AU FIL DES HOMELIES

Photos

CHEMIN DE CONVERSION

Is 58, 9 b-14 ; Mt 9, 9-15
Samedi après les Cendres - année A (8 mars 2014)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs ce début de carême nous propose des lectures qui ont un fil conducteur précis : la découverte du carême comme chemin.

Nous avons médité hier sur le côté imprévisible de ce chemin. C’est le chemin de l’homme Samaritain qui passe par la route qui va de Jérusalem à Jéricho et qui découvre subitement la présence d’un blessé sur le bord de la route. Cette découverte est imprévisible, même si la route était dangereuse. Le Samaritain accepte le côté imprévu de cette rencontre. C’est là qu’il découvre le mystère du prochain. Le prochain en effet c’est souvent le visage imprévu du faible.

Aujourd’hui c’est un autre type de rencontre, mais sur le même chemin. C’est bien le chemin de la conversion puisque Jésus rencontre un publicain, un percepteur d’impôt détesté par la population. Jésus lui dit « Viens » et il suit. Ici nous sommes encore dans cette perspective de la conversion comme suite du Christ, dans une sorte de continuité. L’appartenance n’est jamais acquise, elle n’est jamais définitive. L’appartenance à la vie du Royaume doit se renouveler sans cesse et s’accompagner d’une démarche de fidélité et de conviction. Simplement, et c’est là le côté inouï de ce chemin : ce chemin comporte à certains moments des « raccourcis ». C’est ce qu’évoque la figure de Mathieu et des ses compagnons, pécheurs publics par leur métier, qui tout à coup sont rejoints sur le chemin par un procédé que Jésus utilise fréquemment pour nous rejoindre plus vite : il passe par le raccourci de la miséricorde.

Au fond la miséricorde c’est ce raccourci que prend le Christ pour nous rejoindre : la miséricorde ce n’est pas de la condescendance au sens où Dieu nous dirait « J’efface la dette, je déchire le chèque de caution et je te laisse tranquille ». La miséricorde c’est le raccourci que Dieu prend pour aller directe­ment nous rejoindre sur un chemin où normalement nous sommes tellement perdus et égarés qu’il serait très difficile de nous repérer et de nous identifier.

Jésus, à la faveur d’un repas avec Mathieu et ses amis pose ce geste : il est venu pour les malades, pour les pécheurs, et non pas pour les bien portants qui sont capables de faire des kilomètres en portant le sac à dos. Non, il vient pour les « pauvres types », les hommes perdus et ceux qui n’ont plus toujours la force d’avancer, ceux qui n’ont pas de ressources spirituelles, ceux qui sont démunis de tout, sauf dans le cas de ce récit évangélique d’argent et de la culture de leurs passions, à savoir la cupidité et la jouissance facile.

Jésus pour les rejoindre est obligé de prendre un raccourci. Il va manger avec eux, il va accorder son cœur à la misère et à la détresse de ces gens. Tel est le raccourci : il passe par-dessus les étapes, il ne tient pas compte d’un certain nombre de directives pédagogiques comme dans l’Éducation Nationale : il y va d’un seul coup, d’une seule venue, d’un seul bloc.

Il va rejoindre ces pécheurs là où ils sont empêtrés dans leur péché. Ce qui change tout, parce que beaucoup de gens de l’entourage de Jésus même ceux qui sont de bonne volonté, (car les pharisiens n’étaient pas tous nécessairement des hypocrites et des méchants), considèrent que le chemin à suivre pour rencontrer Dieu est un itinéraire particulier, un chemin balisé et bien identifié.

Et là, Jésus dit : « Non … à certains moments, pour certaines personnes, il me faut brûler les étapes. Si votre chemin qui va de vous à moi peut être un chemin dans lequel il faut jour après jour marquer des étapes régulières et bien calculées, en réalité il ne faut pas se faire d’illusion : votre chemin n’est pas beaucoup plus facile ni même beaucoup plus simple que celui des pécheurs. Si ce n’était pas moi qui prenais d’abord le raccourci pour aller à votre rencontre, pour vous rejoindre comme je le fais pour les autres pécheurs vous non plus, vous ne seriez pas sauvés. Le chemin chrétien de la conversion comprend deux aspects : il comprend l’aspect par lequel chacun d’entre nous peut s’avancer à la rencontre de Dieu. Ce chemin là, nous pouvons tous essayer de le suivre. Mais croire que ce chemin suffirait est une erreur redoutable car si sur ce même chemin Dieu ne venait pas à notre rencontre en prenant les raccourcis nécessaires pour nous rejoindre, parce que peut-être nous sommes comme les autres bloqués sur le bord du chemin, s’il n’y avait pas cette manière qu’a le Christ de prendre des raccourcis pour nous rejoindre au plus intime de nous-mêmes alors nous risquerions fort de ne pas le rencontrer.

 

Frères et sœurs que ce chemin de carême et de conversion nous aide les uns et les autres à redécou­vrir ce que Dieu attend de nous, non seulement que nous allions à sa rencontre mais surtout que nous nous laissions rencontrer par lui quand il prend les moyens inattendus des détours de sa liberté pour nous sauver.

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public