AU FIL DES HOMELIES

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LE BON SAMARITAIN

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-27
Vendredi après les Cendres - année C (14 février 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans quel monde vivons-nous ? C'est un peu la question que l'Église veut nous poser au début de ce carême. Par monde, je n'entends pas le monde tel qu'il va, avec son travail technique, avec les grands événements qui nous sont rapportés par les médias, le monde un peu banal, au jour le jour. Mais je parle plutôt de ce monde dans lequel chacun de nous vit, comme lorsqu'on dit que quelqu'un "a son monde" dans lequel il évolue. Chacun de nous, d'une manière ou d'une autre, est le centre du monde, parce que chacun d'entre nous a cette capacité, cette possi­bilité fondamentale d'organiser le monde autour de lui. Notre monde, cela peut être à la fois notre appar­tement, notre quartier, tout ce qui se passe autour de nous et avec lequel nous avons un lien quelconque. Notre monde c'est aussi tout ce qui nous entoure, nos plus proches comme ceux que l'on côtoie dans la rue sans les connaître.

Or ce monde-là, notre monde à chacun d'entre nous, nous avons une capacité incroyable de l'organiser et d'en avoir la maîtrise. Ce monde-là, il est vraiment le nôtre, au sens où nous y avons fait notre place et où nous essayons de tout arranger pour y évoluer sans trop de difficultés, sans trop d'accrochage, sans trop de gêne. Et au fond, c'était dans un monde comme cela que le lévite et le prêtre vivaient. Ils avaient un monde parfaitement organisé, religieusement organisé, un monde dans lequel toutes les prescriptions de la Loi avaient défini déjà, tout ce qui pouvait arriver et les réactions que l'on devait avoir quand cela arriverait. Si l'on passait près d'un mourant sur le bord de la route, il était prévu qu'on ne pouvait pas contracter une impureté rituelle parce que ce gisant pouvait être un cadavre, par conséquent, il valait mieux passer de l'autre côté du chemin et continuer ainsi à monter vers le Temple de Jérusalem.

Ainsi donc, nous avons tendance tout le temps à vivre dans un monde terriblement organisé, que ce monde soit religieusement ou économiquement ou socialement organisé. Ce n'est d'ailleurs pas un péché, simplement, ce qui est le péché, c'est une cer­taine dureté de cœur, une certaine routine du cœur qui s'ensuit, à cause de cette manière d'organiser cons­tamment le monde. Et précisément, ce que la parabole veut nous dire, c'est simplement ce qui suit. Il arrive toujours dans ce monde-là qu'apparaisse une faille ou une brisure. Il y a toujours "quelque chose qui arrive" et qui fait brèche, qui désorganise ce monde où nous nous étions arrangés si confortablement. Et le Christ nous dit : c'est quand arrive cette faille ou cette bri­sure qu'il se passe peut-être quelque chose d'impor­tant, où les choses, où les êtres nous deviennent ex­trêmement proches, alors que la plupart du temps, la familiarité dans laquelle nous croyons vivre avec eux n'était qu'une manière de les tenir à distance pour qu'ils ne nous créent aucun danger. Et le Christ nous dit : ce samaritain, à cause de sa blessure, à cause de sa souffrance, devient effectivement notre prochain, de façon terriblement provocante. C'est alors que fait irruption pour nous un certain appel, d'une manière que nous ne pouvions pas prévoir, d'une manière qui n'était pas programmée dans notre organigramme. Et c'est là qu'il faut, à ce moment-là, savoir si nous continuerons à passer notre chemin comme si de rien n'était parce que ce n'est pas prévu, ou au contraire, si nous saurons à ce moment-là nous pencher, interrom­pre notre route, infléchir notre chemin, changer peut-être notre vue du monde et voir ce qu'il nous est donné de voir à travers la blessure de cet homme, au bord de la route, finalement l'occasion même de ren­contrer l'amour de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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