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LA MISÉRICORDE EST AU CENTRE DE L'ÉGLISE

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année A (16 février 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est la miséricorde que Je veux et non le sacrifice". Jésus reprend ces paroles du prophète Osée, et c'est l'écho de toute la prédication prophétique. Le texte d'Isaïe que nous entendions tout à l'heure ne nous dit-il pas : "Si tu rassasies l'opprimé, si tu te prives pour l'affamé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres". Et hier, le début de ce texte que nous lisions nous faisait dire au Seigneur "Vos jeûnes me sont en horreur, quand vous jeûnez, je détourne le visage". Cette parole, c'est l'opposition entre un culte tout extérieur, symbolisé par les sacrifices du Temple, cet immense nombre de taureaux, de boucs, qui sont immolés sur l'autel du Temple, l'opposition entre ce culte tout extérieur et puis le culte du cœur que Jésus résume dans la miséricorde.

La miséricorde, c'est-à-dire l'attention au pauvre, mais aussi au pécheur, à celui dont on se détourne parce qu'il n'est pas conforme à la Loi. Et Jésus va mettre en pratique ce qu'il vient d'affirmer : "Ce n'est pas le sacrifice que je veux, c'est la miséricorde", en instaurant cette miséricorde au centre même de son Eglise, de ce premier noyau de l'Eglise qui va être constitué par les douze, ceux que nous appelons les apôtres, appelant Matthieu à faire partie du nombre des douze. Matthieu qui était au bureau de la douane, et nous savons qu'à l'époque de Jésus, les douaniers, les collecteurs d'impôts n'étaient pas comme aujourd'hui des fonctionnaires honnêtes, mais c'était plutôt l'organisation d'une sorte de racket, donc, Jésus appelle un pécheur public que tout le monde montre du doigt, comme un malhonnête homme, nous dirions aujourd'hui un voyou, Il l'appelle pour faire partie des douze sur lesquels Il va fonder son Eglise. Plus encore, quand Matthieu invite chez lui des publicains, c'est-à-dire des pécheurs, du milieu mal famé qui était le sien, il les invite à manger, et Jésus va avec ses disciples, partager le repas de ces publicains et de ces pécheurs, se mettre à table avec eux, partager non seulement la nourriture, mais l'amitié. Jésus se dit donc l'ami des pauvres et des pécheurs. C'est pourquoi Il suscitera la haine des pharisiens qui se croient justes, qui estiment que l'observance de la Loi seule peut justifier, et que Jésus n'est qu'un glouton, un ivrogne, même dira-t-on, parce qu'il se commet avec des gens mal famés. Il faut que nous comprenions que si nous voulons entrer dans l'évangile, il faut reconnaître que nous ne sommes pas des justes, malgré nos illusions, malgré certaines apparences, malgré le regard peut-être trop bienveillant que nous avons sur nous-mêmes ou qu'on a sur nous, nous ne sommes pas des justes. Nous sommes beaucoup plus proches de ces publicains et de ces pécheurs que nous ne le croyons, et c'est la raison pour laquelle Jésus vient nous sauver. C'est dans la mesure où nous reconnaissons notre péché, notre faiblesse, que nous pouvons demander au Seigneur, de nous sauver, car comme le disait Maurice Clavel : "Pour recevoir miséricorde, il faut d'abord se reconnaître misérable". C'est dans la mesure où nous savons que nous sommes pécheurs, où nous reconnaissons tout ce qu'il y a en nous de manque, de pauvreté, de défauts, que nous pouvons appeler au secours et recevoir ce secours, être arrachés à notre pauvreté pour être comblés de la miséricorde de Dieu. "Je ne suis pas venu appeler les justes, dit Jésus, mais les pécheurs". Et c'est pourquoi Il se sert d'un pécheur comme Matthieu pour appeler les pécheurs. C'est pourquoi Il se sert de nous, pécheurs, pour être les témoins de sa miséricorde, car il n'y a pas d'autre réalité dans l'évangile que ce salut des pécheurs que nous sommes tous, quoi que nous en pensions, et c'est uniquement dans la mesure où nous comprendrons que c'est par pure grâce que Dieu nous sauve, parce que nous n'avons pas de mérites à faire valoir, que nous pourrons entrer avec Matthieu à ce repas, à ce festin où sont invités les pécheurs repentants, ce festin de l'Eucharistie que nous allons partager maintenant, comme ces pauvres que nous sommes et que Jésus invite.

 

 

AMEN