AU FIL DES HOMELIES

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OÙ EST MON PROCHAIN ?

 Is 58, 1-9 a ; Lc 10, 25-37
Vendredi après les Cendres - année C (19 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Où trouver mon prochain ?

 

F

rères et sœurs, les deux lectures que nous avons entendu ont un point commun fondamental et je pense que c'est pour cela que la liturgie les a choisi. Le point fondamental c'est celui-ci : dans Isaïe, le prophète fait face à une situation : le retour des exilés. Il fait face à la situation dans laquelle se commettent beaucoup d'injustices, exploitation des pauvres, enrichissement scandaleux de certains, bref, tout ce qu'on appelle les éléments de la corruption sociale. Ces gens ont le culot d'aller voir les prêtres pour leur demander : que faut-il faire ? Que nous dit la Loi ? Alors, le prophète, au nom du Seigneur s'indigne et récuse tous les comportements religieux en disant : "Est-ce que vous voulez savoir le jeûne qui me plaît ? c'est briser les chaînes injustes, venir au secours du pauvre, etc … "

Dans le deuxième texte, la parabole du bon samaritain a une sorte de prologue fondamental. Le prologue, c'est le scribe, un spécialiste qui vient voir Jésus. Comme tout spécialiste, il veut des références et des citations. Il demande à Jésus : "Quel est le plus grand commandement ?" Question, débat intellectuel, colloque entre savants ! Quel est le problème ? Jésus répond : "Dans la Loi, ce qu'il y a de plus important, c'est l'amour de Dieu et l'amour du prochain". A ce moment-là, le scribe se cabre un peu, mais il se fait lui-même le piège : "Et qui est mon prochain ?" Sous-entendu, dans la tête du scribe : quel est l'endroit de la Loi qui va me désigner mon prochain ? Et là, Jésus ne marche plus dans le jeu, il refuse. Il dit : écoute cette histoire. Et Jésus raconte l'histoire que nous connaissons tous, du bon samaritain.

Résultat des courses : ce n'est pas dans la Bible qu'on apprend qui est son prochain. Dans la Bible, on apprend simplement le commandement qui nous dit qu'il faut aimer son prochain. Mais la tradition de la foi et de la vie juive, la tradition de la foi et de la vie chrétienne ne consistent pas à remplacer le cœur humain par les paroles, seraient-elles les plus sublimes, qui enjoignent les plus beaux commandements. Le commandement, la prescription, ne remplaceront jamais, ou ne pourront jamais agir à la place du jugement de chaque homme qui reconnaît qui est son prochain. Ceci est d'une importance capitale.

On peut lire la Loi toute la journée, on peut méditer la Parole de Dieu toute la journée, si l'on n'a pas reconnu son prochain, je crois qu'Isaïe comme Jésus disent la même chose : cela ne sert à rien. La Loi est au service de ma conscience pour savoir ce que je dois faire face au prochain, mais la Loi ne me dira jamais qui est mon prochain. Et Jésus pareillement. Tout ce que nous recevons dans notre vie chrétienne, tout ce que nous apprenons de la foi, de la tradition, de la vie spirituelle, si cela nous détourne ou nous empêche de voir notre prochain, c'est qu'il y a quelque chose qui ne marche pas.

C'est pourquoi l'Église aujourd'hui considère qu'il est urgent de lire ces lectures en début de carême. Certes, il faut recevoir l'eucharistie, il faut écouter la Parole de Dieu, il faut participer aux offices, il faut vivre de toute cette richesse que la liturgie, la prière et la foi de l'Église nous offre, mais si nous n'avons pas su discerner où se trouve notre prochain, il y a fort à craindre que notre carême ne servira pas à grand-chose.

 

 

AMEN

 

 
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