, envie à en mourir de retrouver le Père comme l'enfant prodigue qui, après avoir dilapidé son trésor, cherche le chemin du retour.

Nous sommes des pèlerins. Nous sommes des pèlerins parce que, quand nous sommes des pèlerins nous découvrons en nous-mêmes que nous sommes brisés et qu'il nous faut la grâce. Les pèlerins sont des gens qui, à la fois, souffrent de marcher, souffrent de jeûner et en même temps cultivent dans le secret une allégresse, une attente profonde. Comme des pèlerins qui, dans une longue procession, s'appuient les uns sur les autres, retrouvant dans le regard du frère ou de la sœur qui les entourent cette même demande de pardon qui réchauffe la nôtre, qui exhorte la nôtre, nous pouvons dans le secret de notre cœur nous met­tre en route. Nous n'avons pas d'autre exigence à trouver que de nous mettre en route. Il faut nous mé­fier de ces soucis de carême qui seraient peut-être une façon de déguiser notre manque de désir. Peut-être s'agit-il simplement d'attendre de Dieu qu'Il nous ins­pire ce à quoi nous avons à renoncer ! Car nous préfé­rons nous modeler une propre image de chrétien ou de chrétienne, alors que Dieu sait pédagogiquement, comme un père, comment il faut nous prendre, com­ment Il peut nous rattraper comment Il peut renouer en nous cette unité perdue.

C'est à la fois une allégresse secrète, un désir profond, une ferveur nouvelle qui doivent nous conduire, à partir de ce jour et jusqu'à Pâque, vers le visage du Père qui est tendresse et pardon.

 

 

AMEN

 

 
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