AU FIL DES HOMELIES

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LE DOIGT !

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année B (25 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Reconstruire les ponts (Belcastel)

F

rères et sœurs, cela fait partie de l'éducation, on explique aux enfants que c'est mal poli de montrer quelqu'un du doigt. Non seulement montrer du doigt c'est mal poli, mais il faut reconnaître qu'en terme de justice, quand on montre du doigt l'accusé, c'est généralement pour le retirer de la société, le dévier, le montrer en tant qu'autre, différent, le montrer à la vindicte populaire et de ce fait, le sortir de la société.

Montrer du doigt c'est donc désigner un coupable, c'est couper tous les ponts avec cette personne, c'est la rejeter. Or, il n'en a pas été toujours ainsi. Au début de la Genèse, lorsque Dieu créa la terre et le ciel, et qu'il créa l'homme, comme l'a montré Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine, c'est du doigt de Dieu au doigt de l'homme que ce pont, cette communion, que cette création, que ce don de l'Esprit s'est fait. La communion est la propagation de l'image de Dieu, dans le texte, je sais, cela se fait par le souffle, mais chez Michel-Ange, cela se fait par le contact de ce doigt.

Le Caravage, l'avait très bien compris, puisque lors de cette scène que l'on pourrait qualifier inaugurale à Saint Louis des Français, dans cette chapelle consacrée à saint Matthieu, il y a le Christ qui montre du doigt, quelqu'un qui est dans l'ombre, même plusieurs personnes, à tel point qu'au début, on a toujours du mal à voir qui dans le groupe est Matthieu. Le Christ se tient dans la lumière et son doigt n'est pas là pour juger, pour rejeter, le doigt du Christ refait le même geste que le doigt du Père aux origines, c'est un geste de recréation. Le Christ comme le dit la première lecture est réparateur de brèches. Il vient comme pour jeter un pont par cette main, par ce doigt qui désigne un homme, afin que du fond des ténèbres, cet homme puisse sortir à la lumière et à nouveau le doigt de l'homme puisse toucher le doigt de Dieu.

C'est la raison pour laquelle ce récit se continue par un repas et se termine par cette phrase du Christ : "Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs". Non pas que Dieu se désintéresse des justes, non pas que Dieu n'ait pas envie de rencontrer les justes, non pas que Dieu passerait par-dessus les péchés en disant : ce n'est pas grave, mais en tant que réparateur de brèches, il est "sur la brèche". A chaque instant, le désir de Dieu est de refaire ce même geste que le Christ a fait pour Matthieu, tendre la main, tendre un doigt, non pas pour juger, pour exclure ou pour enfermer, mais au contraire pour retrouver la communion du paradis, communion avant la faute, quand le doigt de Dieu touchait le doigt de l'homme.

Frères et sœurs, il devrait en être ainsi pour nous, car en tant que chrétien nous sommes d'autres Christ, et quand nous tendons la main, quand nous tendons le doigt, ce ne devrait pas être pour juger, pour exclure, pour invectiver, pour exclure de la société certaines personnes, cela devrait être au contraire pour être réparateurs de brèches, pour rechercher la communion auprès de ceux qui sont exclus, auprès de ceux qui sont à l'extérieur.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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