AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉSIR DE DIEU

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année C (28 février 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons de la chance parce que nous ne pouvons pas mesurer à quel point Dieu nous manque, C'est du côté de Dieu, Il a gardé pour Lui ce secret-là. Il en souffre. Nous avons peut-être des circonstances atténuantes, c'est ce que nous pensons toujours, car par rapport à Dieu il y a toujours une sorte de procès en route et dans ce procès, nous pensons que nous serions bien défendus parce que nous avons des circonstances atténuantes. Si nous pensons bien malgré nous cette histoire de jugement, nous ne prenons pas le bon chemin. Il ne s'agit pas de bien ou mal juger la manière dont nous ne laissons pas la place à Dieu. C'est plus fort que nous. Nous sommes honnêtement préoccupés de nous et du monde et cette préoccupation mobilise notre énergie disponible, à moins d'avoir des vocations religieuses comme nous essayons de l'être, et même nous, qui devrions nous y consacrer au sens propre du terme plus de temps que vous, puisque nous sommes là pour cela. Rassurez-vous, nous avons les mêmes problèmes d'évitement de la chose divine. 

       Le carême ne consiste pas à réparer les brèches, à faire que le vase soit un peu plus acceptable. Il y a quelque chose d'autre qui va arriver, quelque chose de nouveau. Un homme nouveau, ce n'est pas l'homme ancien réparé. Un homme nouveau, c'est quelqu'un qui est passé par une expérience qui fait de lui un être nouveau. Cela ne consiste pas uniquement en ce que les choses se tiennent mieux dans ce qu'elles sont. Le prophète Isaïe a cette intuition de la Jérusalem nouvelle qui est à l'image de l'homme nouveau, qui va accueillir tous les peuples, qui va être ce lieu de délices où les remparts seront réparés et protégés, et à l'intérieur desquels le sabbat qui est le lieu et le moment de la rencontre avec Dieu, sera appelé "délices". Comme si on pouvait savoir à l'avance que nous sommes faits pour Lui, que nous n'y sommes pas encore, que nous ne sommes pas nés totalement encore à cette rencontre. Il faut accepter que ce soit pénible maintenant. Le jour où nous ne souffrirons plus de ne pas être en Dieu, ce sera le signe que nous avons tourné le dos, et cela devient grave. 

       Les premières valises que nous avons à laisser sur le quai du carême, ce n'est pas nous-même, nous ne pouvons pas avancer sans nous-même, mais c'est la manière dont nous sommes accaparés de nous-même, c'est le rapport que nous avons avec nous-même qui est lourd. Ce n'est pas nous qui sommes lourds, c'est la façon dont nous nous occupons de nous, de nos devoirs d'état, des autres etc … une sorte de souci qui ne nous rend pas plus efficace, mais qui nous alourdit, qui touche nos articulations profondes. Nous nous sommes reçus de Dieu, et il faudrait que nous ayons une sorte de détachement à l'intérieur de nous, par rapport à ce que nous sommes. C'est un travail de longue haleine que de larguer les amarres, il s'agit non pas simplement de nous "lâcher", comme on le dit souvent (je n'aime pas tellement cette expression car elle ne correspond à rien), mais il y a une désappropriation de nous, un souci de Dieu à la place du souci de nous. Ce qu'on nous demande, c'est de quitter ce lieu, ce nous-même, ce monde, nous-même, les autres, pour lever un peu les yeux en un simple mouvement. C'est l'apprentissage d'un mouvement, comme un danseur apprend à lever les yeux, à relever la tête, première esquisse du mouvement de la Résurrection. A quoi cela ressemblera quand nous serons ressuscités ? Nous avons à esquisser le mouvement qui nous y prépare.

       En ayant souci de Dieu, nous verrons les choses différemment, nous aurons une autre relation avec nous-même et avec les autres. Le détachement s'opère qui n'est pas une sorte de laisser-aller que l'on confond souvent dans la vie spirituelle, mais c'est une autre manière d'être qui n'est pas non plus un laxisme. Tout cela est une frontière délicate entre les choses contre lesquelles je ne peux pas lutter, mais mon souci de Dieu est plus fort que mon souci de perfection de moi-même, etc … Il faut essayer et comme tous les essais, c'est bordé d'échecs et de réussites. 

       Mais il y a une espérance joyeuse dans le carême qui est comme en sourdine. C'est comme quand on prépare un cadeau pour quelqu'un, quand on offre le cadeau, c'est nous-même qui sommes réjouis d'offrir. Il y a un cadeau préparatoire que nous nous préparons à donner à Dieu et que Dieu se prépare à nous donner. 

       Que ce carême soit ce chemin d'attente un peu fébrile et réelle de la rencontre avec notre Créateur et Sauveur. 

 

       AMEN 

 

 

 
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