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LE JEÛNE QUI PLAÎT AU SEIGNEUR

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année C 3 mars 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans les textes que nous venons d'entendre frères et sœurs, deux thèmes essentiels pour le carême. Tout d'abord l'appel des pécheurs : c'est un pécheur, un publicain, que Jésus choisit dans la personne de Matthieu pour être un de ses apôtres. Quand Matthieu va suivre Jésus, il l'invite à table chez lui, et Jésus ne craint pas de prendre son repas avec des publicains et des pécheurs. Que cela scanda­lise les pharisiens importe peu, nous savons nous aussi que c'est comme pécheurs que nous venons prendre notre repas avec le Christ. Le Christ nous reçoit dans notre pauvreté, dans notre misère, pour transfigurer par sa présence cette pauvreté, cette mi­sère, pour faire de nous des ressuscités et qu'au-delà de notre péché, nous entrions dans la joie du Seigneur de la Vie, du Seigneur qui nous transforme et nous transfigure.

C'est tout le sens de notre carême. Nous ne venons pas ici forts de nos vertus, de nos perfor­mances, nous venons ici parce que nous sommes pau­vres et misérables, et c'est du fond de notre misère que nous nous approchons du Seigneur, parce qu'il est le Sauveur, parce qu'il est le Salut, parce qu'il est celui qui peut transformer notre péché, notre vie de pécheur pour en faire une vie selon son amour, comme Il l'a fait pour Matthieu et pour les publicains dont Il nous dit "qu'ils précéderont les justes", ou ceux qui se croient tels, dans le Royaume des cieux. Voilà déjà tout un programme pour notre carême, non pas de venir vers le Seigneur forts de ce que nous croirions être nos mérites, mais venir pour être guéris. "Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs". Pourquoi ? parce que ce qui est au cœur de l'évangile ce n'est pas l'auto-justification mais la miséricorde, c'est-à-dire cette plénitude de pardon que le Seigneur nous donne et qui de pécheur que nous sommes nous fait vraiment disciples et pourquoi pas apôtres, comme Matthieu.

Puis, le deuxième thème abordé aussi bien dans l'évangile que dans le texte d'Isaïe, c'est le thème du jeûne. Jésus nous donne le vrai sens du jeûne : on ne jeûne pas pour se faire du mal, ou pour brimer son corps, ou pour être triste et malheureux, on jeûne quand l'Epoux nous est enlevé. Quand nous vivons loin du Seigneur et quand nous aspirons à rencontrer le Seigneur, le jeûne c'est ce vide intérieur qui vient de ce que nous ne sommes pas encore avec le Sei­gneur en sa présence. "C'est quand l'Epoux leur sera enlevé, dit Jésus, que les disciples jeûneront". Ce jeûne n'est donc pas d'abord d'ordre ascétique ou mo­ral, ou encore, ce n'est pas d'ordre disciplinaire, mais ce jeûne a un sens théologique spirituel. C'est parce que nous sommes en attente du Christ, c'est parce que nous allons vers Lui, c'est parce que nous ne sommes pas encore parvenus en sa présence que nous jeûnons, car le jeûne est l'expression de notre désir, de notre soif, de tout ce qui en nous doit nous conduire à la rencontre du Christ.

C'est pourquoi selon Isaïe, le jeûne ne sera pas simplement d'affliger notre corps mais le jeûne ce sera de partager avec celui qui a faim, pour avancer avec lui vers la plénitude de la joie. "Si tu te prives pour l'affamé, si tu rassasies l'opprimé, alors ta lumière se lèvera". Ici encore, le jeûne est entièrement orienté vers l'avènement de la lumière, vers l'avènement du Christ. Le Christ nous conduit, il va dans les lieux arides pour être déjà celui qui nous rassasie et nous donne vigueur, et tout le but du carême est d'aller vers cette source d'eau vive, et c'est d'entrer dans ce Paradis, ce jardin arrosé, dont les eaux ne tarissent pas. Nous sommes invités par le carême à marcher vers la joie et la présence de Dieu, à marcher vers ce qui peut nous combler et nous transformer, nous transfigurer. C'est Pâques qui donne tout son sens au carême, cette fête de Pâques où nous serons plus proches de Dieu, plus remplis de sa pré­sence, plus vivifiés par cette eau jaillissante qui vient de son cœur et qui veut nous abreuver et nous remplir.

Alors, frères et sœurs, nous comprenons pourquoi, mercredi dernier en parlant du jeûne, Jésus nous disait : "ne prenez pas une figure triste, ne don­nez pas l'impression de vous mortifier, mais si vous jeûnez, parfumez-vous la tête", parce que ce jeûne va vers la plénitude, parce que ce vide qui est celui du désir nous conduit au Seigneur qui peut nous combler. Il faut que ce chemin du carême soit un chemin de joie et d'allégresse, un chemin vers le Seigneur, sur lequel le Seigneur nous guide déjà et se fait déjà notre nourriture, la nourriture du chemin, en attendant d'être la nourriture de la Terre Promise.

 

 

AMEN