AU FIL DES HOMELIES

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LE SENS DU CARÊME

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année B (16 février 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

En ce premier jour de carême, l'Église par la bouche de Jésus nous dit quel est le pro­gramme de ce carême : prière, jeûne, aumône c'est-à-dire partage. Il s'agit donc d'un temps pendant lequel nous allons nous priver, nous allons entrer au plus profond de nous-mêmes, nous allons nous don­ner. Il s'agit d'un temps de pénitence, mais cette péni­tence a une signification. Il ne s'agit pas simplement de brimer notre chair, notre être, de nous refuser ce qui nous tente, il ne s'agit pas de limiter nos besoins ou nos désirs, mais beaucoup plus profondément il s'agit d'entrer dans la Pâque du Christ. Le carême n'a de sens que par sa fin, par ce qui l'attire, ce qui est le but vers lequel nous marchons, la Pâque de Jésus.

La Pâque du Christ, mystère central de notre foi, mystère de mort mais de résurrection, mystère de souffrance mais de glorification, la Pâque du Christ, mystère de la mort pour la Résurrection, de la souf­france pour la glorification. Certes nous faisons péni­tence parce que nous sommes pécheurs, parce que nous nous reconnaissons pauvres, misérables, mais nous faisons pénitence surtout parce que le Christ a pris sur Lui cette misère, cette pauvreté qui est la nô­tre, parce que le Christ, saint Paul vient de nous le dire, a "été fait péché pour nous", à cause de nos pé­chés. Il s'est identifié à ce qu'il y a en nous de plus misérable de plus douloureux, de plus sombre, de plus ténébreux pour apporter au cœur de nos ténèbres, au cœur de notre misère, de notre souffrance, apporter la lumière de sa Résurrection.

Et si nous prenons ce chemin du carême, chemin de pénitence, chemin d'intériorisation par la prière, chemin de privations, c'est parce que ce che­min est celui de la croix du Christ et que cette croix du Christ a pour terme la vie, la Résurrection de Pâ­ques. Nous prenons ce chemin avec ardeur, avec vaillance, avec courage, nous le prenons, si j'ose dire, avec joie parce que c'est un chemin de délivrance, c'est un chemin de libération. Nous ne rentrerons pas dans un carême de misérabilisme, un carême de ma­sochisme, nous n'entreprenons pas un carême où nous sentirions un plaisir un peu sordide à nous faire souf­frir, à nous faire mal, nous prenons le chemin de ca­rême parce que c'est le chemin de la lumière, parce que c'est le chemin de la vie, parce que c'est le chemin de l'amour du Christ pour nous, de cet amour qui est allé jusqu'au plus profond de notre misère et de nos ténèbres pour les illuminer. C'est donc un chemin de lumière et il faut que, sans cesse, nos regards soient fixés sur cette lumière de Pâque, sur cette lumière du Christ qui, seule, donne un sens à tout ce que nous allons faire. Si nous allons prier davantage, c'est pour nous unir plus étroitement au Christ dans sa tendresse, dans sa présence, dans son intimité. Si nous allons jeûner, c'est pour attendre avec plus de ferveur cet éblouissement de la Pâque, si nous allons partager c'est pour que, non pas nous nous privions d'abord, mais pour que nos frères aient davantage, que ce geste de communion nous mette au diapason du cœur du Christ, au diapason de l'amour trinitaire. Nous allons nous confesser, faire pénitence pour recevoir la ré­conciliation c'est-à-dire pour recevoir en nous la paix, la joie, la lumière de Dieu, pour que Dieu mette sa lumière dans tous les recoins les plus sombres de no­tre cœur, de notre vie, pour que tout ce que nous sommes soit illuminé non pas par une illusoire vertu que nous pourrions acquérir mais par la miséricorde de Dieu, par la tendresse de Dieu qui connaît notre pauvreté, notre misère et qui vient la guérir par son amour.

Ce chemin de carême doit être un chemin hautement positif, il faut que tout ce que nous ferons soit animé par ce grand élan de l'appel de Dieu, par ce grand élan de la réponse de notre amour à son amour. Réponse que son propre amour suscite dans notre cœur car nous sommes trop pauvres pour savoir aimer par nous-mêmes, mais Dieu vient à notre secours.

Et précisément Il met en nous, par ce temps de carême, une force, un lumière, une puissance, une capacité d'aimer.

Alors que ce soit cela qui anime notre vie de carême et que ce temps soit en quelque sorte un des plus beaux temps de notre année liturgique puisqu'il débouche sur la joie de toutes les joies, sur la lumière qui surpasse toute lumière, sur la Fête des fêtes, puisqu'il prépare jour après jour notre cœur à l'exultation que sera la fête de Pâques.

 

 

AMEN

 

 
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