AU FIL DES HOMELIES

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L'EUCHARISTIE, REPAS DE MISÉRICORDE

Is 58, 9b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année C (24 février 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

 

Saint Jean de Malte : Eucharistie 

C

'est la miséricorde que je veux et non le sacrifice" venons-nous de chanter, dans le psaume, mais c'est aussi ce que Jésus proclame dans ce célèbre passage du repas chez Lévi qui a donné souvent de belles représentations picturales. Ce repas chez les pécheurs vise comme beaucoup de repas dans le Nouveau Testament à saisir ce repas ultime qui va se dérouler avant la mort de Jésus, pendant lequel Jésus prenant le pain  et le vin, dit : "Ceci  est mon Corps, ceci est mon Sang". Lorsque l'Église se rassemble pour célébrer l'eucharistie elle entre dans la mémoire de Dieu en faisant à nouveau ces gestes qui nous rendent ainsi actuels, contemporains de tous ces actes de Salut de Jésus qui aujourd'hui encore prend pour nous le pain et le vin, et nous le donne comme son Corps et comme son Sang. L'eucharistie rassemble ces deux notions fondamentales que l'on pouvait avoir tendance  peut-être quelquefois à opposer en y voyant le repas et le sacrifice. 

       Beaucoup des questions se posent actuellement : est-ce que lorsqu'on célébrait la messe selon le rite de saint Pie V, on avait au moins la notion du mystère, et du sacrifice, tandis que le Concile Vatican II l'a plutôt axé sur le repas. Les deux réalités sont absolument nécessaires car on pourrait dire que le repas et le sacrifice manifestent à eux deux, la plénitude de la miséricorde dont le Seigneur veut nous remplir. Pour quelle raison? D'abord, il est vrai que dans un système ou une culture religieuse très codifiée telle que l'était le judaïsme  à l'époque de Jésus, les pharisiens qui essaient de répondre de manière presque parfaite à la parole et aux commandements de Dieu ne feraient pas leur chemin  avec les publicains et ne prennent pas leur repas avec les pécheurs de crainte d'être contaminés par leurs péchés et de devenir impurs. Il y a donc une séparation et une barrière dans des repas qui sont  pris aussi de manière très codifiée, faits de nombreux petits rites, qui vont de la purification jusqu'aux bénédictions Dans cet épisode du repas de Jésus avec les pécheurs, on a presque l'impression d'une sorte de joyeuse assistance où étant à la table de Lévi, publicains et pécheurs, comme cela viennent naturellement et rejoignent Jésus, ce qui donne aux pharisiens l'occasion de faire la remarque par rapport à ce qu'on devrait faire ou ne pas faire ! 

       C'est la miséricorde qui est manifestée, car ce n'est plus un repas qui sépare, qui exclut, mais c'est un repas qui rassemble jusqu'à celui qu'on n'aurait pas besoin ou envie, ou pensé inviter, et c'est le repas qui permet ainsi à celui qui se sent peut-être le plus petit ou le plus isolé, de venir et de participer. C'est ainsi que l'eucharistie est offerte à tous puisque l'amour de Dieu manifesté dans l'eucharistie, est un repas ouvert à tous les pécheurs que nous sommes. Personne n'est parfait, personne n'est digne de recevoir le Corps et le Sang du Christ, mais en revanche, nous sommes dignes de nous reconnaître ayant besoin de ce Salut, de cette miséricorde, et d'entrer dans le don que Dieu nous fait. 

        Ce don est un sacrifice. Qu'est-ce à dire ? c'est-à-dire qu'il devient un lien. Le sacrifice, c'était l'animal que l'on offrait pour entrer en relation avec Dieu, on prenait la vie d'une bête pour manifester le lien qui pouvait exister ou que l'on voulait retrouver avec Dieu. Or, Dieu l'a dit un jour dans l'Écriture : "Je vomis vos sacrifices et vos holocaustes. Le seul sacrifice qui me plaît dit un psaume, c'est le cœur brisé". Aussi, nous retrouvons cet acte sacrificiel qui consiste à se donner entièrement, et seul le Christ pouvait réaliser le sacrifice que Dieu pouvait admettre, celui du parfait amour  et celui du don, celui de la médiation qui ne connaît plus de limite, car c'est l'amour de Dieu par l'humanité de son Fils qui répond au Dieu qui est lui-même source de tout amour. 

       Ainsi, lorsque Jésus prend du pain et dit : "Ceci est mon corps", quand il prend du vin et dit : "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés", réalise-t-il tout cela. Il rassemble tout homme, tout pécheur dans l'acte même non seulement de la convivialité qu'est le repas, mais de ce repas sacrificiel, où Jésus comme le dit si bien la cinquième préface de Pâques est à lui seul "l'autel, le prêtre et la victime". Il est celui qui nous invite, celui qui nous sert, et il est celui qui est en même temps, notre nourriture. C'est pourquoi tout homme, quel qu'il soit ayant été auprès de Dieu ou manifestant aujourd'hui dans cette eucharistie un rassemblement même avec tous ceux qui nous ont quitté, manifestent au plus haut point ce pourquoi est faite l'eucharistie. Elle est faite pour être reçue, elle est faite pour être mangée afin que par cette manducation, soit signifié le lien indéfectible où nous faisons nôtre le don en son corps et en son sang du Christ. Alors, on peut vraiment dire qu'entre ceux qui nous ont quitté et entre nous, entre Jésus et entre nous, entre nous tous, y compris les hommes qui ne sont pas aujourd'hui dans cette église, il y a une réelle, une vraie, une profonde communion qui est le don même de Dieu Amour. 

 

       AMEN 

 

 

 
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