AU FIL DES HOMELIES

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C'EST LA MISÉRICORDE QUE JE VEUX

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année A (27 février 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


C

omme Matthieu le publicain, c'est-à-dire un homme qui exerçait un métier méprisable et pas extrêmement honnête, comme tous ces publicains et ces pécheurs que Matthieu a rassemblés pour un repas d'adieu, avant de les quitter pour suivre le Christ, nous sommes nous aussi des pécheurs invi­tés à la table du Seigneur Jésus. Nous ne sommes pas là parce que nous serions meilleurs que les autres, nous ne sommes pas là parce que nous avons davan­tage de mérites à faire valoir, nous sommes là, au contraire, pour cette eucharistie, parce que nous sommes conscients d'être des pécheurs et d'avoir be­soin de ce salut que le Christ est venu apporter non pas à ceux qui se croient bien portants, mais à ceux qui savent qu'ils sont malades. Non pas que nous de­vions nous rendre malades exprès pour recourir au médecin, mais malades, nous le sommes et ce qui est important c'est que nous le sachions pour que nous puissions venir auprès du Christ.

A ce propos, le Christ cite le prophète Osée : "C'est la miséricorde que Je veux et non les sacrifi­ces!" Osée exhortait ainsi ses compatriotes, ses concitoyens : "Appliquons nous à connaître le Sei­gneur. Sa venue est certaine comme l'aurore. Il vien­dra pour nous comme l'ondée, comme la pluie de printemps qui arrose la terre. Que ferai-je de toi Éphraïm ? s'écrie le Seigneur. Que te ferai-je Juda car votre amour est comme une nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe. C'est pourquoi les paroles de ma bouche vous ont taillés en pièces par les prophètes. Mais mon jugement va surgir comme la lumière car c'est la miséricorde qui me plaît, c'est la miséricorde que Je veux, la miséricorde dans laquelle Je me complais, et non les sacrifices."

Comme les compatriotes d'Osée, comme ses contemporains, comme les juifs de l'Ancien Testa­ment, comme les fidèles de toutes les religions, nous avons tendance à nous fier aux sacrifices, qu'il s'agisse des sacrifices rituels que nous offrons, le sa­crifice liturgique, le sacrifice de la messe auquel nous assistons, ou bien ces sacrifices au sens plus subjectif, plus faible aussi, que nous offrons ou que nous es­sayons d'offrir tant bien que mal au cours de ce ca­rême, nous avons tendance à nous fier à ces sacrifices c'est-à-dire à ces observances, à ces commandements, à ces accomplissements que nous faisons avec toute notre bonne volonté. Nous avons tendance à croire que c'est cela qui nous sauve. Et bien non, le Seigneur nous prévient. Ces sacrifices, s'ils ne sont que des gestes, s'ils ne sont que des pratiques, s'ils ne sont que des observances, n'ont pas de valeur. "C'est la miséri­corde que Je veux, que j'aime, dans laquelle Je me complais" dit le Seigneur, "et non vos sacrifices." Vos sacrifices n'ont de sens que s'ils sont l'expression de la miséricorde.

La miséricorde que vous devez avoir dans votre cœur, à l'égard de vos frères. Il faut que tu ras­sasies l'affamé et que tu délivres celui qui est op­primé. Voilà la miséricorde que nous devons exercer mais plus profondément encore la miséricorde dont nous sommes nous-mêmes l'objet, cette miséricorde que le Seigneur a à notre égard. Nos sacrifices et la miséricorde que nous exerçons à l'égard des autres n'ont de sens que si nous sommes d'abord nous-mê­mes objet de miséricorde, si nous nous plaçons nous-mêmes sous la miséricorde du Seigneur. Et c'est en ce sens que nous devons nous reconnaître pécheurs, que nous devons savoir que nous avons besoin de la misé­ricorde de Dieu, que nous devons nous situer sous cette miséricorde qui viendra nous arroser comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas.

"Oui, le Seigneur vient à nous comme l'ondée, comme la pluie du printemps qui féconde la terre. Sa venue est certaine comme l'aurore". La miséricorde de Dieu n'est pas quelque chose de hasardeux dont nous devrions essayer de conquérir le bienfait. La miséricorde de Dieu, elle est certaine. Elle se lève pour nous tous les matins, mais ce qui manque à cette miséricorde de Dieu c'est que nous sachions que nous en avons besoin. C'est pourquoi nous devons, comme Matthieu, comme le publicain, nous reconnaître pé­cheur et inviter le Seigneur à notre table. Nous devons demander au Seigneur de nous faire miséricorde, c'est-à-dire nous prendre dans l'immensité de cet amour qui pardonne, de cet amour qui répare, de cet amour qui restaure. Nous avons d'abord besoin d'être reconstruits, d'être ressuscités, d'être renouvelés, d'être restructurés, car la réalité de notre vie c'est qu'elle est en ruines, abîmée, détruite par notre péché. Et nous avons besoin de la restauration que Dieu nous apporte par sa miséricorde. Nous devons être des êtres de miséricordes, pétris fondamentalement par la misé­ricorde de Dieu, car nous ne tenons debout que par la miséricorde de Dieu, que par cet amour bienveillant, cet amour qui pardonne, cet amour qui vient vers nous, cet amour dont nous ne pouvons pas nous pas­ser.

Nous sommes pauvres, nous devons nous re­connaître comme pauvres. C'est là notre vraie gran­deur de savoir que nous ne sommes rien, de savoir que nous sommes misérables de savoir que, par nous-mêmes, nous ne sommes capables de rien. Et l'orgueil est le pire de tous les péchés parce qu'il nous aveugle sur nous-mêmes, sur notre vérité et il déforme cela-même que nous sommes, c'est-à-dire des pauvres Mais si comme Matthieu, comme ces publicains, dont le Christ dit qu'ils nous précèdent dans le Royaume des cieux, si nous savons reconnaître notre péché, nous savons reconnaître que nous sommes entière­ment remplis de la miséricorde de Dieu, alors cette miséricorde qui remplit notre cœur, débordera de no­tre cœur en miséricorde pour tous ceux qui nous en­tourent. Et nous saurons comme des malades, aider et guérir les malades qui nous entourent, non pas du haut de notre sainteté, mais à partir de notre propre pauvreté.

Venons à cette eucharistie comme des men­diants afin d'être rassasiés et de pouvoir partager avec nos frères qui sont, eux aussi, mendiants de bonheur.

 

 

AMEN

 

 
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