AU FIL DES HOMELIES

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LE REPAS AVEC LES PÉCHEURS

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année B (11 mars 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

ésus en aura entendu des reproches tout au long de sa vie, et en voilà encore un, comme quoi, il ne suffit pas d'être telle ou telle personne ou tel ou tel moine apostolique pour entendre des reproches, puisque le Maître lui-même s'entend dire qu'il mange avec les pécheurs. Oui, manger avec les pécheurs. Je crois que les deux termes sont importants : "manger" et "avec les pécheurs". Il nous faudrait tout de suite saisir qu'aujourd'hui quand nous célébrons l'Eucharis­tie, mais je ne veux jeter le discrédit sur personne, c'est avec des pécheurs, nous tous, que Jésus vient manger. C'est avec des pécheurs que Jésus se met à table et nous sert. C'est pour des pécheurs que Jésus se fait nourriture. Alors, à moins d'être pharisien, et de reprocher nous aussi, aujourd'hui, à Jésus de man­ger avec les pécheurs, autant quitter notre assemblée tout de suite.

Manger avec des pécheurs, si c'est notre eu­charistie, nous devrions le saisir aujourd'hui, si Jésus avait à prendre un repas ordinaire dans notre monde quotidien, continuerait-il à manger avec les pécheurs ? Certes, oui, mais de quelle façon ? Irait-il au Macdo, où l'on est pressé de prendre sa commande, ou le cheeseburger n'arrive qu'après les frites, et il faut en­core se déplacer, et où le temps est compté pour que le nombre le plus important de clients puissent oc­cuper la table, il ne s'agit pas tant de manger que de se nourrir tout en ayant l'illusion d'une famille, puisque les enfants sont occupés entre les ballons et les jeux à l'extérieur pour qu'ils ne cassent pas les pieds à des adultes qui n'ont d'ailleurs plus rien à se dire ! Jésus aurait certainement du mal à trouver sa place à ce niveau-là. Serait-il encore invité dans nos familles, prendrait-il le plateau repas devant Claire Chazal ? Comme il est Seigneur, peut-être aurait-il eu à discu­ter sur "rendons à Jospin ce qui est à Jospin" ou en­core avec Alain Gilot-Pétré sur le figuier qui fleurit ... Toujours est-il que l'annonce de gens qui ne s'écou­tent même plus et qui mangent là aussi très vite en se nourrissant d'une nourriture, il faut l'avouer, parfois plus insipide de la télévision, Jésus mangerait certai­nement avec des pécheurs, mais ça n'aurait pas la même répercussion.

Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement que si cela a choqué les gens de l'époque, que Jésus mange avec des pécheurs, c'est parce que dans l'anti­quité comme dans le judaïsme, le repas ne s'improvise pas. Tout repas est un rite, tout repas est une liturgie. Il y a non seulement des règles mais aussi une mé­moire profonde de ce qui est accompli, et à travers ce simple geste de se nourrir quotidiennement, il y a un regard et un sens qui est donné à cet acte qui se rap­porte directement aux bienfaits de Dieu, à sa bénédic­tion et à sa présence dans le quotidien, dans les gestes les plus ordinaires, et dans un geste aussi capital que de prendre son repas. Et le repas ne se prend pas tout seul, mais il se prend en commun, avec des convives, avec des gens invités, avec des gens qui ont des cho­ses à se dire et à partager. Un repas qui est capable d'être signe comme cela existait au temps de Jésus, une sorte de repas de confrérie, où l'on se reconnaît les uns les autres, où l'on estime chacun à sa place, non pas d'abord pour juger, mais pour que chacun puisse justement être bien là où il est, c'est l'histoire aussi de la première et de la dernière place. Seule­ment, dans ce contexte-là, tout le monde prend son repas, pas simplement les pharisiens, les prêtres, les gens bien sous tout rapport, mais aussi les pécheurs, et eux avaient plus de mal, et leur confrérie s'était retournée de manière négative en une sorte de repas qui ne pouvait rassembler non pas seulement des principes ou des règles établies d'après le temple ou le culte, mais seulement d'après le destin qui leur était commun. Un destin de pauvreté, un destin qui était marqué par le péché, un destin qui était marqué par la fragilité humaine. Et c'est là que Jésus vient et mange avec des pécheurs.

Cela signifie d'abord que pour qu'il y ait un repas où même les pécheurs ont leur mot à dire, il faut qu'il y ait accueil, écoute, invitation et appel à aller plus loin dans ce repas. "Viens et suis-moi !" et c'est Jésus qui suit Matthieu, et il appelle Matthieu bien au-delà de son marché.

Alors, frères et sœurs, que notre eucharistie aujourd'hui ait ce même sens. L'eucharistie n'est pas le fast-food de la consommation d'une hostie consa­crée, et c'est dommage, parce qu'ils ne viendront qu'après l'homélie, on ne devrait pas communier si on arrive alors que la Parole de Dieu a déjà été célébrée, on se nourrit, on accueille, on écoute, on est invité par Jésus. On n'arrive pas à un repas comme un voleur, comme un violeur. Nos eucharisties ne doivent plus être ces espèces de distributeurs automatiques où nous ferions notre propre sanctification individuelle, mais c'est un appel à des pécheurs. Et c'est pour cette raison que l'eucharistie, dès le début, en chantant le Kyrie eleison, reconnaît notre assemblée comme pécheurs et Jésus comme seul salut. Ecoute la Parole du Salut où nous nous reconnaissons justement passant de la mort à la vie, et enfin pouvant communier, participer plei­nement à ce repas parce que Jésus n'est pas venu ap­peler les justes, mais les pécheurs. Encore faudrait-il en avoir conscience, encore faudrait-il que nos eucha­risties le signifient, encore faudrait-il que les chré­tiens, puisque la place est aux laïcs, en soient désor­mais vraiment porteurs.

 

 

AMEN

 

 
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