AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'APPEL DE MATTHIEU : SUIS-MOI

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15

Samedi après les cendres – A

(7 mars 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Brienne-le-chateau : Saint Matthieu

L

 

a liturgie nous propose, au début de ce carême, cette page d'évangile qui est la vocation de l'apôtre saint Mathieu. Nous pourrions peut-être nous demander pourquoi l'Église nous propose ce genre de récit. Je crois qu'il y a une raison qui vient de la manière même dont Jésus a appelé cet homme. Il est passé près de lui et il lui a dit : "Viens et suis-moi." Ensuite il s'est avancé avec lui et il est allé dans sa maison. Et c'est là, au cours d'un repas, qu'Il a mangé avec des publicains et des pécheurs.

Notre carême doit être cela. C'est d'abord le moment où le Christ passe à nos côtés et nous dit : "Viens et suis-moi." Et à ce moment-là il ne s'agit peut-être pas tant d'une décision personnelle par laquelle nous répondrions, en connaissance de cause, parce qu'après tout Matthieu ne sait pas du tout où le Christ va l'emmener dans cette suite où il s'engage. Mais c'est simplement le fait de reconnaître cet appel et cette présence du Christ qui nous dit tout simplement : "Viens et suis-moi."

Et chose étonnante, l'endroit où il faut suivre le Christ, c'est précisément sa propre demeure. Et c'est là que ça devient un petit surprenant. Parce que le Christ n'a pas d'autre envie que d'investir complètement et totalement notre propre demeure, celle de notre cœur. Et quelles que soient les conditions de logement. C'est-à-dire que le Christ accepte que, dans cette demeure de notre cœur où Il veut être le convive, il y ait de temps en temps des choses qui soient un peu répréhensibles. Il accepte de manger avec les publicains et les pécheurs. Il nous accepte, dans sa miséricorde et dans son amour, même si nous sommes des pécheurs, même si nous ne sommes pas entièrement convertis. Et le carême a, au moins comme but et comme efficacité première de nous montrer qu'il faut nous défaire de certaines illusions. Trop souvent, nous pensons que le carême, cela va être le temps le plus extraordinaire de notre vie spirituelle et nous nous apercevons que, très souvent nous n'en ressortons pas tellement meilleurs que nous l'avions espéré au démarrage. Cela ne fait rien. Ce n'est pas l'idéal, mais ce n'est pas le plus grave. Parce que le Christ accepte malgré tout, malgré nos failles, et malgré nos lâchetés, le Christ accepte, chaque fois, de reprendre le dialogue et de nous ré-adresser à nouveau cette parole : "Viens et suis-moi !" Enfin, lorsque le Christ mange avec ces pécheurs, il y a de mauvaises réflexions qui peuvent naître. Le Christ répond alors : "C'est la miséricorde que je veux et non le sacrifice.", citant l'Écriture, et d'autre part : "Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs".

Ce temps de carême qui nous est offert, c'est d'abord un temps de conversion, au sens où il faut reconnaître, en toute vérité, que nous sommes des pécheurs. C'est là le premier moment et le moment essentiel et indispensable. Si le carême servait simplement à nous échafauder et à nous bâtir une sorte d'univers spirituel qui, pour ainsi dire, créerait un monde dans lequel on se sente à l'aise et conforme à la loi de Dieu, à ce moment-là ce serait peut-être une école d'hypocrisie. Mais il faut, au contraire que ce temps de carême soit le temps où nos yeux sont ouverts, pour voir, en toute réalité, et en toute lucidité cet état de pécheur. Et c'est seulement quand on l'a reconnu, qu'à ce moment-là, on peut se tourner vers le Seigneur et le supplier en lui demandant : "Seigneur, aie pitié de moi", et surtout lui rendre grâces parce que même si nous sommes pécheurs, Il est venu demeurer parmi nous.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public