AU FIL DES HOMELIES

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L'ART D'ACCOMMODER LES RESTES

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année C (20 février 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Avec d'humbles choses …

 

F

rères et sœurs, l'évangile que nous venons d'entendre s'ouvre sur l'appel de Matthieu, et c'est heureux que l'Église nous propose ce genre d'évangile au début du carême. Pourtant, je vais laisser l'appel de Matthieu de côté. Comme le dit le Christ ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin mais les malades. Là aussi cette phrase du Christ s'inscrit parfaitement dans le début d'une démarche de carême par le fait que nous avons à nous reconnaître malade et que c'est par le fait que nous nous reconnaissons malade que nous découvrons que nous avons besoin du médecin, c'est-à-dire du Christ, pour qu'il vienne nous guérir.

Pourtant, là aussi, je laisserai de côté cette image et je voudrais m'attacher à l'aspect plus général de l'évangile de ce jour en partant sur une constatation qui pourrait vous paraître un peu bizarre. Généralement, vous le savez comme moi, le carême s'accompagne du jeûne. D'ailleurs, l'évangile finit par une réflexion sur le jeûne : les disciples de Jean-Baptiste viennent voir Jésus et disent : "Pourquoi est-ce que nous nous jeûnons et que tes disciples ne jeûnent pas ?" Jésus explique le sens du jeûne, la présence de l'Époux, son absence, etc …

Mais j'aurais voulu vous faire réfléchir sur un autre aspect du carême à partir du simple fait que dans l'évangile il ne nous est pas spécifié que Jésus attend que Matthieu se soit reconnu pécheur et converti pour qu'il le suive. Nous pensons quelquefois que pour suivre Jésus, il faut déjà faire table rase, il faut faire le ménage, et une fois qu'on sera tout "bien comme il faut", Jésus nous appellera. En fait, le Christ, n'attend pas que Matthieu se soit converti pour l'appeler. D'ailleurs, il ne lui dit pas : "Convertis-toi", mais "suis-moi !" C'est une première chose.

La deuxième chose, c'est encore une réflexion par rapport à la cuisine, et vous allez voir où je veux en venir. Je ne sais pas si vous le savez, mais les plus grands cuisiniers ne sont pas dans les grands restaurants, les plus grands cuisiniers, ce sont les mamans et peut-être les mamys, je ne sais pas, ce sont les mamans, pourquoi ? Parce qu'elles ont l'art d'accommoder les restes. Là aussi, le Christ n'attend pas de faire table rase, ne choisit pas des ingrédients parfaits qui ont du goût, des couleurs pour faire la grande cuisine de l'Église des sauvés, des baptisés, l'Église de ceux qui sont appelés les apôtres, il fait avec ce qu'il a, il fait avec les restes. Je cois que c'est cela le carême. Nous aurions tort d'imaginer que le carême consiste à faire table rase de tous les restes qui sont dans les coins de notre âme et dans notre cœur, et dont nous ne savons pas que faire et qui pourrissent un peu au fin fond du réfrigérateur. En fait, le Christ est un grand cuisinier, il arrive au cœur du monde, il arrive au cœur d'Israël, et il prend les ingrédients qu'il a sous la main : Matthieu, Pierre et compagnie … Et c'est avec cela qu'il va faire l'Église.

Je crois que le carême auquel nous sommes invités maintenant, c'est la même chose. Nous avons comme le Christ à Matthieu, à dire à tout ce qui ne va pas, nos péchés, les restes, à dire : toi suis-moi et à accommoder les restes avec la grâce de Dieu, la grâce de sacrements, et avec l'aide de la communauté que nous formons les uns avec les autres.

Frères et sœurs, que ce temps du carême soit pour nous l'occasion de jeûner, bien sûr, mais non pas nécessairement en se privant de nourriture, mais en accommodant les restes. Vous le savez aussi, on est toujours surpris de découvrir qu'il y a des plats extrêmement juteux et savoureux que nous pouvons réaliser avec les restes. C'est aussi ce que nous pourrons découvrir à la fin de notre carême, que ce que nous sommes, nous l'avons offert au grand cuisinier qui est le Seigneur, et que là encore, il a su faire des choses très belles de ce que nous sommes.

 

AMEN

 

 

 
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