AU FIL DES HOMELIES

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JEÛNER, C’EST VIVRE DANS L’ATTENTE DE DIEU

 Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année C (13 février 2016)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


A travers cet évangile que nous venons d’entendre, nous sont données deux consignes pour le carême. La première consigne, c’est cette attitude du cœur accueillant pour tout homme. Ici, vous avez entendu le contexte : Jésus vient d’appeler à sa suite Lévi (ou Matthieu, il pouvait y avoir deux noms) et dans l’élan de cet appel, Matthieu invite tous ses amis pour un repas, peut-être un repas d’adieu, au moment où il va suivre Jésus. La réaction d’un certain entourage de personnes qui s’intéressent à la personne et à l’enseignement de Jésus, ceux qu’on appelle les scribes et les pharisiens, c’est-à-dire ceux qui sont les plus scrupuleux et les plus intéressés par les normes pour suivre la loi, immédiatement s’insurgent. Si Jésus mange avec des pêcheurs, il met en cause sa réputation de Rabbi, de maître, et en plus, fréquenter des gens pêcheurs, dans le système de la loi, c’est risquer de se souiller. Mais Jésus renvoie les pharisiens à leur doctrine pour la démolir, en disant : « Vous n’avez pas lu que Dieu veut d’abord la miséricorde et non pas le sacrifice ».

 

Le sacrifice, c’est le repas tout à fait clean, tout à fait dans les clous, dans lequel on n’est qu’entre bonnes personnes, de bonne réputation et de respectabilité maximale. Quand on est dans la logique du repas de sacrifice, on a toutes les garanties voulues pour garder sa pureté. Et Jésus dit : « Ce n’est peut-être pas le fin mot de la loi. Finalement, le fait que je me sois mis à table avec des pêcheurs pour un repas qui n’a rien de religieux, c’est peut-être un acte plus grand et plus profond du point de vue de sa signification, Effectivement, à partir du moment où j’ai appelé un pêcheur pour me suivre, tous se sont d’une certaine manière sentis appelés ». C’est donc cette attitude-là que nous devrions avoir. Nous ne devons pas simplement nous « mettre à table » avec les gens qui rentrent dans nos cadres et nos modes de pensée, il faut aussi savoir se mettre à table avec ceux qui ne pensent pas comme nous.

 

Du coup, surgit une deuxième vague de contestation qui vient cette fois-ci non pas de ceux qui défendent le repas sacrificiel, mais de ceux qui défendent le jeûne. Ceux-là disent : « Voilà, dans l’entourage que tu connais, c’est-à-dire les disciples de Jean-Baptiste et les pharisiens, il y a aussi une autre pratique pour se mettre en règle avec Dieu, c’est le jeûne. Et toi, semble-t-il, tes disciples ne jeûnent pas. Il était d’ailleurs pris sur le fait car cela se passe au moment où Jésus et ses disciples avaient été invités par Matthieu qui venait de se convertir. Et à ce moment-là, c’est un deuxième conseil que le Christ donne sur le sens du jeûne.

 Qu’est-ce que veut dire jeûner ? C’est être dans l’attente, c’est creuser en soi une faim physique, biologique, la faim de son estomac pour nous rappeler que nous avons faim de Dieu. Et là, le Christ dit : « Eh bien, puisque je suis ici avec mes disciples, ils peuvent se rassasier tous les jours. Et donc, s’ils devaient jeûner, ils montreraient qu’ils ne sont pas satisfaits de ce que je leur donne. Et en réalité, moi personnellement, je leur donne ce que j’ai de plus précieux : mon Salut, mon amour et la vérité de l’amour de Dieu que je leur révèle. Par conséquent, ne leur imposez pas un fardeau supplémentaire, surtout si eux actuellement ont découvert la joie de cette présence de Dieu ». Là aussi, c’est quelque chose de très riche et de très important pour nous. Si nous jeûnons simplement pour manifester que nous avons le désir d’être comblé par Dieu, ça peut être bien, mais il ne faut pas que cela efface la joie d’avoir déjà reçu le salut. Si le jeûne est simplement une discipline qu’on s’impose et si c’est simplement une certaine manière de marquer une supériorité spirituelle, ce n’est pas le jeûne qui plaît au Seigneur. Le jeûne qui plaît au Seigneur, c’est celui qui témoigne que, bien que nous ne sommes pas encore entièrement comblés, nous connaissons déjà cependant la plénitude du Salut que Dieu par le Christ nous a donné .

 
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