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LE BON SAMARITAIN

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-27
Vendredi après les Cendres - année A (2 mars 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

A

ucun d'entre nous ne se trouve encore au bord de la route. Aucun d'entre nous n'est seul, blessé, à moitié mort, après sa rencontre, quelles qu'en soient les circonstances avec le mal ou la souffrance. Pour un chrétien, cette première partie de l'évangile est définitivement accomplie.

Par notre baptême, par la grâce du Christ, par la Pâque de Jésus en nous, c'est-à-dire son passage auprès du lieu où nous étions gisants, le Christ est venu nous prendre sur Lui. Puisqu'Il a porté les péché, c'est donc nous qu'Il a portés, notre propre vie, notre propre chair, notre propre cœur, car les péchés cela ne se passe pas à l'état pur, le Christ nous a donc portés réellement sur Lui jusqu'à l'hôtellerie. C'est là qu'ac­tuellement nous vivons. Le Christ est passé, Il nous a vus. Il nous a soignés. Il nous a déjà donné l'huile qui guérit et sanctifie et le vin qui réjouit celui qui est fatigué et faible. Puis Il a continué son chemin, Il est retourné vers le Père et Il nous a laissés à l'Église, car l'hôtellerie, c'est l'Église. Et là, nous sommes pris en charge toujours ! par la grâce de Dieu Il a laissé à l'Église, dans le symbolisme des deniers, tout ce qu'il faut à l'Église pour continuer de nous nourrir, de nous soigner, de nous pacifier, de nous redonner cette santé que nous avions perdue par notre péché et par les attaques du mal originel, à l'origine de notre vie ou encore qui s'origine dans notre vie.

Mais maintenant, dans cette hôtellerie, dans cette auberge de l'Église, nous attendons son retour, nous attendons qu'Il vienne, car Il l'a promis à l'au­bergiste. Je reviendrai et j'accomplirai tout ce qu'il faudra encore faire pour tous ceux qui sont accueillis ici, parce que Moi-même je les y ai amenés en les portant sur mes bras, en les portant sur mon épaule comme la brebis blessée au bord du ravin. Nous at­tendons le retour du Christ parce que nous savons que nous sommes déjà guéris, nous sommes déjà arrachés à la mort, parce que nous sentons, en tout cas nous croyons que l'huile de la compassion et le vin de la force et le pain de son corps nous seront tous les jours donnés pour raviver notre force, pour éclairer notre attente et faire grandir en nous le désir de voir Celui qui nous a, sur la terre, sauvés et épargnés des consé­quences du péché et de la mort.

Mais il ne s'agit pas d'attendre passivement, il ne suffit pas de se laisser soigner, dorloter et nourrir par l'Église. C'est vrai, nous sommes tous à table et le Christ envoie ses ministres, ses prêtres, ses aubergis­tes, pour nous servir. Mais il y a aussi un autre aspect de notre attente et il nous est justement révélé par ce très beau texte du prophète Isaïe. Nous disons souvent dans notre attente, si ce n'est du dernier jour de la rencontre ultime, en tout cas de la réponse de Dieu, nous disons souvent que Dieu ne nous répond pas. Et aujourd'hui Dieu nous dit : Est-ce que vous faites vraiment ce qu'il faut pour que je vous réponde ? Et dans ce texte d'Isaïe, Il énumère pour le prophète un certain nombre d'inconséquences dans notre attitude, dans notre comportement qui font que nous ne pou­vons pas entendre la réponse de Dieu, saisir sa pré­sence pressentir son retour ou sa venue presque im­médiate. Et dans la deuxième partie du texte, Dieu nous dit la façon dont il faut l'attendre. Et ce texte a inspiré la scène du jugement dernier décrite dans le chapitre vingt-cinquième de Matthieu, lorsque le Christ, tel un berger, réunira les brebis et les boucs. Par Isaïe, Dieu nous demande d'avoir une attitude active d'attente du Seigneur pour le reconnaître. Et comment allons-nous le reconnaître ? En nous habi­tuant à son visage, en nous familiarisant à sa pré­sence, à ce qu'Il est, c'est-à-dire en servant les plus pauvres, en préférant les plus petits. Pourquoi ? Parce que c'est cela que Lui-même a fait vis-à-vis de moi. C'est vrai Dieu à une option préférentielle pour les pauvres. Le mot option fait un peu idéologique, alors je préfère tout simplement dire : Il a une préférence pour les pauvres. Le mot se suffit à lui-même. Et c'est pour cela qu'Il nous a sauvés. Parce que nous, nous étions pauvres comme ce pauvre type dans le ravin. Et pour que nous puissions, nous participer réellement et totalement au salut qu'Il nous a donné, Il nous de­mande de faire pour les autres ce qu'Il a fait pour nous. Sans cela, nous dit Dieu, je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas me manifester à vous, je ne peux pas être pour vous ce que je veux être pour vous, parce que vous ne vivez pas selon mes propres mœurs et selon ce que Moi-même j'ai fait pour chacun de vous.

C'est cela habiter aujourd'hui dans l'hôtellerie de l'Église, nous laisser soigner par tout ce que le Christ nous donne par l'Église. Mais ainsi fortifiés, ainsi sauvés, ainsi remplis d'espérance, ainsi éclairés, nous devons nous faire le samaritain des autres Et si nous ne le faisons pas viendra sur nous la parole ul­time du Christ : "Je ne vous connais pas " parce que vous ne m'avez pas reconnu dans les plus petits et les plus pauvres. Alors c'est à chacun de nous de savoir, de chercher et de vouloir réaliser cette dimension de préférence pour les pauvres : "Je ne serai pas toujours avec vous, mais les pauvres vous les aurez toujours !" Alors, si vous voulez vivre avec Moi, adressez-vous aux pauvres plutôt qu'à Moi.

Et la fin du texte d'Isaïe est très belle et elle me rappelle ce que je vous disais mercredi soir à pro­pos de la peau du visage de Moïse qui rayonnait : "Si tu fais cela", si tu agis comme le Christ a agi pour toi, "alors ta lumière éclatera comme l'aurore", c'est déjà l'aurore pascale," ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi, la gloire du Seigneur te suivra et, ô découverte ! si tu cries vers le Seigneur, Il te répondra alors : "Me voici, Je suis là !" Mais Il nous répondra : "Me voici, Je suis là !" lorsque nous aurons été lumière pour les pauvres, guérison pour les cœurs malades, justice et charité envers tous nos frè­res.

 

 

AMEN