AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉPOUX

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année A (7 mars 1984)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l est curieux de constater dans l'évangile à quel point finalement nous manquons de relief, de détails psychologiques pour approcher la per­sonne du Christ. Quand on parcourt les quatre histoi­res qui racontent la vie de Jésus de Nazareth, quelque chose de sa personne nous échappe incessamment. De fait, il n'y a pas tellement de "Moi, Je", le Christ parle toujours dans un cadre de relation, Il parle du Père, Il parle de l'Esprit. Et aujourd'hui nous avons entendu qu'Il se désignait Lui-même comme l'Époux, comme si le Fils de Dieu était sans arrêt en relation, en of­frande, nous dirions en oblation, dans tous les événe­ments qu'Il rencontre ou qu'Il suscite, tout au long de sa vie.

Qui est-Il Celui que le carême nous invite à suivre pas à pas, cette personne tout à la fois divine et humaine, éclatante de cette divinité puisque, dans la Transfiguration, Il s'est révélé aux apôtres comme étant Lui-même porteur de toute la plénitude de la divinité, et pourtant totalement homme, ayant faim, ayant soif, et s'arrêtant fatigué au bord du puits de la samaritaine ? Qui est-il Celui qui s'échappe devant nous, et qui pourtant résume en Lui toute cette huma­nité, toute cette expérience que nous vivons nous aussi ? Son nom est "JÉSUS". Son nom veut dire : "Je viens sauver ! Dieu sauve !" Mais son nom est aussi "Emmanuel" c'est-à-dire : "Je viens sauver car je suis avec vous, Emmanuel, avec vous, avec nous !" Non seulement je viens annoncer ce pardon, mais je vais l'endosser.

Qu'est-ce à dire ? Nous avons souvent nous, une relation de complicité avec le péché Et même lorsque nous entendons le péché de l'autre, de notre prochain, nous le comprenons par une certaine com­passion humaine, mais qui est le fruit d'une complicité du fait que nous sommes, nous aussi, pécheurs. Il y a en Christ quelque chose de radicalement différent face au péché, c'est qu'Il est radicalement étranger au péché, c'est-à-dire qu'Il ne peut pas comprendre cette racine de la mort qui est le péché volontaire, alors que nous, parce que nous le vivons, nous pouvons le com­prendre les uns pour les autres.

Quand le Christ dit qu'II est l'Époux, cela veut dire qu'Il est cette relation posée au milieu du péché de l'homme, endossant ce risque d'un amour mal vécu, d'un amour mal compris. Quand Il se désigne comme s'effaçant derrière sa mission, et c'est bien là le terme de l'Époux, quand Il se désigne comme un Époux, Il se désigne comme celui qui signe la plus extrême vulnérabilité face au péché. Ainsi son être même est "Celui qui s'offre", qui se perméabilise au péché de l'autre, non pas dans une compréhension de complicité comme celle que nous pouvons avoir, mais tout au contraire, Il se rend plus vulnérable afin d'ab­sorber le péché humain.

Et c'est pour cela que "Dieu sauve, Emma­nuel" ces deux noms de Jésus désignent cette effica­cité totale, radicale, permanente et éternelle du par­don. Car quand j'entends vos péchés, quand je dis mes péchés, rien ne peut nous sauver dans cet échange que nous avons l'un pour l'autre. Nous sommes simple­ment en train de nous ouvrir le cœur, d'essayer de nous consoler mutuellement des péchés qui nous as­saillent et qui nous abîment. Tout autre est la relation du Christ avec le péché, puisqu'Il vient de l'intérieur le revêt, comme l'épouser. Quand on dit que le Christ est époux de l'humanité, c'est qu'Il prend le risque de recevoir aussi les coups mêmes du péché qu'Il épouse, parce qu'II épouse l'humanité entière.

Et c'est pour cela que nous pouvons demander pardon au Christ. C'est parce que son pardon est im­médiatement efficace. Il est là comme celui qui ab­sorbe, efface, porte tout ce péché du monde. Et c'est pour cela que nous avons dans l'évangile des termes qui désignent le Christ comme dans une perpétuelle relation. Dans l'épître aux Hébreux il est écrit : "Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation, alors je suis venu pour sauver les hommes". Il est Celui qui se signe, qui est signé du pardon le plus efficace. Alors considérant le Christ Époux, époux de notre être et de notre être abîmé par le péché, laissons-nous rejoindre par Lui, laissons-nous convaincre de l'efficacité de son pardon. Et essayons d'effacer cette distance qu'il y a entre Lui et nous et qui est le véritable obstacle à ce que nous soyons vraiment pardonnés. Oui vraiment, Il est venu pour nous.

 

AMEN

 

 

 
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