AU FIL DES HOMELIES

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CONTINENCE ET CHASTETÉ

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année C (23 février 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

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rères et sœurs, la première lecture et l'évangile qui vous sont proposés aujourd'hui en ce début de carême se retrouvent sur le point central  du carême chrétien : il ne s'agit pas de jeûner pour jeûner, il s'agit de vivre le carême pour libérer mon prochain, mon frère, ma sœur de ses liens. 

Vous avez entendu dans la première lecture ce  programme qui serait presque un programme économique, qui montre déjà dans l'Ancien Testament le souci que Dieu a vis-à-vis de son peuple dans le lieu peut-être le plus concret, le plus terre à terre, le monde social et le monde économique. Il s'agit des rapports entre les maîtres et les travailleurs, les propriétaires, etc … Pour résumer ce texte, nous pourrions dire que nous avons des gens qui jeûnent, des personnes qui suivent la Loi, vis-à-vis de Dieu, mais qui vis-à-vis du prochain, se montrent plus que des rustres, plus que des sauvages, ils ne tiennent absolument pas compte des conséquences de ce jeûne vis-à-vis de Dieu, ils traitent les travailleurs, les autres, plus bas que terre, ils les exploitent, ce sont des produits consommables que l'on utilise et que l'on jette. 

       Cela pourrait nous faire méditer sur notre société actuelle. Mon prochain est-il un produit consommable que j'utilise pour mon propre profit, ou est-il un être avec qui je peux vivre en société ? 

       L'évangile est extrêmement connu, c'est là aussi une opposition entre certains qui suivent la Loi, et quelqu'un  qui suit son cœur. Nous pourrions assez rapidement arriver à une opposition entre la Loi et l'amour, entre la discipline et l'amour. 

       Mais je voudrais reprendre avec vous la fin de l'oraison (on n'écoute pas toujours suffisamment les oraisons) : "Que ta bienveillance nous accompagne Seigneur durant ces jours de privation pour que la discipline imposée à notre corps soit vraiment pratiquée avec amour". L'oraison articule la discipline avec l'amour. Elle nous dit qu'il ne s'agit pas d'avoir une discipline pour avoir une discipline, dans ce cas-là nous tombons dans le défaut  du péché qui est pointé du doigt par Isaïe dans la première lecture, ou par Jésus dans la parabole avec les lévites et les prêtres et le bon samaritain. Mais il s'agit d'une discipline imposée à notre corps, pratiquée avec amour, c'est-à-dire qui soit tournée vers le prochain. 

       J'aurais voulu que nous méditions non pas tant sur l'opposition entre Loi et amour, mais sur deux autres mots qui sont "chasteté et continence". En fait, les propriétaires dont il est question dans le passage d'Isaïe, ou encore les lévites et les prêtres, pratiqueraient ce que nous pourrions appeler la continence, dans le sens où "je ne fais rien de mal". Je me retiens (vous allez me dire ce n'est déjà pas mal de se retenir), mais la continence est ce comportement vis-à-vis de l'autre qui consiste à ne pas faire de mal. Mais ce n'est pas la chasteté. La chasteté ce n'est pas d'abord ne rien faire vis-à-vis de mon frère, vous voyez tout de suite où peut aboutir la continence dans une lecture extrême, c'est de passer à côté de mon frère ! En même temps, vis-à-vis de la Loi, qu'elle soit la Loi mosaïque ou la Loi de l'Église, je n'ai rien fait contre la Loi, contre Rome, contre le Vatican, contre l'évangile. Non, la chasteté, c'est libérer l'autre. C'est-à-dire comme je le disais tout à l'heure, l'autre n'est pas quelqu'un avec lequel je ne veux surtout avoir aucun rapport, et je le vis tout à fait dans le cadre de la Loi de l'Église, parce que je ne veux pas avoir de rapport avec telle ou telle personne mis en porte-à-faux avec l'Église, et dans ce cas-là je ne fais que suivre les préceptes de l'Église. Ou alors, l'effet inverse, c'est dans la première lecture, je suis tout à fait en règle avec l'Église, mais n'empêche que mon prochain reste un produit consommable. 

       La chasteté, c'est pour quelqu'un, c'est pour Dieu, c'est pour mon prochain. C'est pour le visage de Dieu qui s'incarne dans le visage de mon prochain. Dans ce cas-là, la chasteté est un programme qui est proposé non seulement pour ceux qui ont fait vœu de continence, parce que bien souvent dans notre société, continence et chasteté sont en lien avec la sexualité, donc la chasteté n'est pas uniquement pour ceux qui ont fait vœu de continence, qui ont fait vœu de ne pas exercer leur sexualité, mais la chasteté, elle est proposée à tous les chrétiens. Dans ce cas-là il ne s'agit pas d'abord d'un programme de loi sexuelle, mais c'est de tourner vers l'autre et d'avoir vis-à-vis de lui, un regard chaste, c'est-à-dire un regard qui est capable de le libérer et de le faire grandir. C'est ce que fait le bon samaritain. Vous avez remarqué, là aussi, un des travers d'une trop grande chasteté, ou plutôt de charité, à la fin, on arrive à monopoliser le pauvre : je t'ai donné de l'argent, maintenant, tu m'es psychologiquement redevable. C'est à un tel point que dans certaines sociétés, on dit qu'il ne faut surtout pas offrir de cadeau à votre meilleur ami, parce qu'à partir du moment où vous lui avez offert un cadeau, il vous est en quelque sorte attaché et redevable. La preuve d'une  grande amitié dans certaines sociétés, c'est de ne pas faire de cadeaux, ainsi, chacun reste libre. 

       La chasteté, pour y revenir, frères et sœurs, c'est le comportement de ce bon samaritain, qui à la fois, est pris de miséricorde, aide son prochain mais ne se l'attache pas à sa propre personne. Il le confie à une autre personne, lui donne ce dont il a besoin pour pouvoir le soigner, et moi, je le retrouverai peut-être dans un certain temps. C'est une grande liberté aussi vis-à-vis de ceux qui nous entourent, de ceux vers qui nous allons pour les aider. 

       Frères et sœurs, c'est ce visage de chasteté que je vous invite à vivre et à offrir à tous ceux que vous allez rencontrer pendant ce temps du carême. 

 

       AMEN 


 

 

 

 
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