AU FIL DES HOMELIES

OUVRIR NOTRE COEUR À LA PRÉSENCE

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année B (25 février 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Désert du Sinaï 
Frères et sœurs, ce temps du carême qui commence aujourd'hui nous invite à convertir, c'est-à-dire à retourner notre cœur, dans trois dimensions complémentaires. Ouvrir notre cœur à la présence de Dieu dans la prière pour que nous soyons habités de sa présence et qu'elle rayonne autour de nous, ouvrir notre corps au désir de Dieu par le jeûne, ouvrir nos mains à la miséricorde à l'égard de nos frères par l'aumône, le partage. 

       Il ne s'agit pas d'abord comme on l'imagine trop souvent de pénitence, c'est-à-dire d'une manière de se priver pour souffrir pour Dieu, pour expier nos péchés. Il s'agit d'abord d'une ouverture de notre être. Le jeûne participe de cette dimension  d'ouverture. On imagine de façon un peu simpliste que nous jeûnons pour expier les péchés de notre chair, pour mater notre corps rebelle. En réalité, le jeûne fait partie d'une glorification du corps. Je ne sais pas si vous y avez réfléchi : la Pâque du Christ, cette Pâque à laquelle nous nous préparons précisément par ce temps de jeûne, la Pâque du Christ, sa croix, c'est notre salut obtenu par le corps même du Christ. Le corps du Christ a été élevé à cette dignité de pouvoir souffrir, se donner, mourir, pour le salut du monde. Ce n'est pas par un acte uniquement spirituel que le Christ nous sauve. C'est par un acte spirituel certes, mais incarné dans sa chair qui est le lieu même de notre salut. Cette chair du Christ qui souffre, qui meurt, c'est aussi la chair du Christ qui ressuscite, qui revit, qui entre dans la gloire. Le mystère de Pâques est un mystère de la chair du Christ, une chair offerte jusqu'au don total et à cause de ce don total, une  chair recouvrée dans la plénitude de la gloire. 

       Il en va de même du jeûne. Le jeûne ce n'est pas se priver pour réparer je ne sais quel péché. Le jeûne c'est d'abord une ouverture de notre être à la venue de Dieu. Vous le savez, quand on jeûne, se creuse en nous la faim, c'est-à-dire le manque, une certaine absence. Absence de nourriture certes, mais qui est symbolique d'une absence plus  générale, plus profonde, l'absence d'un Dieu que nous ne recherchons pas assez. Le jeûne est là pour exciter en nous le désir, le besoin de nourriture, mais là aussi symboliquement le besoin de nourriture spirituelle, d'une nourriture divine. Nous jeûnons pour que tout notre être, corps et âme, soit emporté par un désir de la rencontre de Dieu, un désir de nous nourrir de la présence de Dieu. 

       Nous avons besoin de creuser en nous ce manque et ce vide, pour que le désir habite tout notre être, aussi bien notre cœur que notre corps, aussi bien notre âme que notre chair. Nous avons besoin que, symboliquement, notre cœur ait faim et que dans le même mouvement, notre âme désire Dieu. Nous avons besoin de creuser en nous l'intensité du désir. C'est cela le rôle du temps du carême, le rôle en particulier de ce jeûne qui nous est demandé pour découvrir en nous ce manque de Dieu qui est un appel, un appel au secours, un appel à la présence, un appel à la grâce, un appel à la réconciliation. 

       Oui, c'est le temps favorable, c'est le temps du salut, c'est le temps où Dieu nous donne la vie en réponse à ce grand désir qu'il creuse en nous. 

 

       AMEN


 

 

 

 
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