AU FIL DES HOMELIES

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LE PARTAGE D'UN REPAS

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année A (9 février 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, beaucoup d'entre nous ont devant les yeux le célèbre et admirable tableau du Caravage sur cette vocation de Matthieu qui se trouve à Rome, dans l'église Saint Louis des Français et nous voyons la stupeur, la surprise de cet homme Matthieu, un publicain, c'est-à-dire quelqu'un chargé de ramasser les impôts, mais non pas un fonctionnaire comme aujourd'hui, plutôt un homme de main comme dans la maffia, quelqu'un qui est chargé de pressurer les autres pour obtenir le maximum pour lui-même et pour son patrons, donc cet homme qui est là au milieu de piles de pièces de monnaie avec quelques-uns de ses acolytes, un homme donc enfermé dans ses problèmes d'argent jusqu'au cou, d'ailleurs méprisé et haï par la population juive qui était victime de ses agissements, et cet homme voilà que le prophète qui passe par là tend vers lui la main et l'appelle. Il est remarquable que dans l'évangile de saint Matthieu qu'il a écrit lui-même, il se nomme en toutes lettres pour bien manifester de quel abîme il a été pris, tandis que dans l'évangile de saint Luc, dans la même scène, peut-être pour ne pas mettre en cause un apôtre, lui donne le surnom de Lévi. Toujours est-il qu'il s'agit bien de Matthieu qui écrira le premier évangile, et que Jésus l'a appelé du milieu de sa vie de pécheur, de sa vie profondément compromise avec le mal, Il l'a appelé pour être non seulement son disciple mais un des douze.

C'est tout un programme pour le royaume nouveau, Dieu n'appelle pas les justes mais les pécheurs, et c'est ce qu'il va dire tout de suite aux pharisiens qui lui reprochent d'aller manger chez Matthieu pour le repas que celui-là offre à ses condisciples, ceux qui comme lui mènent une vie de péché, Jésus est là au milieu d'eux. Il n'est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.

Le programme de Dieu, c'est de nous appeler à la convivialité avec lui, c'est-à-dire au partage de sa vie. Et la convivialité, c'est d'abord une commensalité, c'est-à-dire le partage de la table car les hommes partagent leur repas les uns avec les autres dans une communion non seulement de la nourriture mais des cœurs. Partager son repas avec quelqu'un c'est l'inviter à sa table, c'est ouvrir son cœur, partager aussi les pensées profondes que nous portons en nous-mêmes. C'est tout le propos de Dieu de partager avec nous sa vie dans toute sa profondeur, de partager avec nous toutes ses pensées, ses désirs, et le manifester par ce repas commun. Bien sûr ce repas c'est celui que nous sommes en train de vivre, c'est cette eucharistie où nous mangeons avec le Christ où le Christ nous donne sa propre chair à manger, ce repas qui est le commencement du repas de la béatitude dont nous parle l'Apocalypse où nous serons invités au festin des noces de l'Agneau. C'est cela le paradis, c'est cela la vie éternelle, un repas de fête avec tous les amis de l'Agneau qui se réjouissent de ces noces, c'est-à-dire de cet amour infini qui l'unit à l'humanité tout entière.

Ce n'est pas en vertu de nos qualités que nous sommes invités à ce repas, c'est gratuitement, et nous ne nous faisons pas d'illusion, nous ne venons pas communier parce que nous sommes des saints, nous venons communier parce que nous sommes des pécheurs qui ont besoin de cette nourriture pour pouvoir précisément surgir de leur péché et répondre à l'appel de Dieu qui s'adresse à ces malades que nous sommes et non pas aux gens bien portants qui d'ailleurs se font illusion sur leur santé, à ce repas auquel nous sommes invités pour partager la joie des noces avec le Seigneur Jésus.

 

AMEN

 

 

 

 
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