AU FIL DES HOMELIES

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SAVOIR S'ARRÊTER COMME LE BON SAMARITAIN

Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-27
Vendredi après les Cendres - année B (19 février 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


 

Route vers Jéricho

Q

uel est le plus grand commandement, avant que Jésus ait raconté sa parabole ? C'est "aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces !" Et quel est le commandement, après que le Christ a raconté la parabole ? Je dirais tout simplement, c'est qu'il faut savoir s'arrêter.

En effet une des choses qui est très étonnante dans cette histoire, c'est que tout dépend de la manière dont on sait s'arrêter pour prendre le temps de poser un regard sur l'homme qui est tombé au bord de la route. Vous avez vu : ce sont les prêtres qui donnent le mauvais exemple, parce qu'ils ne s'arrêtent jamais. Ils passent de l'autre côté et filent à toute vitesse. Mais précisément, il ne faut pas suivre cet exemple. Il faut au contraire prendre l'exemple du bon samaritain, celui qui pourtant est pressé, il a un voyage à faire, mais tout simplement, il prend le temps de s'arrêter. Pour ma part, j'ai toujours été émerveillé par la manière dont saint Luc raconte en détail le geste du bon samaritain : "Il s'arrête, bande ses plaies, le soigne avec de l'huile, le monte sur sa monture, puis le conduit à l'hôtellerie. Il passe la nuit à l'hôtellerie et, le lendemain, demande qu'on en prenne soin." On dirait que Jésus a pris exprès son temps pour décrire tout le temps qu'il fallait pour s'occuper du malade, du blessé tombé au bord de la route.

       Cette parabole est d'une actualité étonnante. Nous vivons à l'heure des fusées, des avions et du TGV. Et la plupart du temps, façonnés que nous sommes par cette vie moderne, nous passons toujours en TGV les uns à côté des autres. Trop souvent, nos vies sont simplement deux trains à grande vitesse qui se croisent. Et il y a tellement de choses à faire qu'on n'a plus le temps de regarder les autres, de prendre le temps d'être auprès d'eux, de connaître éventuellement leur souffrance ou leur désir, et d'être tout simplement les témoins de l'amour de Dieu pour eux.

       Il n'y en a plus qu'un seul qui prend son temps, c'est Dieu. Et c'est le mystère de sa compassion sur tout homme. Je crois que c'est la raison profonde pour laquelle Dieu est éternel. Il n'a pas trop de toute son éternité pour jeter un regard de paix, un regard durable sur notre vie, sur nos souffrances et sur nos désirs. Et au fond, la seule chose que Jésus nous demande, c'est d'imiter ce regard éternel que Lui sait poser sur chaque homme. Et le mystère même de la charité fraternelle, le mystère même de l'existence que nous menons, c'est précisément que nous sommes appelés, les uns par rapport aux autres, à nous laisser façonner, illuminer par ce regard de Dieu sur chacun d'entre nous; et qu'à ce moment-là, nous puissions être le bon samaritain, éventuellement sur nous-mêmes, car ce n'est pas mauvais de s'arrêter sur soi-même. Cela peut être mauvais au sens d'une sorte de désir de se plaindre ou de se satisfaire en soi-même, dans ce cas-là, s'arrêter auprès de soi c'est mauvais. Mais cela peut être aussi quelque chose de très bon, car si on s'arrête auprès de vrai soi qui est au plus intime de notre cœur, ce sera sans doute nous arrêter près de Dieu.

       Et puis, on peut s'arrêter aussi auprès du cœur de notre prochain, non pas pour être le complice de ce qui, en lui, peut être péché, faiblesse ou faux attendrissement. Mais simplement pour être le témoin, auprès de lui, de ce regard de miséricorde et de compassion que Dieu a, de toute éternité, posé sur lui.

       Nous pouvons essayer de faire de ce temps de carême un temps où nous ne vivrons pas à toute vitesse, un temps où, simplement, nous goûterons ce regard de Dieu posé sur nous et posé sur nos frères; un temps où nous serons des bons samaritains, peut-être pas tant par le bien que nous ferons, même s'il faut en faire, mais par le bon regard que nous porterons sur la vie, sur le monde, sur nos frères, un bon regard qui ne peut venir que de Dieu seul.

 

       AMEN

 

 

 

 
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