AU FIL DES HOMELIES

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L'APPEL DE MATTHIEU LE PUBLICAIN

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année B (16 février 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

aurent, Sylvain, Sandrine, vous allez donc aujourd'hui, pour la première fois, participer pleinement à ce repas de Jésus qu'est l'eucha­ristie. Nous venons justement de lire d'un repas de Jésus avec ses disciples. C'est l'appel que Jésus adresse à Matthieu, celui qui a écrit le premier évan­gile. Matthieu était assis au bureau des douanes. A cette époque ceux qui récoltaient les impôts n'étaient pas des fonctionnaires qui appliquaient des tarifs pré­vus par le gouvernement. Cette perception des impôts ressemblait plutôt à un racket et ces publicains étaient des petits gangsters. C'est donc à un petit gangster que Jésus s'adresse quand Il dit à Matthieu : "Viens et suis-Moi !" Cela nous explique la suite car Jésus est invité par Matthieu qui, avant de suivre Jésus, donne un repas d'adieu à ses collègues de travail, par consé­quent à toutes sortes de petits gangsters comme lui. Et c'est avec eux que Jésus va prendre son repas avec ses disciples. Ceci est très important.

L'eucharistie, ce repas que nous allons pren­dre ensemble, c'est la suite de tous les repas que Jésus a pris quand Il était sur la terre. Bien sûr le plus im­portant c'est celui ou, avant de mourir, Jésus a pris du pain en disant : "Prenez et mangez, ceci est mon corps" où Il a pris du vin en disant : "Prenez et buvez, ceci est mon sang ! Faites ceci en mémoire de Moi !" Et c'est ce que nous allons refaire. Mais nous pensons aussi à tous ces repas de Jésus qui, d'une certaine ma­nière sont rassemblés dans la Messe que nous célé­brons. En ce jour, l'évangile nous parle des repas que Jésus prenait avec les pécheurs, avec des gens "pas bien du tout". C'est curieux ! Au lieu de prendre uni­quement des repas avec des gens convenables, des gens honnêtes, des gens très bien, des gens pieux, Jésus prenait aussi des repas avec les pécheurs. Et cela est très important.

Nous tous qui sommes ici, ce n'est pas parce que nous sommes chrétiens, ce n'est pas parce que nous nous sommes convertis, ce n'est pas parce que nous sommes confessés que nous sommes aussi purs qu'un enfant qui vient de naître. Nous sommes tous, quand même de vrais pécheurs, des pécheurs pardon­nés, je l'espère, mais des pécheurs qui viennent ici pauvres, humbles, un peu misérables, finalement pas tellement différents de ces gangsters ou petits voleurs assis avec Jésus chez Matthieu. Et Jésus a voulu man­ger avec les pécheurs pour faire comprendre à tous ceux qui sont pécheurs qu'Il les appelle, qu'Il les at­tend, qu'Il les reçoit, qu'Il leur pardonne, qu'Il veut partager avec eux sa vie, son repas, son amour. Jésus ne s'adresse pas aux "gens bien", Jésus ne s'adresse pas uniquement aux gens qui ont fait des efforts, aux gens qui ont converti leur cœur, aux gens qui sont parfaits, ça n'existe pas, les gens parfaits, aucun d'en­tre nous n'est parfait. Et vous-mêmes vous êtes bien loin d'être parfaits, vous avez tout plein de défauts et sûrement hier ou avant-hier vous avez boudé, fait la tête, vous vous êtres mis en colère, vous vous êtes battus ou vous avez refusé un service. Nous avons tous des tas de défauts, de péchés. Et Jésus n'attend pas que nous soyons des saints pour nous donner la première communion, sans cela Il attendrait long­temps et vous auriez probablement la barbe avant d'avoir pu faire votre première communion et encore ce n'est pas sûr. Jésus n'attend pas que nous soyons des saints. Jésus vient en nous à condition que nous tournions notre cœur vers Lui, que nous l'appelions au secours, que nous lui demandions de transformer no­tre cœur. Mais Jésus sait que c'est long de transformer notre cœur et Il vient en nous pour marcher avec nous et petit à petit nous faire comprendre que c'est bien plus beau, bien plus grand, qu'on est bien plus heu­reux avec Lui qu'en faisant ce qui nous plaît, en fai­sant ces péchés qui nous replient sur nous-même. Jésus vient nous prendre par la main précisément pour nous apprendre où est le vrai bonheur. La communion que vous allez recevoir, pécheurs comme vous l'êtes et pécheurs que nous sommes tous, est le moyen qu'a Jésus pour nous faire découvrir que c'est l'amour qui nous rend heureux, l'amour qui nous sort de nous-même, qui nous sort de nos péchés. Un péché c'est refuser d'aimer, c'est que nous nous replions sur nous-même, c'est que nous n'ouvrons pas notre cœur a l'amour de Dieu et des autres. Mais Jésus vient nous chercher pour qu'en partageant son corps et son sang nous soyons un petit peu moins pécheurs qu'avant, un peu plus sanctifiés, et petit à petit nous devenions ses amis, ses disciples.

Alors nous venons à la communion humble­ment, pauvrement et non glorieux en disant : Moi je suis mieux que les autres, la preuve c'est que je vais à la Messe, c'est que je communie. Non, nous sommes tous pauvres et nous venons parce que Jésus aime les pauvres et veut nous faire découvrir son amour. C'est cela que nous allons vivre tous ensemble avec Lau­rent, avec Sylvain, avec Sandrine car si ce sont des pauvres et des pécheurs, nous alors bien davantage avec toutes les années qui se sont accumulées et tous les manques d'amour qui ont marqué notre cœur. Mais nous venons ici pour boire à la Source, pour ren­contrer le Christ, pour être remplis de sa vie et pour cesser d'être pauvres et malheureux. Réjouissons-nous tous car le Christ nous sauve comme Il a sauvé Mat­thieu et n'a pas peur d'être l'ami des pauvres et des pécheurs que nous sommes.

 

 

AMEN

 

 
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